Adolphe Max, symbole bruxellois de la résistance

Le 26 septembre 1914, le bourgmestre de Bruxelles, Adolphe Max est arrêté. Durant un mois, il a refusé de se soumettre aux ordres de l'occupant allemand. Il passera toute la guerre dans différentes prisons allemandes.

Le 20 août 1914, les troupes allemandes se dirigent vers Bruxelles, en provenance de Louvain. Le bourgmestre de l’époque, le libéral Adolphe Max se rend en voiture au-devant de l’envahisseur. Il est porteur d’un drapeau blanc. A proximité du cimetière de Saint-Josse-ten-Noode, à la chaussée de Louvain, il rencontre un détachement d’avant-garde. Le bourgmestre demande de pouvoir être mis en contact avec le général commandant les troupes. Ils veut négocier les conditions du passage et du séjour des troupes allemandes dans la capitale.

Fils de médecin

Adolphe Max est né à Bruxelles le 30 décembre 1869. Il est issu d’une famille de médecins. Son père est le pédiatre attitré des enfants du futur Roi Albert. Après des études secondaires aux athénées de Bruxelles et Ixelles, il obtient le titre de Docteur en droit de l’Université de Bruxelles.

Le 18 octobre 1903, il entre au Conseil communal de la Ville de Bruxelles puis devient échevin. En 1909, il devient Bourgmestre de Bruxelles en remplacement d’Emile De Mot, décédé. De 1910 à 1914, il s’attache à rétablir les finances de la Ville.
 

Le 19 août 1914, la veille de l’arrivée des troupes allemandes à Bruxelles, le bourgmestre fait combler les tranchées et démolir les barricades établies par la garde civique. Il avait en effet reçu un billet menaçant du général von Bülow.

En cas de résistance, la ville devait être entièrement rasée. Adolphe Max lance un appel au calme et au-sang-froid de la population.

"Les autorités communales ne déserteront pas leur poste, écrit le bourgmestre en ajoutant, "aussi longtemps que je serai en vie et en liberté, je protégerai de toutes mes forces les droits et la dignité de mes concitoyens (…) Quoi qu’il arrive, écoutez la voix de votre Bourgmestre et maintenez-lui votre confiance. Il ne trahira pas."

Adolphe Max demande à l’état-major allemand de ne pas faire traverser la capitale par ses troupes. L’état-major allemand veut loger à l’hôtel de ville sur la Grand-Place. Les locaux ne se prêtant pas à cet usage, on se contente de faire dresser huit lits dans la salle gothique. Le bourgmestre y loge également ne voulant pas abandonner l’hôtel de ville aux Allemands.

Les troupes du IVe corps d’armée défilent finalement par les rues de Saint-Josse et de la Petite Ceinture, désertées par la population bruxelloise.

Tout se passe donc dans le calme. Il faut dire qu’au lendemain de l’entrée des Allemands à Bruxelles, Adolphe Max avait pris des mesures sévères pour empêcher tout désordre, dont la fermeture des cafés le long de l’itinéraire suivi.

Grâce à la fermeté du Bourgmestre et à la confiance générale dont il jouit auprès de la population, aucun incident ne se produit et aucun prétexte n’est donc fourni aux Allemands de sévir à l’égard des habitants.

C’est encore le Bourgmestre qui fait le premier pas en concluant, le 24 août, une convention avec le Gouverneur allemand, d’après laquelle, pendant huit heures, il ne sera plus fait réquisition de vivres par l’autorité militaire, les premières réquisitions ayant été énormes et ayant excédé les besoins des troupes à tel point qu’on avait laissé pourrir des vivres.

Le 30 août, le Bourgmestre de Bruxelles donne une nouvelle preuve de son courage en faisait afficher un avis, qui dément celui affiché par le gouverneur allemand de la ville de Liège selon lequel il leur aurait fait part de la décision française de ne pas aider la Belgique.

©Rue des Archives/Tal

Le gouverneur militaire de Bruxelles le Général von Lüttwitz fait arrêter Adolphe Max. Au bout de deux heures, on le libère, mais on fait afficher l’avis suivant : "Il est strictement défendu, aussi à la municipalité de la ville, de publier des affiches sans avoir reçu une permission spéciale".

Adolphe Max sera arrêté une nouvelle fois pendant quelques heures après avoir fait afficher un avis réagissant à l’ordre de l’occupant de retirer tous les drapeaux belges. Ses affiches sont alors recouvertes d’une feuille blanche.

Un encombrant bourgmestre

Les Allemands cherchent de plus en plus à se débarrasser de cet encombrant bourgmestre.

L’occasion se présente à la fin du mois de septembre, à l’occasion du paiement de la contribution de guerre. Adolphe Max refuse de payer la part des communes des faubourgs en plus de celle de la ville de Bruxelles et écrit aux banques en ce sens. La Deutsche Bank donne aussitôt connaissance de cette décision au Gouverneur allemand. Celui-ci démet Adolphe Max de ses fonctions le 26 septembre et annonce sa déportation. Pour éviter la nomination d’un bourgmestre allemand, le Collège accepte la charge d’administrer la ville pendant sa détention.

Le 26 septembre un avis est placardé sur ordre du gouverneur militaire de Bruxelles :

"Le Bourgmestre Max, ayant fait défaut aux engagements encourus envers le Gouvernement allemand je me suis vu forcé de le suspendre de ses fonctions. Monsieur Max se trouve en détention honorable dans une forteresse".

Emprisonné d’abord à Namur, Adolphe Max est ensuite transféré quelque temps dans la prison de Cologne puis est incarcéré jusqu’en 1915 dans le fort de Gladtz (photo) en Silésie. Il passera deux ans à la prison militaire de Berlin. Et la dernière année à la prison de Goslar, d’où il s’évade en novembre 1918, peu avant l’armistice.

Héros de guerre

Son retour à Bruxelles le 17 novembre 1918 fait l’objet de grandes festivités. Après la guerre, il mène de front les fonctions de bourgmestre et de parlementaire. Il restera bourgmestre de Bruxelles encore une vingtaine d’année. Il meurt le 6 novembre 1939.

L'une des principales artères centrales de la ville de Bruxelles porte son nom : le boulevard Adolphe Max. Il existe également un athénée Adolphe Max et une Bibliothèque communale Adolphe Max. Une place du 9e arrondissement de Paris lui est aussi dédiée.