Matches de foot truqués: le verdict est tombé

La 49e chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles a condamné vendredi Zheyun Ye à une peine de cinq ans de prison ferme pour corruption active. Pietro Allatta et Paul Put, qui figuraient parmi les 31 prévenus, écopent quant à eux de peines respectives de 30 mois et de 2 ans de prison ferme. L'homme d'affaires chinois Zehyun Ye et l'ancien entraîneur du Lierse Paul Put s'étaient rendus coupables de corruption active dans le cadre du procès autour d'une vaste fraude dans le monde du football belge entre 2004 et 2006. L'ancien agent de joueurs Pietro Allatta a lui été condamné pour des faits d'extorsion, de menace, de fraude fiscale et de faillite frauduleuse. La majorité des autres prévenus écopent de peines avec sursis ou de travail.

Le tribunal correctionnel de Bruxelles a estimé vendredi que l'homme d'affaire chinois Zheyun Ye et les anciens entraîneurs du Lierse Paul Put et Patrick Deman s'étaient rendus coupables de corruption active, dans le cadre du procès autour d'une vaste fraude dans le monde du football belge entre 2004 et 2006. Le tribunal a en outre estimé que la prévention de corruption passive à l'égard des ex-joueurs du Lierse Laurent Delorge, Laurent Fassotte, Igor Nikolovski, Yves Van Der Straeten, Marius Mitu, Cliff Mardulier, Hasan Kacic et Ninoslav Milenkovic était établie car ceux-ci ont accepté l'argent qui leur avait été proposé.

Que les joueurs aient malgré tout joué de leur mieux lors des matches suspectés d'avoir été falsifiés ne fait aucune différence, estime le tribunal. Pour parler de corruption, il suffit qu'une somme d'argent ait été proposée et ensuite acceptée. Il n'est en outre pas prouvé que la direction du SK Lierse était au courant de ce qui se tramait et qu'elle aurait marqué son accord.

Il n'importe pas non plus que les joueurs et Paul Put aient été menacés, étant donné que ces menaces ont été proférées après qu'un certain nombre de matches pour lesquels de l'argent avait été proposé aient déjà été joués et parce que Zheyun Ye (photo) n'était pas satisfait des résultats des matches en question. Le tribunal a jugé que tous les joueurs ne s'étaient pas rendus coupables de corruption pour tous les matches contestés. Plusieurs d'entre eux ont ainsi été acquittés pour certaines des rencontres suspectées d'avoir été falsifiées.

Gilbert Bodart et Olivier Suray, quant à eux, ont été reconnus coupables de corruption active pour avoir proposé de l'argent à différents joueurs pour qu'ils perdent certains matches.

Enfin, en ce qui concerne la rencontre du tour final de D2 opposant Geel à Waasland Beveren en mai 2005, le tribunal a estimé qu'il ne disposait pas d'assez de preuves pour affirmer que deux joueurs de Waasland avaient été corrompus. Le manager de Geel Bruno Belmans et l'ancien footballeur Jean-Pierre La Placa ont donc été acquittés de la prévention de corruption.

Ye, Allatta et Suray formaient une association de malfaiteurs

L'homme d'affaires chinois Zheyun Ye, l'ancien entraîneur du Lierse Paul Put, l'ancien joueur Olivier Suray et l'agent de joueurs Pietro Allatta formaient ensemble une association de malfaiteurs mais pas une organisation criminelle, a estimé le tribunal de Bruxelles lors de la lecture du jugement.

Le but du principal prévenu était en fait de falsifier des matches de notre championnat sur lesquels il avait parié afin de gagner d'importantes sommes d'argent. Paul Put, Pietro Allatta et Olivier Suray étaient conscients de cette intention lorsqu'ils ont collaboré avec le Chinois, selon le tribunal.
Tant l'ancien joueur que l'agent se sont retrouvés durant des mois dans l'entourage de Zheyun Ye et ont joué à différents moments un rôle dans les pratiques précitées. Olivier Suray a ainsi tenté de corrompre plusieurs joueurs et a été le manager du club finlandais d'Alliansi qu'avait repris le Chinois. Pietro Allatta a lui notamment aidé l'homme d'affaires à s'implanter à La Louvière.

Paul Put a lui accédé à la demande du principal prévenu de corrompre des joueurs du Lierse et devait donc savoir que le but de M. Ye n'était pas seulement de reprendre le club du Lierse.

Les joueurs du club lierrois ont eux été acquittés d'association de malfaiteurs et d'avoir été membres d'une organisation criminelle. S'ils ont bien été corrompus, ils l'ont fait pour sauver leur club de la situation financière critique dans laquelle il se trouvait et avaient donc un tout autre but que celui de Zheyun Ye.

Blanchiment et abus de biens sociaux

Christiaan De Nyn, avocat du SK Lierse lorsque des matches du club flamand ont été truqués, s'est rendu coupable de blanchiment en acceptant une somme en liquide de 200.000 euros de la part de l'homme d'affaires chinois Zheyun Ye, a estimé vendredi la 49e chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles. Il n'est en revanche pas question de blanchiment établi à La Louvière. Au moment des faits, son président Filippo Gaone et l'avocat du club Laurent Denis ont par contre commis un abus de biens sociaux.

Lors de la saison 2005-2006, le président louviérois avait reçu des sommes d'argent conséquentes pour la vente de joueurs et de la part de Zheyun Ye, qu'il avait ensuite virées sur des comptes bancaires de ses propres entreprises. Une façon de procéder totalement transparente car il existait un accord écrit entre le club et M. Gaone qui l'autorisait à agir de la sorte. La Louvière se trouvait toutefois dans une situation financière très précaire à l'époque.

Le SK Lierse, de son côté, avait reçu de l'argent de l'homme d'affaires chinois la saison précédente et l'avait utilisé afin d'obtenir sa licence. Le club flandrien avait pourtant fait croire que ces sommes provenaient d'un prêt d'un certain Charles G. "Pourtant, il existait un contrat parfaitement légal dans lequel il était stipulé que le club pouvait utiliser cet argent si Zheyun Ye ne remplissait pas ses obligations en tant qu'investisseur", note le tribunal. "M. Ye n'ayant pas agi de la sorte, le club pouvait donc disposer de l'argent. Le document dans lequel il est question du prêt n'avait donc pas la moindre utilité."

L'avocat du Lierse Christiaan De Nyn est condamné pour blanchiment d'argent pour avoir accepté les 200.000 euros en cash de la part du principal prévenu et ne pas s'être posé de questions par rapport à cela.