La formation d’un gouvernement de droite compromise

Le CDH, réuni hier en conseil extraordinaire, a décidé mardi soir de dire "non" à la note soumise plus tôt dans la journée par l'informateur Bart De Wever. Si le président du parti, Benoît Lutgen, a concédé que certains aspects socio-économiques étaient intéressants, il estime qu’il reste "quelques doutes dans la note: concernant l'indexation automatique des salaires ou la loyauté fédérale". Cette décision intervient alors que le CD&V et le MR avaient marqué, plus tôt dans la journée, leur accord pour poursuivre les négociations. Après un mois de travaux, la mission du président de la N-VA semble donc aboutir à un échec.
Reporters

Benoît Lutgen (photo) a insisté à plusieurs reprises sur la confiance que doivent se porter de futurs partenaires, ajoutant que si la note ne contient aucun volet communautaire, "on peut faire du communautaire de 1.001 façons", en prenant des décisions qui ont un impact plus important sur une partie de la population.

Selon le président du CDH, la note de Bart De Wever ne dessine pas "un projet d'une Belgique qui va de l'avant". Il a reconnu que le "non" à la note n'était "pas une décision facile".

Le CDH voulait des engagements sur le respect du principe de loyauté fédérale et la mise en oeuvre de la 6e réforme de l'Etat, sur le niveau des soins de santé ou encore sur le maintien du niveau de salaire des citoyens, engagements qu'il ne retrouve pas dans la note. "Le loup n'est pas devenu subitement un agneau", a lancé M. Lutgen en évoquant la N-VA.

La note, si l'on en croit les échos de presse, n'évoquait pas les dossiers communautaires et se montrait assez vagues sur l'indexation des salaires. Aux yeux du CDH, ces éléments étaient insuffisants. "Le diable se trouve dans les détails", a répété le président à qui la N-VA n'inspire toujours pas confiance. Un manque de confiance qu'illustre encore dans le choix posé par les nationalistes flamands de rejoindre au parlement européen le groupe eurosceptique de l'ECR dominé par les conservateurs britanniques et ultraconservateurs polonais.

Contre la poursuite des négociations avec les mêmes partenaires

Invité ce matin sur les ondes de la RTBF, Benoît Lutgen a indiqué qu’il n’était pas favorable à la poursuite des négociations au fédéral avec les partenaires actuellement autour de la table. Même si un nouvel informateur issu des chrétiens-démocrates flamands devait être désigné, la formule associant N-VA, CD&V MR et CDH doit être abandonnée.
"La confiance n'est pas là, dans cette formule-là", a-t-il dit sur RTBF. "A partir du moment où les engagements n'ont pas été rencontrés, où dans une coalition à quatre telle que c'était proposé les engagements ne sont pas là et dans la note il n'y a pas ce qu'il faut, ce type de coalition est abandonné. Il faut qu'il y ait des alternatives qui soient proposées", a-t-il répété sur Bel RTL.

Le président du parti centriste ne s'avance pas davantage sur la suite des événements, soulignant que "la balle est dans le camp de l'informateur". Il y a "différentes formules arithmétiques qui sont possibles", y compris celle excluant le cdH, a-t-il relevé.

"Le CDH fait tout pour ramener le PS"

Le MR a immédiatement mis en garde le CDH contre les conséquences de son choix. "Cette attitude ouvre le très grand danger d'une grave et longue crise politique", a réagi le président des libéraux francophones, Charles Michel (photo). "Le CDH retire la prise et je vois que, derrière ce non, il n'y a pas d'alternative", a-t-il averti.

Outre les motifs invoqués par les centristes, se pose également la question de leur engagement à l'égard du PS avec lequel ils ont entamé des négociations dans les Régions wallonne et bruxelloise et en Fédération Wallonie-Bruxelles. "On a le sentiment que, systématiquement, le CDH fait tout pour ramener le PS", a déploré M. Michel.

A ses yeux, la note n'était pas à prendre ou à laisser, mais un point de départ pour éviter un blocage "que le citoyen va payer". Le pouvoir d'achat des citoyens, la protection sociale des plus faibles, mais aussi les soins de santé, la sécurité, etc, constituent autant de domaines qui ont besoin rapidement d'un gouvernement de plein exercice, a-t-il ajouté. Il souligne en outre "le point clé" de la note: le communautaire y a été "mis de côté".