Jean-Luc Dehaene est décédé

On a appris ce jeudi après-midi le décès de l’ancien Premier ministre démocrate-chrétien, à l’âge de 73 ans. Il a succombé à une chute, alors qu’il se trouvait en Bretagne, en France. Jean-Luc Dehaene avait entamé récemment une chimiothérapie, à la suite d’une opération d’une tumeur au pancréas. Celui qui avait dirigé deux gouvernements fédéraux (1992-1999) était encore actif au sein de conseils d'administration et du Parlement européen.

L’ancien bourgmestre de sa commune de Vilvorde (Brabant flamand) avait été opéré en février dernier pour enlever une tumeur au pancréas. Il avait pu rentrer chez lui un peu plus de deux semaines plus tard. Les médecins de l'UZ Brussel indiquaient alors que l'opération s'était parfaitement déroulée.

Mais l'ancien Premier ministre et député européen sortant avait à nouveau été hospitalisé, brièvement, fin du mois de mars.
Jean-Luc Dehaene, devenu diabétique à la suite de l’ablation du pancréas, avait entamé récemment une chimiothérapie qu'il semblait bien supporter. Il se trouvait en France ce jeudi, où il est décédé à 73 ans, des suites d’une chute.

Le monde politique a réagi avec tristesse à l’annonce du décès inopiné de cet homme politique connu surtout pour sa force de caractère et son don de la négociation. "Nous perdons un homme d’état qui était au service de la société", réagissait le ministre-président flamand Kris Peeters (CD&V). "Avec Jean-Luc Dehaene, nous perdons un grand dirigeant et un homme fidèle", s’exclamait pour sa part le ministre des Finances Koen Geens (CD&V). "J’admirais sa loyauté", déclarait l’ancien premier ministre Yves Leterme (CD&V).

Le "bulldozer" de la politique belge

Figure politique incontournable de la fin du 20e siècle, Jean-Luc Dehaene aura marqué de son empreinte le cours de la Belgique, dont il fut Premier ministre pendant près de huit ans (1992-1999), avant de se "reconvertir" à la politique européenne, ainsi que dans les affaires.

Reconnu pour son intelligence et sa détermination à toutes épreuves, l'homme fut tour à tour qualifié de "démineur", de "bulldozer" ou de "plombier" de la politique belge. Parfois bourru avec la presse, le "taureau de Vilvorde" avait pris l'habitude ces dernières années de se qualifier de "politicien de l'ancienne génération", à des années lumières de la communication politique lisse et des réseaux sociaux. Il préférait les négociations discrètes, plus efficaces pour forger des compromis dont il avait le secret.

Né le 7 août 1940 à Montpellier en France, Jean-Luc Dehaene était diplômé en droit et en économie de l'Université de Namur et de la KU Leuven. Il débuta sa carrière dans les organisations sociale-chrétiennes. Membre de différents cabinets ministériels sociaux-chrétiens dans les années 1970, il sortit de l'ombre en 1981 en devenant pour la première fois ministre (Réformes institutionnelles et Affaires sociales) dans le gouvernement Martens VI.

Sa fonction de "démineur" s'accentua encore quand le roi fit appel à lui pour dénouer la crise politique née du scrutin législatif du 24 novembre 1991, lequel avait sanctionné les socialistes et les sociaux-chrétiens et vu la percée de l'extrême-droite au nord du pays. Informateur, puis formateur, Jean-Luc Dehaene bâtit finalement une coalition "rouge-romaine" avec un programme axé sur trois priorités: l'assainissement des finances publiques, l'achèvement de la Réforme de l'Etat, et la rencontre des préoccupations de l'électeur sous la forme d'un intitulé ambitieux "le contrat avec le citoyen".

En 1993, alors que la Belgique préside l'Union européenne, Jean-Luc Dehaene se fait remarquer par ses pairs européens et le président de la Commission européenne de l'époque Jacques Delors pour la qualité de son travail. Encouragé à présenter sa candidature pour succéder au Français à la tête de l'exécutif européen, il sera toutefois stoppé net par le Premier ministre britannique John Major qui met son veto à sa désignation lors du sommet de Corfou, en juin 1994. Jugé trop euro-fédéraliste par les Britanniques, le Belge voit la haute fonction lui filer entre les doigts au profit du Luxembourgeois Jacques Santer, démocrate-chrétien comme lui.

Resté Premier ministre, Jean-Luc Dehaene sera alors confronté à différents événements tumultueux de l'histoire de Belgique contemporaine: l'affaire Agusta-Dassault d'abord, l'affaire Dutroux ensuite, et enfin la crise de la dioxine, en 1999, qui lui vaudra finalement d'être renvoyé dans l'opposition malgré ses 600.000 voix de préférence. Ecarté du pouvoir au profit d'une majorité arc-en-ciel (libéraux, socialistes et écologistes), Jean-Luc Dehaene se reconvertissait dans les affaires en devenant administrateur de plusieurs grandes entreprises.

En 2001, à l'issue d'une nouvelle présidence belge de l'Union européenne, il était nommé vice-président de la Convention européenne, sous la direction de l'ancien président français Valéry Giscard d'Estaing. Il tenait à cette occasion la plume lors de la rédaction du projet de Constitution européenne, qui donnera finalement naissance au Traité de Lisbonne. En 2004, il était élu au Parlement européen dont il devient l'un des spécialistes des questions budgétaires.

Fin 2008, il était appelé à la rescousse pour redresser la banque Dexia, secouée par la crise financière. Il accèda au poste de président du Conseil d'administration de la banque, en tandem avec le Français Pierre Mariani, désigné CEO. Mais ce fut un échec. Affaiblie, la banque ne survivra pas à une seconde tempête, celle des dettes souveraines, deux ans plus tard.

Marié à Celia Verbeke, avec qui il a quatre enfants, Jean-Luc Dehaene est aussi connu pour sa volumineuse collection de coqs (« de haan », en néerlandais), dont il vendit plus récemment une partie au profit de bonnes œuvres.

A côté de la politique, le football était l'autre passion de Jean-Luc Dehaene, et plus particulièrement le Club Brugeois, dont il portait fièrement l'écharpe noire et bleue dans les tribunes du stade Jan Breydel, où on le vit souvent s'enflammer.