L’austérité au cœur du dernier débat des européennes

Les cinq candidats déclarés à la présidence de la Commission européenne se sont affrontés une dernière fois jeudi soir dans un débat retransmis par une cinquantaine de télévisions et radios en Europe. Le débat a commencé par un hommage à Jean-Luc Dehaene, eurodéputé depuis 2004 après avoir été Premier ministre belge de 1992 à 1999.

Des débats avaient déjà eu lieu, à Bruxelles ou dans d'autres capitales. Mais il s'agissait du premier avec les cinq candidats des principaux partis européens à la présidence de la Commission.

Durant 90 minutes, Jean-Claude Juncker (Parti populaire européen), Martin Schulz (Parti socialiste européen), Guy Verhofstadt (libéraux), Ska Keller (Verts) et Alexis Tsipras (Gauche européenne) ont donné leurs points de vue, en environ une minute chacun, sur l'austérité, l'Ukraine, l'immigration, le chômage des jeunes, les symboles religieux ou les raisons qui devraient pousser à voter pour l'un plutôt que pour les autres.

Organisé par l'UER, qui réunit les télévisions et radios publiques, le débat d'une heure et demie a été diffusé par une cinquantaine de chaînes de télévision et des dizaines de radios et de médias en ligne.

Dans le grand hémicycle du Parlement européen à Bruxelles, Alexis Tsipras a donné le ton: "La Grèce est le pays que les dirigeants européens ont choisi comme cobaye de l'austérité la plus dure", a attaqué le chef du parti Syriza, donné en tête dans les sondages dans son pays. Il s'exprimait en grec, M. Juncker en français et les trois autres en anglais. M. Tsipras a dénoncé les "politiques catastrophiques d'austérité", en demandant de "sortir de cette paranoïa vis-à-vis de la dette", un "changement de cap" et plus de "solidarité".

"J'accepte beaucoup de reproches mais je n'accepterai jamais que nous ayons été insuffisamment solidaires de la Grèce", a répliqué M. Juncker, qui fut président de l'Eurogroupe pendant huit ans. "J'ai travaillé pendant des années, jour et nuit, pour éviter que la Grèce quitte la zone euro. J'ai tout fait pour que la Grèce puisse rester membre de la zone euro", a-t-il ajouté, tout en assurant qu'il fallait poursuivre "la politique d'assainissement" des finances publiques.

M. Verhofstadt a lui aussi défendu la "discipline budgétaire". Il a affirmé que les problèmes de la Grèce étaient dus à une "mauvaise politique", en accusant notamment les banques publiques du pays de financer les partis politiques. Il a aussi plaidé avec vigueur pour une Europe "plus intégrée".

Pour Mme Keller, l'austérité ne peut "qu'aggraver la situation". Elle a plaidé, comme M. Schulz, pour une lutte plus déterminée contre "l'évasion et la fraude fiscale". Alors que l'opposition à l'accord de libre-échange en négociation entre l'UE et les Etats-Unis s'est invité dans la campagne, elle en a profité pour dénoncer des "accords secrets derrière des portes closes".

Alors qu'il n'est pas encore acquis que les chefs d'Etat et de gouvernement se plient à la volonté des partis européens de faire élire un de leurs candidats à la présidence de la Commission, M. Schulz, plutôt discret pendant tout le débat, a assuré que "le futur président de la Commission est dans cette salle". "S'ils osaient désigner quelqu'un d'autre, lui ou elle n'obtiendrait pas une majorité au sein du Parlement européen", a prévenu avec fermeté le président sortant du Parlement.

La succession du conservateur portugais, José Manuel Barroso, qui termine un long mandat de 10 ans à la tête de l'exécutif européen, constitue l'un des principaux enjeux des élections européennes.
Compte tenu de la poussée attendue de l'extrême droite, des eurosceptiques et de la gauche radicale, qui devraient obtenir au total près de 200 sièges, constituer une majorité ne sera pas simple, et cela pourrait offrir aux dirigeants de l'UE une marge de manoeuvre pour négocier avec le Parlement la désignation d'une autre personnalité.