Ouverture du procès contre Sharia4Belgium

Le procès pour terrorisme contre 46 dirigeants ou membres présumés du groupe islamiste radical Sharia4Belgium - dissout en octobre 2012, peu après la condamnation de son porte-parole Fouad Belkacem - a débuté ce lundi au tribunal correctionnel d’Anvers, sous haute surveillance. Les accusés sont notamment suspectés d’avoir recruté des jeunes musulmans pour se battre en Syrie.

L'enquête relative à l'organisation Sharia4Begium a débuté en février 2012 et a mené à 48 perquisitions le 16 avril 2013 à Anvers, Bruxelles, Boom, Vilvorde, Schaerbeek et Charleroi. Fouad Belkacem, ancien porte-parole de Sharia4Belgium, a également été arrêté à cette date et est depuis en détention préventive.

Cette enquête a mis en lumière suffisamment de preuves permettant de considérer Sharia4Belgium comme un mouvement terroriste, d’après le parquet fédéral. Fouad Belkacem (photo) - alias Abu Imran - est à l'origine de l'organisation en mars 2010 et a commencé, avec Feisal Y. (31 ans), Nabil K. (23 ans), Brahim B. (28 ans) en Hicham C. (32 ans), à recruter des jeunes en les abordant en rue via des "Street Dawah" et des prédications en rue.

Ces cinq prévenus, ainsi qu'Elias T. (24 ans) et Houssien E. (23 ans) et neuf autres, comparaissent au tribunal correctionnel d’Anvers comme leaders d'un groupe terroriste et risquent jusqu'à quinze ans de prison.

Combattants pour la Syrie

Les personnes recrutées par l'organisation islamiste recevaient un endoctrinement religieux et idéologique, participaient à des actions de protestation et ont également été, dans une phase ultérieure, envoyer en Syrie pour combattre. Ces prévenus poursuivis pour avoir participé à des activités d'un mouvement terroriste risquent jusqu'à cinq ans de prison.

Jejoen Bontinck (19 ans, photo) fait partie de ce groupe, mais est considéré comme une victime par le parquet fédéral. Lorsqu'il a souhaité rentrer de Syrie, le jeune homme a été retenu par une trentaine d'autres prévenus. Il a fait des aveux complets à son retour en Belgique.

D'autres noms impliqués dans ce procès sont ceux de Michaël Delefortrie (25 ans), combattant de retour de Syrie et Brian De Mulder (21 ans), qui s'y trouve toujours. Il est poursuivi pour des menaces à l'encontre du ministre de la Défense en Affaires courantes Pieter De Crem et de l'homme politique néerlandais Geert Wilders.

L'attaque contre un commissariat de police dans la commune bruxelloise de Molenbeek-Saint-Jean le 31 mai 2012, après l'interpellation d'une jeune femme en niqab, forme également un autre volet du procès, dans lequel doivent comparaître notamment Fouad Belkacem et Hicham C.

46 prévenus

La durée prévue pour l'instant pour le procès est de trois jours. Le parquet fédéral a la parole ce lundi, avant la défense mardi. Sur les 46 prévenus, 8 sont présents au tribunal - à savoir Fouad Belkacem (32), Hakim E. (22), Elias T. (24), Walid L. (23), Jejoen Bontinck (19), Mohamed E.Y. (30), Michaël Delefortrie (25) et El Ouazna N. (51).

Deux autres prévenus se sont fait représenter par un avocat, tandis que 36 feront défaut. Il est probable que ces derniers se trouvent actuellement en Syrie ou qu'ils soient entretemps décédés.

Haute surveillance au tribunal anversois

Ce procès fait l'objet de mesures de sécurité supplémentaires et la présence policière est renforcée. La police recommande à toute personne dont la présence au palais de justice anversois et sur la Place Bolivar n'est pas requise de rester à l'écart. "Il s'agit du plus grand procès pour terrorisme qui ait jamais eu lieu à Anvers et peut-être même en Belgique, donc nous ne laissons rien au hasard au niveau de la sécurité", a indiqué la porte-parole de la police, Veerle De Vries.

La police n'a par ailleurs pas précisé le nombre d'agents supplémentaires qui seront déployés. Elle contrôle l'identité de toute personne qui assiste au procès, y compris les avocats, les parties à la cause et la presse. Un détecteur de métaux a été installé. Des contrôles d'identité sont aussi possibles aux environs du palais de justice. Les policiers gèrent aussi la circulation aux abords du bâtiment, car la presse - tant nationale qu'étrangère - est présente en nombre.

Le ministère public détaille les activités du groupuscule

L'objectif de Sharia4Belgium était la destruction de la démocratie et la mise en place d'un Etat islamique, a souligné le procureur fédéral au procès pour terrorisme devant le tribunal correctionnel d'Anvers.

Pour parvenir à ses fins, Sharia4Belgium se concentrait sur 5 activités: diffusion de l'idéologie via internet et les réseaux sociaux, recrutement de jeunes musulmans via des prêches de rue, endoctrinement de ceux-ci lors d'entraînements idéologiques et physiques, actions violentes en Belgique et lutte armée en Syrie, toujours selon le ministère public.

Ces activités étaient planifiées depuis un appartement d'Anvers qui servait de quartier général à Sharia4Belgium. Cinq sessions idéologiques ou physiques y étaient organisées chaque semaine. La participation aux réunions, qui comprenaient également des entraînements au combat, était obligatoire pour les membres, sous peine de sanctions.

Les jeunes y apprenaient les principes du salfisme. Le ministère public a lu lundi les témoignages de la mère de Jejoen Bontinck, membre de l'organisation parti en Syrie, et d'un père dont les trois enfants sont également partis combattre en Syrie. Ce dernier avait déclaré aux enquêteurs que ses garçons avaient subi "un lavage de cerveau" par Sharia4Belgium.

Lorsque les recrues étaient suffisamment imprégnées du discours idéologique, elles commençaient à prendre part à des actions violentes, selon le ministère public. En mars 2010, le groupuscule se fit pour la première fois remarquer en perturbant une conférence de l'auteur néerlandais Benno Barnard à l'université d'Anvers. D'autres faits suivirent, comme des affrontements avec la police à la suite d'un prêche de rue en décembre 2011, l'incident lié au contrôle d'identité d'une femme portant le niqab à Molenbeek en mai 2012 ou encore l'action de protestation contre le film "L'innocence des musulmans", en septembre 2012 à Anvers.

A partir d'août 2012, l'ensemble des leaders et la plupart des membres du noyau dur du groupuscule - à l'exception de Fouad Belkacem - sont partis combattre en Syrie.