"Jean-Luc était un précieux compagnon de route"

Il n’aura fallu que quelques minutes après l’annonce du décès de l’ancien Premier ministre Jean-Luc Dehaene (73 ans), ce jeudi en Bretagne, pour que le monde politique belge lui rende hommage, notamment via les médias sociaux que l’homme de négociation n’affectionnait pas particulièrement. Le Premier ministre Elio Di Rupo (photo), les ministres du gouvernement fédéral en fin de législature, mais aussi les personnalités politiques du parti démocrate-chrétien flamand de Dehaene et celles d’autres partis du pays ont tenu a souligner le rôle de premier plan qu’il a joué pendant des décennies dans la politique nationale et européenne.

Le Premier ministre Elio Di Rupo (PS) a rendu un premier hommage à Jean-Luc Dehaene, louant un "homme d'Etat hors du commun" et un "compagnon de route précieux". Le vice-Premier ministre Didier Reynders (MR, photo) a envoyé ses pensées à la famille et aux proches d'une "forte personnalité de premier plan".

Le sénateur socialiste et bourgmestre bruxellois Philippe Moureaux (PS) s'est lui dit "totalement bouleversé" par la mort de Dehaene, "le plus grand politique de ces dernières années, un homme d'envergure", selon lui. "Jean Luc n'a jamais été pour moi un adversaire, mais bien un partenaire malgré nos divergences politiques. Avec le décès de Jean-Luc, j'ai l'impression que toute une époque se meurt. Il a écrit une page de notre histoire. Il faut s'inspirer de lui", tweetait Moureaux.

Kris Peeters : "Négociateur brillant"

Avec le départ de Jean-Luc Dehaene, nous perdons un grand chrétien-démocrate et un homme d'état qui a joué un rôle-clé dans la structure politique belge des dernières décennies et dans l'Europe unie au sein de laquelle nous vivons aujourd'hui, a affirmé de son côté le ministre-président flamand Kris Peeters (CD&V, photo), à l'annonce du décès de l'ex-Premier ministre.

"Il était un négociateur brillant et compétent, quelqu'un qui avait une maîtrise inouïe des dossiers. Il a toujours mis ces forces au service de la société. Il avait le don de rassembler des opinions diverses et de dégager une solution. Dans quelque circonstance, quelque fonction que ce fût, il mettait toujours à l'avant plan les réalisations concrètes au profit des gens", a commenté Kris Peeters, évoquant aussi "le père de la Belgique fédérale", la force motrice de l'accord de la Saint-Michel qui avait approfondi la réforme de l'Etat. Il a enfin souligné le rôle de Dehaene dans la réduction de la dette de l'état belge, qui a permis à la Belgique de ne pas manquer son accession à l'eurozone.

Le président du CD&V, Wouter Beke (photo), a abondé dans le même sens via Twitter. "Notre pays perd un grand homme d'état et le CD&V un pilier". Le parti démocrate-chrétien s’est dit incrédule face au décès accidentel de l'ex-Premier ministre qui était en vacances en France avec son épouse et des amis.

La députée européenne Marianne Thyssen (CD&V), qui a siégé au Parlement européen aux côtés de Dehaene, a également tenu à souligner ses qualités humaines. "Jean-Luc était le collègue qui avait toujours un bon conseil pour vous. Il était à la fois collègue, ami, mentor, caisse de résonance et inspirateur".

Bart De Wever : "Une incroyable vision politique"

Le président de la N-VA, Bart De Wever (photo), a salué en Jean-Luc Dehaene "un homme jovial et sociable, doté d'un grand cœur et d'une incroyable vision politique". Et de préciser : "J'ai collaboré étroitement avec lui au moment du cartel CD&V/N-VA. En tant que jeune politicien, ce fut un écolage solide, dont j'ai beaucoup retiré ».

De Wever soulignait aussi : "Il prit un certain nombre de décisions très courageuses durant les périodes de crise. Dans les années 1990, sa politique fut décisive pour ramener notre pays sur de bons rails économiques et pour entrer dans l'euro. A ce titre aussi, il restera dans nos mémoires".

Le président de Groen, Wouter Van Besien, s’est dit abattu par le décès de Dehaene. "C’était un homme de solutions, qui a joué un rôle crucial dans l’histoire politique de la Belgique".

"Le décès de Jean-Luc Dehaene est une grande perte pour le pays. Dans des temps presque aussi difficiles qu'aujourd'hui, il a pris ses responsabilités de beaucoup de manière", a déclaré le président du SP.A Bruno Tobback. "La Belgique récolte encore en 2014 les fruits du travail de Jean-Luc Dehaene. Son décès est regrettable pour sa famille et pour le pays."

Gwendolyn Rutten (photo), présidente des libéraux d’Open VLD, qualifie Dehaene de "grand homme d'Etat. Jean-Luc Dehaene était un bâtisseur de ponts. Son engagement et son envie d'endosser des responsabilités en faisaient un maître du possible".

Ses contemporains en politique réagissent

Willy Claes (SP.A), qui fut notamment vice-Premier ministre dans le gouvernement Dehaene I, estimait qu’on lui doit en grande partie d’avoir fait de Bruxelles la capitale de l’Europe, le siège de la Commission et du Parlement européens. "Il n’aimait pas le protocole, mais l’efficacité".

Guy Verhofstadt (Open VLD), qui dirige la fraction des libéraux au Parlement européen, a suivi Jean-Luc Dehaene à la tête du gouvernement fédéral, en 1999. "C’était un homme de parole. Ces dernières années, nous siégions ensemble au Parlement européen. Il était un défenseur acharné de l’Europe".

L’actuel président du Conseil européen, Herman Van Rompuy (CD&V, photo), était vice-Premier ministre sous Dehaene. "Il y a 10 jours, je lui ai encore dit au congrès du CD&V que si j’ai pu faire quelque chose pour l’Europe, c’était parce que j’ai tout appris de lui. Marcher pas-à-pas et ne jamais perdre le but de vue".

Campagne électorale suspendue pendant 3 jours

A la suite du décès de Jean-Luc Dehaene - et par respect pour sa mémoire et ses proches -, le CD&V a annoncé qu'il suspendait sa campagne électorale pour le 25 mai jusqu'à dimanche soir.

D'autres partis ont suivi le pas: le SP.A, Groen, Open VLD, la N-VA et le Vlaams Belang ont affirmé qu'ils suspendaient aussi leur campagne électorale pendant 3 jours. Les partis ne prennent ainsi pas part à des débats qui étaient prévus ces prochains jours dans les médias.

Le débat qui devait opposer ce jeudi soir à la RTBF télévision le Premier ministre Elio Di Rupo (PS) et le ministre des Affaires Etrangères Didier Reynders (MR) a été reporté à lundi soir.

Nicolas Maeterlinck