La mort de Dehaene aura-t-elle un effet électoral?

Selon le politologue et professeur de l’Université de Gand, Carl Devos, le décès de l’ancien Premier ministre belge aura un impact indéniable sur le reste de la campagne. Difficile toutefois de savoir si le malheureux évènement influencera aussi le résultat du scrutin.

Pour Carl Devos (petite photo), qui s’exprimait ce samedi dans un papier d’opinion paru sur le site de la VRT, l’histoire peut parfois prendre d’étonnantes tournures. "En 1999, lors de la dernière Mère des élections, un fait externe inattendu – la crise de la dioxine – avait semé la pagaille dans la campagne. Quinze ans plus tard, et en cette nouvelle Mère des élections, le Premier ministre qui avait dû faire ses adieux à la politique nationale en 1999 provoque involontairement un fait externe inattendu. L’impact de son décès est, pour plusieurs raisons, incomparable avec la crise de la dioxine, mais l’esprit de Dehaene plane au-dessus de ce qui reste de cette campagne. Et tout comme l’homme en soi, ceci ne restera pas sans conséquences. Il était trop grand pour cela", estime le politologue flamand.

D’après lui, la campagne avait suivi le mauvais sentier ces derniers jours. Carl Devos évoque notamment les différents débats télévisés qui se sont tenus et lors desquels les responsables politiques n’étaient pas toujours parvenus à ménager leurs paroles. Le politologue espère que le calme qui a plombé certaines ardeurs électorales suite à l’annonce du décès de Jean-Luc Dehaene va continuer à dominer le reste de la campagne.

Alors que les funérailles d’Etat doivent se tenir vendredi prochain, soit deux jours avant le triple scrutin, Carl Devos a du mal à imaginer les partis flamands discuter de sujets aussi futiles que le ring d’Anvers. Il se demande aussi si le CD&V parviendra réellement à traiter de l’ordre du jour, alors que des obsèques s’annoncent et qu’une partie du pays est en deuil.

"Les partis qui avaient prévu de grandes offensives, du style ‘Pearl Harbor’, devront bien réfléchir avant de lâcher les torpilles. Qui sait, peut-être reviendront-elles tels des boomerangs. L’expérience nous apprend que durant la dernière semaine, on entend toujours un coup de canon quelque part", indique-t-il.

Selon Carl Devos, la situation n’est pas catastrophique pour les chrétiens-démocrates flamands. "Le parti cherchait dernièrement le bon ton dans sa campagne, mais cela ne se passait pas toujours bien. La mort de Dehaene offre à son parti un recul inattendu et indésirable".

Pour le politologue, l’évènement génère en soi un effet. Difficile toutefois de mesurer son ampleur. "Peut-être que certains honoreront Dehaene en donnant leur voix au CD&V. Peut-être pas. Qui sait, peut-être cela aura-t-il un petit effet. Qui ne sait pas. Car entre temps, le CD&V ne mène pas une campagne offensive pour atteindre les 20%. Comment vont réagir les médias et l’opinion publique lors des prochains jours ? La mémoire de Dehaene est-elle encore suffisamment forte, surtout chez ceux qui ne l’ont jamais vu actif dans la politique nationale ?", s’interroge Carl Devos.

"Nous ne savons pas précisément comment et à quel point, mais même après sa mort, Dehaene a une influence", estime-t-il, soulignant que celle-ci aura certainement un effet sur la campagne, et peut-être sur le résultat électoral. "Son décès pousse la campagne à freiner sa vitesse de croisière. Peut-être que les ponts qui devront être construits par la suite seront du coup un peu plus courts", conclut-il.