Labille demande pardon aux familles des soldats assassinés à Kigali

Le ministre belge de la Coopération au développement, Jean-Pascal Labille, a salué l’action des Casques bleus belges lors du début du génocide rwandais. Ce mardi, les représentants belges présents à Kigali ont rendu hommage aux 22 ressortissants tués en 1994 au Rwanda.

Le ministre Labille a demandé à titre personnel "pardon" aux familles des dix Casques bleus assassinés le 7 avril 1994 à Kigali et à tous les militaires, saluant leur action lors du début du génocide rwandais, voici vingt ans.

"Nous devons être fiers, très fiers, de ce que nos militaires ont, dans des conditions épouvantables, réalisé ici", a-t-il affirmé lors d'une cérémonie d'hommage aux 22 victimes belges - militaires et civiles - du génocide qui fait aussi de 800.000 morts, selon l'Onu, à un million, selon Kigali.

"Et en leur hommage, je souhaite mon nom personnel demander pardon à vous et à tous les militaires. Ces hommes ont sacrifié leur vie pour sauver leur vie. Quoi de plus noble", a lancé le ministre.

Jean-Pascal Labille (photo), qui est ministre de la Coopération au développement depuis janvier 2013, n'exerçait aucune responsabilité politique en 1994, même si son parti, le PS, siégeait alors au gouvernement.

Il a toutefois dénoncé l'"irresponsabilité", la "lâcheté" de certains lors de déclenchement du génocide, alors qu'une population se faisait "massacrer pour sa soi-disant appartenance à une ethnie".
C'était un "abandon de poste de la communauté internationale et de trop de responsables politiques", a-t-il dit.

"Un lieu qui témoigne d’un drame indescriptible"

Ce mardi, deux ministres fédéraux, l'armée belge et le gouvernement rwandais ont rendu un vibrant hommage aux dix Casques bleus assassinés à Kigali le 7 avril 1994 et aux douze civils belges qui ont perdu la vie durant les trois mois du génocide rwandais la même année, en présence d'une bonne partie des victimes indirectes de ces massacres, très émues.

Les ministres des Affaires étrangères et de la Coopération au développement, Didier Reynders et Jean-Pascal Labille, ont notamment déposé une gerbe face à la plaque reprenant les noms des dix commandos de Flawinne qui ont perdu la vie au premier jour du génocide de 1994 alors qu'ils étaient chargés de protéger la Première ministre, Agathe Uwilingiyimana, une Hutu modérée.

Ils se sont aussi recueillis devant le petit bâtiment aux murs verdâtres, encore criblés d'impacts de balles témoignant de la résistance offerte par les dix Casques bleus aux assauts de leurs assaillants, des membres des Forces armées rwandaises (FAR) qui les considéraient comme responsables de l'attentat de la veille contre l'avion du président Juvénal Habyarimana.

"Hier, nous nous sommes inclinés ensemble à la mémoire de toutes les victimes du génocide perpétré il y a vingt ans contre les Tutsi au Rwanda, y compris la mémoire de ceux qui ont tenté de s'opposer et ont été massacrés parce qu'ils oeuvraient pour un Rwanda démocratique. Aujourd'hui, nous continuons cet hommage ici, dans ce lieu qui comme tant d'autres pour nous témoigne de ce drame indescriptible qu'a été le génocide de 1994", a résumé M. Reynders dans un discours.

La Belgique "épargnée" dans le discours de Kagame

La Belgique s'est, sans doute davantage que d'autres pays, livrée à un travail de réflexion sur son rôle durant la colonisation en Afrique centrale, dont au Rwanda, et durant le génocide rwandais de 1994, a assuré lundi le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, tout en appelant les historiens à s'intéresser davantage à la période autour de l'indépendance.

"Il n'y avait pratiquement rien dans le discours du président rwandais Paul Kagame à l'égard de la Belgique", s'est-il réjoui lors d'une rencontre avec quelque journalistes. M. Kagame a, dans ce discours, fait remonter une partie des responsabilités du génocide de 1994, qui a fait de 800.000 morts selon l'ONU à un million selon Kigali, à la colonisation européenne entamée voici 200 ans. "C'est quelque chose que nous avons débattu cent fois" en Belgique, a souligné M. Reynders.

Il a par ailleurs rappelé l'organisation d'une commission d'enquête sénatoriale qui avait été chargée de faire la lumière sur le rôle joué par la Belgique lors du génocide. Son rapport avait conclu dès décembre 1997 à l'existence de responsabilités politiques et militaires belges dans cet échec de la communauté internationale.

"Je crois que s'il y a encore en Belgique deux périodes sur lesquelles les historiens, et non les politiques, peuvent avancer, c'est l'indépendance et les années après l'indépendance du Rwanda, a souligné le chef de la diplomatie belge. La Belgique a administré le pays, ex-colonie allemande, de 1919 à juillet 1962, date de son indépendance.