Vaste restructuration chez Delhaize

Delhaize Belgique a annoncé mercredi son intention de licencier 2.500 personnes et de mettre fin à l'exploitation en gestion propre de 14 magasins. En réaction de nombreux magasins Delhaize étaient fermés cette après-midi.

"Afin d'assurer son avenir, Delhaize Belgique projette d'accélérer la mise en oeuvre de sa stratégie commerciale par un investissement supplémentaire de 450 millions d'euros durant la période 2015-2017. Pour financer cet investissement, une série de mesures sont envisagées. Celles-ci pourraient avoir un impact sur l'emploi de 2.500 collaborateurs de Delhaize Belgique dans les trois années à venir. Elles pourraient entraîner la fin de l'exploitation en gestion propre de 14 magasins non-rentables en Belgique", a précisé le groupe dans un communiqué.

Sont ainsi visés les magasins d'Eupen, de Dinant, d'Herstal, de La Louvière, de Tubize, de Schaerbeek (Verhaeren), d'Aarschot, de Diest, de Berlaar, de Genk (Stadsplein), de Courtrai (Ring), de Lommel, de Termonde et de Turnhout.

Eviter les licenciements secs

"Nous sommes pleinement conscients que cette annonce a un impact social et émotionnel sur nos collaborateurs et leur famille. Nous sommes cependant convaincus que les mesures identifiées sont indispensables pour garantir l'avenir de Delhaize Belgique", a commenté Denis Knoops, administrateur délégué de Delhaize Belgique, en pointant "le handicap de coûts structurel croissant lié aux conditions de travail et de rémunération des activités en gestion propre, ainsi que le contexte économique et concurrentiel de plus en plus difficile" qui mettent les résultats sous pression.

La procédure Renault a d'ores et déjà été lancée, a encore affirmé l'entreprise qui assure qu'elle mettra tout en oeuvre pour éviter "autant que possible" les licenciements secs dans les magasins en gestion propre et au sein des services de support.

Les magasins affiliés AD Delhaize, Proxy Delhaize et Shop &Go, ainsi que les activités de Delhaize Luxembourg, Red Market, Tom & Co et Caddy Home ne sont quant à eux pas concernés par les mesures annoncées.

Il n'y aura pas non plus de licenciement collectif parmi les ouvriers.

"Les mesures proposées par Delhaize Belgique sont indispensables pour continuer à satisfaire ses clients et assurer l'avenir de nos activités belges. Nous mettons tout en oeuvre pour préserver la forte identité belge et la réputation de Delhaize Belgique en matière de produits de qualité et de service aux consommateurs", a de son côté conclu Frans Muller, président et CEO du groupe.

Delhaize confronté à un handicap salarial et à une rude concurrence

Lors d'une conférence de presse la direction de Delhaize Belgique a justifié sa décision par le handicap salarial, la rude concurrence et la crise économique auxquels elle doit faire face.

"Le marché belge est devenu en peu de temps l'un des plus concurrentiels en Europe (..). La concurrence s'intensifie avec l'arrivée de nouveaux acteurs. On compte huit grands acteurs de distribution sur le marché belge", a expliqué lors d'une conférence de presse Denis Knoops, le CEO de Delhaize Belgique.

Les discounters enregistrent ces dernières années une croissance continue. Les supermarchés Delhaize en gestion propre sont principalement affectés par ce contexte. "Cette situation n'est pas tenable sur le long terme", affirme M. Knoops.

Delhaize dit être confronté à un handicap de coût, important et croissant, par rapport aux autres acteurs actifs en Belgique. Le coût par heure productive est inférieur de 16% chez Colruyt et de 22% chez Carrefour par rapport à l'enseigne au lion.

"Nos prix ne permettent plus de suivre l'augmentation des coûts salariaux (...). La rentabilité de Delhaize a diminué de 30% de 2010 à 2013 et de 78% pour les magasins en gestion propre", indique le CEO de Delhaize Belgique.

Selon Denis Knoop, Delhaize a accordé petit à petit des conditions de travail meilleures que celles offertes par ses concurrents. La direction de Delhaize pointe du doigt également l'inefficacité de certaines méthodes de travail ou en matière technologique.

Le handicap du coût de Delhaize découle aussi de choix stratégiques assumés, comme celui d'offrir un assortiment plus large que celui de ses concurrents ou un meilleur service à la clientèle, a ajouté le CEO de Delhaize Belgique.

"Aujourd'hui, il est encore temps de réagir", dit-il. "Il faut implémenter notre stratégie de façon accélérée dans les trois années à venir".

C'est un gifle au visage du personnel"

Les organisations syndicales ne s'attendaient pas du tout à un tel scénario. "C'est une gifle au visage du personnel" a déclaré Veerle Verleyen du LBC, (la centrale du syndicat chrétien).

"Nous sommes scandalisés. Delhaize est une entreprise rentable qui dit ne pas résister à la concurrence mais aucun mot (lors du conseil d'entreprise) n'a été prononcé sur la stratégie commerciale. Le conseil d'entreprise s'est clôturé avant l'ouverture de la Bourse", s'indigne Myriam Delmée, vice-présidente du Setca (syndicat socialiste).

Celle-ci estime que la fermeture des 14 magasins entraînera la suppression de 900 à 1.000 emplois. Elle ajoute que dès lors, tous les magasins du groupe Delhaize en Belgique seront affectés par des pertes d'emplois, soit plus de dix emplois perdus par magasin conservé.

"Les services centraux à Bruxelles seront également touchés", précise Delphine Latawiec, secrétaire permanente CNE.

"Je n'ai pas de solution sur le plan commercial. Mais le plan social n'est pas possible, pas tolérable. C'est un bain de sang social. Certains ont travaillé toute leur vie chez Delhaize et ont construit l'entreprise", ajoute Delphine Latawiec en soulignant que le "système préventif" mis en place par Delhaize ne respecte pas les travailleurs.

"Le personnel doit payer le plan de relance en faisant de nouveaux sacrifices", conclut Myriam Delmée en précisant que ce plan vise également à réduire les coûts salariaux, avec une diminution des salaires et des avantages sociaux.