"Pornographie", ou l’insoutenable évolution de l’espèce humaine

C’est une pièce qui ébranle, qui dérange, mais qui dévoile aussi le sort réservé à certains individus dans une société où l’être humain ne représente plus qu’un objet aux yeux des autres. Pour cette nouvelle saison 2014/2015, le Théâtre de Poche a une nouvelle fois programmé des pièces percutantes. Parmi elles, "Pornographie", de l’auteur britannique Simon Stephens.
Yves Kerstius

Muni d’un sac à dos, un individu s’engouffre dans une station de métro londonienne. Nous sommes le 7 juillet 2005. Ce jour-là, 56 personnes, dont quatre terroristes, trouvent la mort dans des explosions qui secouent la capitale britannique. Un évènement qui pousse Simon Stephens à s’interroger : comment des citoyens anglais peuvent-ils en arriver à commettre un tel acte ?

Différentes figures nous plongent dans une intimité dérangeante, où les limites de « l’acceptable » finissent par être franchies. Outre l’un des auteurs de l’attentat, on découvre un étudiant violent poussé par un désir excessif envers sa prof, une mère de famille qui, devenue transparente aux yeux de son mari, finit par perdre la raison sur son lieu de travail. Les relations proscrites s’invitent aussi entre un enseignant et son ancienne élève, entre un frère et une sœur qui se retrouvent. De son côté, une vieille veuve solitaire fait face à une libido incontrôlée.

Tout au long de ces scènes, un sentiment domine au sein du public : le malaise. Car ces personnages, tantôt attachants tantôt effrayants, nous rappellent que tout un chacun peut, un jour ou l’autre, imposer ou subir un acte transgressif, un acte engendré par une société moderne où l’être disparaît à la faveur d’un monde globalisé, constitué d’individus anonymes.

La pièce, mise en scène par le directeur du Théâtre de Poche Olivier Coyette, a pour particularité de nécessiter toute l’attention du spectateur. Les monologues ou les dialogues qui défilent successivement sont en effet constamment bousculés par d’autres actions qui se déroulent à l’arrière-plan. Les acteurs ne quittent jamais la scène, ce qui les mène à réaliser un exercice périlleux, mais non moins réussi.

Le spectacle en soi ne traite pas directement de la pornographie, même s’il contient certaines scènes qui pourraient choquer les âmes sensibles. La véritable commotion provient toutefois du réalisme cru de ces déviances psychologiques dont personne n’est à l’abri.

Yves Kerstius

"Pornographie" se joue au Théâtre de Poche à Bruxelles jusqu’au 4 octobre prochain.

Plus d’infos sur le site www.poche.be