Jan Hoet s’est éteint à 77 ans

Le spécialiste flamand des arts contemporains, qui s’est forgé une notoriété internationale et était encore actif ces dernières années en Allemagne notamment, est décédé ce jeudi matin à l’hôpital universitaire de Gand (Flandre orientale). Il y séjournait dans un état critique depuis le 12 février. Son fils jan Hoet junior a confirmé le décès de celui que l’on surnommait en Flandre "le pape de l’art".

L’énergie intarissable de Jan Hoet l’aura porté jusqu’à l’âge de 77 ans, alors qu’il se débattait depuis plusieurs années avec des problèmes de santé. En juin 2012, il avait ainsi été maintenu quelques temps dans un coma artificiel, pour pouvoir mieux guérir d’une lourde infection virale des poumons. A l’époque, il avait été hospitalisé après s’être écroulé à l’aéroport de Hambourg, en Allemagne.

Le 12 janvier dernier, celui qui était né le 23 juin 1936 à Louvain (Brabant flamand) avait été victime d’une crise cardiaque alors qu’il se rendait à l’hôpital universitaire de Gand pour une dialyse des reins nocturne. Il avait alors été admis aux soins intensifs.

Rentré chez lui au courant du mois de janvier, l’ancien conservateur du Musée municipal d’art actuel à Gand (SMAK) était à nouveau admis à l’hôpital gantois le 12 février. La famille Hoet n’avait alors pas souhaité donner des détails sur l’état de santé du patient, mais Jan Hoet Jr. avait indiqué que son père se trouvait à nouveau dans un état critique.

Ce jeudi matin, le fils de Jan Hoet confirmait le décès de son père. "Son état était resté critique, mais il a toujours gardé le sourire aux lèvres. Il était très lucide cette semaine. Nous avons eu un bon contact avec lui, et nous avons tous pu lui dire adieu". Il s'est éteint ce jeudi matin, dans son sommeil.

Reconnaissance internationale

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Jan Hoet avait grandi à Geel (province anversoise), où son père travaillait comme psychiatre. La famille de 7 enfants recevait souvent des artistes - notamment Constant Permeke et Paul Delvaux -, le père étant un fervent collectionneur d’art. Le jeune Jan fit des études à l’académie des arts, dans le but de devenir artiste. En 1964, il comprenait cependant qu’il ne percerait jamais dans ce domaine, et étudia l’Histoire de l’art à l’université de Gand.

Jan Hoet se fit connaître en 1975, lorsqu’il fut choisi comme directeur du tout nouveau Musée d’art actuel de Gand - le premier musée en Belgique dédié à l’art contemporain. Sous la direction de Hoet, le musée agrandit considérablement sa collection et acquit une renommée internationale. En 1999, le musée s’installait dans un bâtiment propre et prenait le nom de S.M.A.K (photo). Jan Hoet y resta directeur artistique jusqu’en 2003.

Le spécialiste d’art contemporain est aussi à l’origine d’événements et d’expositions, comme le projet « Chambres d’amis » (1986) où des œuvres d’art furent exposées dans des demeures privées à Gand. L’initiative remporta le prix de la meilleure exposition européenne de l’année et permit à Hoet de se faire un nom sur la scène internationale.

En 2000, Jan Hoet organisait l’exposition en plein air « Over the edges », dans divers coins de Gand. Le projet fut notamment cité pour la contribution controversée de l’artiste flamand Jan Fabre, qui y recouvrit 8 piliers d’un grand bâtiment de l’université gantoise avec 8.000 tranches de jambon fumé (photo ci-contre).

Mais pour le grand public francophone, Jan Hoet est avant tout connu pour son rôle de conservateur invité et temporaire de la Documenta IX à Cassel, en 1992. Cette exposition allemande d’art actuel - qui a lieu tous les 5 ans - est l’une des plus importantes en Europe. En 2003, Hoet recevait la direction artistique du tout nouveau musée MARTa (photo ci-dessous), à Herford en Allemagne. Il resta jusqu’en 2008 à la tête de ce musée d’art, design et architecture.

L’ancien curateur participa ensuite à nombre de projets en Belgique et à l’étranger, comme par exemple la Biennale de Yinchuan en Chine et une exposition à Geel consacrée à l’art, au mythe et la psychiatrie (2013).

Jan Hoet a été élevé au rang de chevalier par le roi Albert II en 2000, et fait chevalier de l’Ordre des Arts et des Lettres de la République française. En Allemagne, il s’est vu décerner la Croix du mérite de première classe et a été élu membre de l’Académie des arts de Berlin. Il restera connu pour l’énergie avec laquelle il a promu l’art contemporain et les jeunes artistes de son époque, mais aussi pour son souci de rendre l’art actuel plus accessible à tout un chacun.