"MR et Vlaams Belang proches au niveau socio-économique"

D’après une étude menée conjointement par l’Université d’Anvers et l’Université catholique de Louvain (UCL), le programme électoral des libéraux francophones et celui du parti flamand d’extrême droite seraient plus proches qu’on ne le pense… en tous cas sur le plan socio-économique.

L’étude des deux universités s’est basée sur les propositions avancées par les différents partis politiques du pays, francophones et néerlandophones, dans le cadre de la conception du Test électoral. L’objectif était d’analyser la distance qui sépare les différentes formations entre elles.

Durant la campagne, ces dernières ont en effet souvent tendance à s’afficher plus proches ou au contraire à l’opposé de tel ou tel parti. Cette étude académique a voulu déterminer si ces déclarations étaient correctes et si dans les faits, elles étaient proches ou non de la réalité.

Selon les chercheurs, la distance ou la proximité idéologique entre les différents partis joue en outre un rôle important en vue de la formation des coalitions qui devra démarrer au lendemain des élections du 25 mai prochain.

Etonnante proximité entre le MR et le Vlaams Belang

Les chercheurs ont analysé 67 propositions soumises aussi bien aux partis néerlandophones qu’aux partis francophones et sur lesquels il y avait des divergences d’opinion. Les propositions en question relèvent des compétences fédérales, bruxelloises et européennes.

Certains résultats sont peu étonnants : les trois partis les plus différents l’un de l’autre sont les partis verts d’un côté (Groen et Ecolo) et le Vlaams Belang de l’autre. Ils pensent ainsi de la même manière sur seulement 25% des propositions.

Parallèlement, les deux partis les plus similaires sont Groen et Ecolo (79%) ainsi que l’Open VLD et le MR (75%). Fait marquant : les ressemblances entre le CD&V et le CDH sont bien moins importantes, et ne s’élèvent qu’à 46%.

Un constat pour le moins surprenant ne peut toutefois échapper à ceux qui regardent les résultats de plus près : le MR et le Vlaams Belang se ressemblent fortement sur les propositions retenues dans le cadre de l’exercice, leur juxtaposition atteignant les 73%. Il est toutefois important de noter que ces similitudes ne concernent que des propositions socio-économiques, et aucunement des positions idéologiques radicales telles que celles adoptées par le parti flamand d’extrême droite en terme d’immigration ou d’ultra-nationalisme. Le Vlaams Belang est également relativement proche de l’Open VLD et de la N-VA, mais la juxtaposition avec le MR reste la plus forte.

Côté socialiste, le parti d’Elio Di Rupo enregistre la plus grande distance avec le MR (40%). C’est un peu plus qu’avec l’autre "ennemi juré" du PS, la distance avec la N-VA étant de 39%. Pour ce qui est des similitudes, pas de grande surprise : la N-VA est plus proche du CD&V (67%) et de l’Open VLD (67%), et bien loin de Groen (36%) et d’Ecolo (33%).

Enfin, face à ces résultats, les chercheurs de l’Université d’Anvers et de l’UCL constatent qu’il n’existe pas de distinction systématique entre les partis francophones et néerlandophones.

"En d’autres termes, la division des partis selon l’axe gauche-droite est beaucoup plus importante pour comprendre les différences entre les partis que la division entre partis flamands et partis francophones", peut-on lire dans le rapport.

Vers une tripartite en Flandre ?

Les chercheurs ont réalisé le même exercice pour le niveau régional flamand. Ils se sont basés sur 57 propositions soumises aux six partis flamands.

Il en ressort que les distances entre les différentes formations sont nettement plus modérées. L’écart le plus important (moins de 40%) est enregistré entre les partis de gauche Groen et SP.A et les partis de droite N-VA et Vlaams Belang.

Si, comme la plupart des sondages le prédisent, la N-VA devient le plus grand parti de Flandre, Bart De Wever devra sans doute prendre l’initiative pour former une coalition. D’après les résultats de l’étude, son parti serait le plus proche du CD&V, de l’Open VLD et du Vlaams Belang (entre 60% et 62%). Une tripartite avec les libéraux et les démocrates-chrétiens semble donc être la formule la plus envisageable, la N-VA ayant d’ores et déjà annoncé qu’elle ne s’associerait pas au Vlaams Belang.

Notons enfin que le CD&V est le parti le plus à même de faire le lien entre la gauche et la droite flamande. Si les similitudes entre le parti du ministre-président flamand et la N-VA sont importantes (62%), elles le sont quasi tout autant avec le SP.A (60%).

De l’eau dans le vin… oui, mais combien ?

Dans leur conclusion, les chercheurs des deux universités flamande et francophone estiment qu’il sera impossible de former des gouvernements symétriques et congruents dans lesquels les mêmes partis seraient au pouvoir du côté flamand, wallon et fédéral.

D’après eux, sauf grande surprise électorale, la seule possibilité de coalition sera sans doute la tripartite classique.

"Dans tous les scénarios, beaucoup de partis auront à faire des sacrifices importants en termes de contenu. Les résultats des élections du 25 mai décideront quels partis devront mettre le plus d’eau dans leur vin pour être de la partie durant les cinq prochaines années", concluent-ils.