Le duel flamand que les francophones envient

Flandreinfo.be publie une série de trois blogs sur les élections du 25 mai. Pour la Flandre, c'est Martin Buxant (photo) - journaliste et éditorialiste au quotidien L'Echo - qui s'en charge ce lundi. Pour les élections fédérales, nous vous proposions déjà un texte de Luc Delfosse, ancien rédacteur en chef adjoint du quotidien Le Soir. Quant aux élections européennes, nous avons publié un texte d'Anne Blanpain, journaliste à la RTBF radio et spécialisée dans l'information européenne.

Je pense qu’il faut pouvoir dire les choses comme elles sont, c’est ce que qu’attendent les gens de la part de ceux qui suivent l’actualité politique, c’est d’ailleurs à mon sens la seule manière de sortir du trou où nous placent systématiquement les citoyens lorsqu’ils doivent juger de notre crédibilité.

Donc, je vous le dis franchement, je suis jaloux.

Quelque part, je suis jaloux de la campagne électorale qui se déroule en Flandre et qui fait paraître la campagne francophone - surtout wallonne - comme un morne référendum, où le citoyen a le choix entre deux socialistes comme futur ministre-président : l’actuel locataire de l’Elysette Rudy Demotte ou son challenger, le Liégeois Jean-Claude Marcourt. Voilà tout le suspense qu’on nous propose, avec peut-être, oh surprise, un Paul Magnette qui par effet de domino et pour services rendus, écoperait de la ministre-présidence.

Idem pour la forme de coalition wallonne qui prendra les commandes au lendemain du 25 mai. Surprise, surprise : il y a très (très) peu de chance, en effet, pour que cela change. Bien entendu, aujourd’hui, personne ne vous le dira comme cela. On joue les timides, on assure qu’on va aux élections les mains libres, mais en même temps, vous l’avez compris, la coalition sortante se félicite du travail abattu, du bon bilan du Plan Marshall, etc.

On ne va pas tourner autour du pot, les libéraux portent selon moi une lourde responsabilité dans ce non-débat wallon auquel on assiste. Qui peut véritablement croire que Willy Borsus constitue une alternative crédible comme ministre-président de la Région ? Willy comment, demanderez-vous ? Et vous avez raison… Il n’a pas le charisme pour incarner la ministre-présidence wallonne. En outre, il a perdu toute crédibilité en tapant de manière indistincte sur tout ce que la coalition Olivier a fait en Wallonie durant la législature écoulée. Une opposition bête et méchante.

L’erreur a finalement été que Charles Michel ne se positionne pas comme candidat ministre-président wallon. Le président du MR, qui habite la Région wallonne à Wavre, aurait pu polariser la campagne électorale wallonne, il aurait constitué un vote refuge pour tous ceux qui refusaient le choix entre le PS et le PS pour diriger la Wallonie. C’est une belle occasion manquée pour le Mouvement réformateur.

Mais j’arrive à la Flandre, pas de panique. A partir du constat posé sur la campagne électorale wallonne, le contraste est évidemment frappant avec la campagne électorale qui se déroule côté flamand. Je ne suis pas naïf, je connais (un peu) la situation flamande, je sais qu’il y a aussi une part de jeux politiques. Mais quand même : la polarisation joue à plein, on a un vrai duel de champions entre d’une part l’actuel ministre-président Kris Peeters et le président de la N-VA Bart De Wever.

Bien entendu, on imagine que De Wever ne prendra pas le job pour lui-même, mais le laissera à Liesbeth Homans, voire à Geert Bourgeois. Mais quel suspense que de voir Peeters, une personnalité appréciée en Flandre, lutter comme un beau diable pour conserver son fauteuil. Il y a quelque chose de palpitant à voir les démocrates-chrétiens flamands luttant pour trouver un nouveau souffle, une nouvelle stratégie à opposer à la N-VA. Car on sait aussi que de l’issue de ce duel va dépendre l’après-25 mai et finalement l’avenir du pays. Imaginez un instant que le CD&V puisse redresser la barre - j’avoue ne pas trop y croire - et franchir le seuil des 20 ou 22%. Le parti pourrait alors maintenir Peeters en place, s’allier avec les libéraux et le SP.A, et négocier ensuite tranquillement au fédéral sans la N-VA. C’est le scénario rêvé pour le Parti socialiste et de nombreux francophones. On ne voudrait pas les décevoir, mais ce scénario-là apparaît hautement hypothétique.

Le CD&V ne parvient pas à trouver la faille dans l’armure nationaliste flamande. Ce qui est paradoxal, c’est qu’un parti comme la N-VA, crédité de 30 à 34% dans les intentions de vote, devrait se contenter de s’asseoir dans un fauteuil et d’attendre tranquillement le soir des élections pour récolter les suffrages. Or la N-VA continue de déterminer les thèmes de la campagne électorale. « J’avoue qu’on est un peu désemparé face à un parti qui est constamment dans l’offensive », me confiait récemment un influent démocrate-chrétien flamand. Ironie du sort, le seul thème que la N-VA n’a pas mis sur la table dernièrement, c’est le décès inopiné de Jean-Luc Dehaene. La disparition du dernier des Mohicans va-t-elle avoir un effet positif sur les votes CD&V ? Peut-être, mais ce sera probablement très marginal.

Quoi qu’il en soit les partis flamands se battent comme des lions (sans mauvais jeu de mots) et c’est intéressant à voir. Le débat porte sur le fond et sur la forme. Le SP. A est dans les cordes, son président Bruno Tobback passe mal aux yeux de l’opinion publique. La manière un peu hautaine avec laquelle il traite ses interlocuteurs - voir son attitude récemment par rapport au professeur Carl Devos - est selon moi contre-productive.

Quant à l’Open VLD, est-ce le chant du cygne que l’on entend résonner ? Je ne sais pas. Au fond, c’est un peu le même syndrome qu’au CD&V : les Flamands adorent Maggie De Block, comme ils trouvent que Kris Peeters est un bon ministre-président, mais au final, ils glisseront leur bulletin dans l’urne pour la N-VA… Rendez-vous le 26 mai.

 

Martin Buxant

Journaliste politique et éditorialiste à "L’Echo" et dans "Politiquement Correct" sur RTL. Ancien journaliste politique aux quotidiens "De Morgen" et "La Libre Belgique".