"L’euthanasie ne doit pas servir à combler les failles de notre société"

Le président de la Commission de contrôle sur l’euthanasie, le Dr. Wim Distelmans (VUB), était l’invité de l’émission "Reyers laat" (VRT) lundi soir. Il s'est montré très critique après l’annonce qu’un interné belge détenu au centre psychiatrique de Merksplas depuis près de 30 ans pourra être euthanasié. Wim Distelmans a refusé de la pratiquer lui-même car il n’accepte pas que l’euthanasie soit utilisée pour combler les failles de notre société.

Frank Van Den Bleeken a commis plusieurs délits à caractère sexuel dont un meurtre alors qu’il avait 20 ans mais a été jugé irresponsable de ses actes.

L'homme a demandé l'euthanasie il y a trois ans, évoquant une souffrance psychique insupportable. Il est détenu depuis près de 30 ans dans une prison n'ayant pas de soins adaptés à lui offrir.

Wim Distelmans estime qu’il s’agit pourtant d’un droit élémentaire pour tout patient et pour tout être humain. "Je pense que nous devons pouvoir lui offrir une existence qui soit humaine avec les possibilités thérapeutiques qui existent. Nous ne devons pas envisager l’euthanasie comme une alternative. Ce n’est pas concevable".

Wim Distelmans est entré en contact avec Frank Van den Bleeken en 2010, lorsque ce dernier avait introduit sa demande d’euthanasie. Après avoir accompagné ce patient pendant de longues années, le médecin a finalement décidé de ne pas répondre favorablement à sa demande parce qu’elle n’était pas justifiable d’un point de vue éthique" a-t-il expliqué à la VRT, "même si c’est très dur pour lui".

Selon le professeur de la VUB, l’ensemble de la société belge est responsable de ce problème et il ne veut pas, en tant que médecin, payer les pots cassés.

"La Belgique est le seul Etat au monde qui dispose à la fois d’un législation protégeant le droit des patients et qui prévoit des soins palliatifs ainsi que le droit à l’euthanasie. Nous sommes donc parfaitement équipés mais néanmoins nous ne sommes toujours pas capables d’offrir une solution thérapeutique humaine à nos internés. Ce n’est pas à moi à combler les failles dont notre société est responsable".

Presse étrangère

Lorsque, au début de l'année, la Belgique a légalisé l’euthanasie pour les mineurs, cette décision n'est pas passée inaperçue dans les médias étrangers et a suscité de nombreuses réactions.

Wim Distelmans redoute que si Frank Van Den Bleeken est euthanasié cela produirait à nouveau un choc à l'étranger. "Notre pays a déjà été condamné plusieurs fois par l’Europe pour la manière dont nous traitons nos détenus. Je redoute vraiment les réactions des journalistes étrangers lorsqu’ils vont apprendre cela".

Quinze autres internés demandent également à être euthanasiés

Depuis que la justice a marqué son accord pour hospitaliser l'interné Frank Van Den Bleeken en vue de l'euthanasier, 15 autres internés se sont manifestés auprès de l'ULteam, une équipe chargée de conseiller les patients sur les questions relatives à la fin de vie, demandant également à être euthanasiés.

Pour chaque cas, trois médecins doivent évaluer si ces personnes sont victimes de souffrances pyschiques ou physiques insupportables et inapaisables.

Selon le professeur Wim Distelmans, le nombre de demandes de ce type devrait encore augmenter.