Les Belges votent à trois niveaux

Plus de 8 millions d’électeurs sont appelés ce dimanche en Belgique à élire leurs représentants à la Chambre, dans 5 parlements régionaux et/ou communautaires et au Parlement européen. Un triple scrutin, qualifié de "Mère de toutes les élections" en Flandre. La 6e réforme de l’Etat a apporté des changements et de nouveaux enjeux. Les bureaux de vote sont ouverts de 8h à 14h (vote sur papier) ou 16h (vote électronique). Les premiers résultats devraient être disponibles en milieu d’après-midi pour les niveaux fédéral et régional, et dès 23h pour le scrutin européen. Flandreinfo.be vous propose notamment un outil électoral, qui vous permettra de voir ces résultats au fur et à mesure de leur parution.
BELGA/JANSENS

En raison du triple scrutin de ce dimanche, les bureaux de vote resteront ouverts une heure supplémentaire par rapport aux élections passées - c’est-à-dire jusqu’à 14 h dans les communes où l’on doit encore voter sur des bulletins de papier (3 cette fois) avec un crayon rouge et jusqu’à 16h pour les endroits où le vote peut se faire via ordinateurs. Le ministère de l’Intérieur entend ainsi donner davantage de temps aux citoyens pour faire leurs choix dans l’isoloir.

Les Belges âgés d’au moins 18 ans - pour qui le vote est obligatoire - sont en effet appelés ce 25 mai à élire tout d’abord 150 nouveaux membres de la Chambre des représentants (photo). Ces derniers se répartissent en deux groupes linguistiques : 88 sièges pour le groupe néerlandophone et 62 sièges pour le groupe francophone. Cette répartition pourrait néanmoins être modifiée.

Il n’y a pas de groupe linguistique germanophone dans ce cas. Les représentants élus dans les circonscriptions électorales de langue allemande au sein de la Chambre sont rattachés au groupe francophone. Les députés appartiennent à l'un ou l'autre groupe en fonction de la circonscription électorale dans laquelle ils ont été élus.

D’autre part, les huit partis ayant signé l’accord sur la sixième réforme de l’Etat ont voté en faveur de grandes modifications concernant le Sénat. Il n’y aura plus d’élus directs, et il n’y a donc pas de listes électorales pour le Sénat ce dimanche. Le Sénat sera en effet reconverti en une chambre non permanente de représentation des entités fédérées, avec 50 représentants des parlements de ces entités et 10 sénateurs cooptés par ces représentants. Soit 35 sénateurs flamands, un germanophone et 24 francophones.

Les Régions reçoivent de nouvelles compétences

Les électeurs doivent également se prononcer ce dimanche au niveau régional. Quelque 313 sièges sont à pourvoir dans cinq parlements régionaux et/ou communautaires du pays. Ainsi, 124 députés siègeront au Parlement flamand, élus sur les listes des circonscriptions provinciales et de Bruxelles-Capitale.

Le Parlement wallon compte 75 députés, qui siègent aussi au Parlement de la Communauté française. Le Parlement de la Communauté germanophone de Belgique compte, lui, 25 députés. Quant au Parlement de Bruxelles-Capitale, il est composé de 89 députés, dont 72 sont élus au collège francophone - et ils élisent à leur tour 19 parmi eux qui siègent aussi au Parlement de la Communauté française (rebaptisé Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles) - et 17 sont élus au collège néerlandophone.

La représentation des Flamands au sein du Parlement bruxellois est en effet inscrite dans la loi et 17 sièges leur sont réservés. Un arrangement similaire existe aussi pour le Parlement flamand, où 6 sièges sont légalement réservés aux candidats flamands de la circonscription de Bruxelles.

Au terme de la 6e réforme de l’Etat, l’arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde a été scindé : circonscription de Bruxelles d’une part et circonscription de Hal-Vilvorde d’autre part. Il sera ainsi presque impossible pour les partis flamands de voir l’un de leurs candidats élu à Bruxelles. Globalement, les Flamands devraient perdre environ 2 sièges à la Chambre, tandis que les partis francophones ne devraient plus obtenir de siège dans l’arrondissement de Hal-Vilvorde.

Quant aux électeurs des six communes flamandes en périphérie bruxelloise avec des facilités linguistiques pour les francophones (Kraainem, Drogenbos, Linkebeek, Rhode-Saint-Genèse, Wemmel et Wezembeek-Oppem), ils doivent décider dans l’isoloir de voter soit pour les listes de Bruxelles-Capitale, soit pour celles du Brabant flamand.

Ces élections sont une échéance capitale pour les entités fédérées. La Belgique accentue en effet son évolution vers un système où Communautés et Régions sont amenées à assumer de nouvelles compétences - notamment en matière d’allocations familiales, d’activation des demandeurs d’emploi, de mobilité et de soins de santé -, en gérant des budgets de plus en plus importants. Cela représente cette fois un montant global de 20 milliards d’euros.

Les Belges élisent 21 eurodéputés

Parmi les 751 membres du Parlement européen qui seront élus dans les 28 Etats membres de l’Union, les Belges doivent désigner ce dimanche 21 représentants dans les collèges électoraux francophone (8 sièges), néerlandophone (12 sièges) et germanophone (1 siège).

Alors que le Belge Herman Van Rompuy termine son mandat de président du Conseil européen, l’attention se porte maintenant notamment sur la candidature du libéral flamand Guy Verhofstadt - député européen depuis 2009 et président du groupe Alliance des démocrates et des libéraux pour l’Europe (ALDE) - au poste de président de la Commission européenne.

En vertu du Traité de Lisbonne, les électeurs européens peuvent cette fois contribuer à déterminer la désignation du nouveau président de la Commission européenne. Il est en effet probable que le nouveau président émanera du parti vainqueur aux élections européennes. Chaque groupe au Parlement européen a donc désigné son candidat. Guy Verhofstadt est celui du groupe ALDE qu’il préside.

Les enjeux politiques du triple scrutin

Le gouvernement fédéral d’Elio Di Rupo (PS) pourra-t-il reconduire la coalition à six partis actuelle (PS, SP.A, MR, Open VLD, CD&V et CDH), qui dispose de 93 sièges sur 150 à la Chambre - soit 62% des élus ? Ou les électeurs redistribueront-ils les cartes ce dimanche en soutenant davantage d’autres partis - et notamment de plus petits partis ?

Un éventuel scrutin très favorable au parti nationaliste flamand N-VA est l’un des éléments qui pourraient faire changer le paysage politique au niveau national, mais aussi régional. Le président de la N-VA, Bart De Wever (photo), a d’ailleurs tenté de convaincre les électeurs pendant la campagne qu’il s’agissait cette fois de faire un choix entre les idées représentées par les socialistes - et avant tout le PS wallon - et celles défendues par son parti. Et tout récemment, il n’a plus caché ses ambitions au poste de Premier ministre.

Mais les partis francophones refusent ouvertement de négocier avec la N-VA, à moins que les résultats du scrutin ne les y obligent, et les partis flamands restent prudents dans leurs déclarations au sujet d’une collaboration avec les nationalistes. La campagne électorale en Flandre aura a beaucoup d’égards été une campagne en opposition à la N-VA.

En Flandre, le ministre-président Kris Peeters (CD&V, photo) est candidat à sa propre succession, et les sondages des intentions de vote semblent le soutenir dans cette ambition. Mais il est très probable que la N-VA fera à nouveau un beau score, comme en 2009. Le parti de Bart De Wever exigera-t-il alors la ministre-présidence ? Les élections régionales tombant cette fois en même temps que les fédérales, il y a en outre une volonté explicite d’une majorité de partis de voir la coalition au gouvernement régional reproduite aussi au niveau fédéral.

Ce qui pourrait bien compliquer encore les négociations de formation. En Wallonie, la bataille du scrutin fédéral se jouera surtout entre les socialistes du PS et les libéraux du MR. A Bruxelles, le MR tentera de faire son entrée au gouvernement régional, dirigé actuellement par une coalition PS, Ecolo, CDH, Open VLD, CD&V et Groen.

A l’heure où ils vont voter, beaucoup d’électeurs craignent donc avant tout que les négociations de formation des divers nouveaux gouvernements ne se trainent trop en longueur, créant ainsi un flottement négatif pour le pays - tant au niveau national qu’international.