Les Syriens de Belgique ne pourront pas voter

La Belgique a décidé de ne pas autoriser l’organisation de l’élection présidentielle syrienne par l’ambassade compétente. D’autres pays occidentaux et du Golfs avait déjà fait le même choix. Ce mardi, les Syriens sont appelés à se rendre aux urnes pour élire leur prochain président. Certains estiment toutefois que ce scrutin est une "farce". D’autres regrettent que les ressortissants syriens ne puissent accomplir un "acte de civisme patriotique".
AP2013

Les Syriens votent ce mardi pour la présidentielle controversée organisée dans les régions sous contrôle du régime dans le pays en guerre, un scrutin gagné d'avance pour Bachar al-Assad. Les ressortissants vivant à l’étranger ont déjà eu l’occasion de voter le 28 mai dernier, notamment en Jordanie et au Liban.

En Belgique, près de 1.000 Syriens, des binationaux pour la plupart, avaient également été invités à aller voter, à la même date, à l’ambassade de Syrie. Les Affaires étrangères belges ont toutefois interdit l'organisation du scrutin.

Le SPF s'est notamment appuyé sur les conclusions du Conseil de l'UE du 14 avril, la Convention de Vienne de 1963 sur les relations consulaires et enfin sur le risque de perturbations de l'ordre public vu la présence sur notre sol de nombreux opposants.

Cette élection est vivement critiquée par la plupart des pays occidentaux et les monarchies du Golfe, qui l'ont qualifiée de "farce", arguant que les deux adversaires du président Bachar al-Assad n'étaient que des faire-valoir. Un avis partagé par Bichara Khader, directeur du Centre d'Etudes et de Recherches sur le Monde Arabe Contemporain (CERMAC - UCL). "Ces élections ne veulent rien dire, elles n'ont rien à voir avec le pluralisme et la séparation des pouvoirs", indique-t-il.

Pour le professeur Rudolf El Kareh, spécialiste du monde arabe et des relations euro-arabes, ces élections sont pourtant essentielles. "L'acte de voter est un acte de civisme pacifique, or aujourd'hui la priorité fondamentale est d'arrêter les violences en Syrie." Il regrette également le fait que les autorités belges aient empêché la tenue du scrutin en Belgique, "en laissant les binationaux voter, on aurait pu voir ce que représentent les forces des uns et des autres".

Tensions dans les relations belgo-syriennes

La Belgique n’a jamais officiellement rompu ses relations diplomatiques avec Damas. Mais à l’heure actuelle, les Affaires étrangères ne donnent plus aucune assistance consulaire en Syrie. L’ambassade y a été fermée le 30 mars 2012.

A l'époque, "le SPF a contacté les centaines de ressortissants belges, pour la plupart des bipatrides, afin de les appeler à rentrer en Belgique avec le dernier vol commercial reliant Damas à Bruxelles", explique un porte-parole des Affaires étrangères, Joren Vandeweyer. Depuis, les Affaires étrangères ne sont plus en mesure de savoir combien de Belges sont encore présents dans le pays.

Pour Rudolf El Kareh, "la politique des autorités belges a été cohérente avec la politique officielle. Mais ces dernières auraient dû éviter de rompre les relations diplomatiques avec la Syrie afin d'amortir la crise, elles se sont privées d'un outil pour juguler la violence dans la région."