Albert II a eu "peur d’être le dernier roi des Belges"

Première en Belgique : le roi Albert - rejoint par moments par la reine Paola - a accordé une longue interview à la chaîne de télévision privée RTL-TVi, dont une première partie a été diffusée lundi soir - également sur la chaîne privée flamande VTM. Le souverain, qui a abdiqué le 21 juillet 2013 au profit de son fils Philippe, y a levé un coin du voile sur sa jeunesse, sa rencontre avec son épouse italienne et leurs problèmes conjugaux, mais aussi sur le décès subit de son frère aîné le roi Baudouin qui l’a obligé de façon inattendue à monter sur le trône en 1993. Albert n’a pas évoqué Delphine Boël, sa fille naturelle présumée, dont il ne veut pas reconnaître publiquement la paternité.

Le roi Albert II et la reine Paola se sont découverts comme jamais aucun souverain belge ne l'avait fait, même après être sorti de charge, en accordant une interview de plus de deux heures à la chaîne de télévision privée RTL-TVI - qui les diffuse en deux parties, lundi et mardi soir. Mais sans véritablement dévoiler la couronne.

Dans cet entretien réalisé durant deux jours au Belvédère par le journaliste Pascal Vrebos - un autre entretien a ensuite été enregistré en néerlandais par la chaîne flamande VTM - les anciens souverains racontent leurs près de 55 ans de vie commune. Depuis leur rencontre jusqu'aux difficultés traversées par leur couple qui a frôlé le divorce, puis leurs retrouvailles et la "sereine retraite" après 20 ans de règne qu'ils mènent désormais - "une lune de miel" continue -, près d'un an après l'abdication du roi, le 21 juillet dernier, au profit de son fils, Philippe.

Albert II raconte qu'il a eu une adolescence en partie "enfermée", n'étant autorisé, à partir de 23-24 ans, à sortir du domaine royal que trois fois par an dans des soirées privées et "pas dans des lieux publics".

L'ancien prince de Liège a rencontré sa future épouse, la princesse Paola Ruffo di Calabria, à Rome lors des cérémonies d'intronisation du pape Jean XXIII et se souvient d'une "adorable créature". Après le mariage, autorisé par le roi Baudouin, une "atmosphère un peu lourde" régnait toutefois dans la famille royale dont certains membres "considéraient que c'était (Paola) une intruse", selon l'expression de l'ancien souverain.

Après la naissance de trois enfants (Philippe, Astrid et Laurent), le couple a connu des crises qui l'ont amené au bord du divorce. "Finalement Baudouin l'avait accepté, à contrecœur, parce qu'il voyait que j'étais malheureux", a indiqué Albert II. Mais le divorce n'a pas eu lieu. "Lorsqu'on est entré dans le vif du sujet pour la garde des enfants, je n'ai pas accepté qu'elle me soit exclusivement confiée", a expliqué le roi.

Réconciliation au palais

"Le miracle s'est réalisé, on a commencé à se reparler", a poursuivi le roi. Le couple a reconnu que leurs enfants ont souffert de ces difficultés. "Ce qui fait qu'il y a eu des clashs très forts. Il n'y avait pas une harmonie, et ça, ça a fait souffrir nos enfants. Mais je ne veux plus me culpabiliser. Si j'ai un conseil à donner, c'est d'aller de l'avant. On a fait ce qu'on pouvait, le mieux qu'on pouvait", a dit la reine Paola.

"Les parents idéals (sic), ça n'existe pas", a renchéri Albert II. "Ce n'est pas un métier qu'on apprend. On fait ce qu'on peut, avec ce qu'on a. Avec son caractère et ses faiblesses", a-t-il dit, en dénonçant l'attention soutenue souvent portée aux familles royales. "Je pense que la moindre petite mésentente, la moindre petite chose est tout de suite connue, mise sur la place publique... C'est une situation insupportable", a fait valoir l'ex-souverain, sans jamais évoquer le cas de sa fille naturelle présumée, Delphine Boël, qui a introduit une procédure en reconnaissance de paternité devant la justice.

Mais à 80 ans, qu'il a fêtés vendredi dernier, Albert II se remémore aussi des souvenirs très personnels et antérieurs: sa jeunesse, marquée par la mort de sa mère, la reine Astrid, le 29 août 1935 en Suisse, l'invasion allemande de mai 1940, la captivité en Allemagne puis en Autriche, ses études dans une école en Suisse et un "voyage d'études" aux Etats-Unis.

La crainte d’accéder au trône

Il raconte aussi sa "grande crainte" d'accéder au trône, en août 1993, après la mort subite de son frère aîné, le roi Baudouin, dans le sud de l'Espagne. "Un choc terrible" explique-t-il, avec des sanglots dans la voix.

Il raconte avoir finalement accepté la charge sur les conseils de sa sœur, la grande duchesse Joséphine-Charlotte, et de la reine Fabiola. "J'ai bien peur que je ne sois le dernier roi" des Belges, se souvient avoir alors songé Albert II. Il admet aussi qu'il était "assez mal préparé" à exercer la fonction de chef de l'Etat. "Il y avait toute une série de ministres et de problèmes politiques que je ne connaissais pas", a-t-il souligné, affirmant être un "grand timide".

Mais entre-temps, il a vu "défiler toute la panoplie politique et imaginable de ministres". "Et je ne suis entendu avec tout le monde", précise Albert. Le souverain avoue aussi "se sentir mieux maintenant que quand j’étais roi, mais cela demande une certaine adaptation".

Les dernières confidences de l'ancien souverain seront retransmises ce mardi soir à 19h45 sur la chaîne francophone privée RTL-TVi, et deux heures plus tard sur la chaîne néerlandophone VTM.