Les institutions culturelles fédérales doivent se serrer la ceinture

Les administrations fédérales - au nombre desquelles comptent les institutions culturelles que sont l’opéra La Monnaie (photo principale), le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles (Bozar) et l’Orchestre National de Belgique - doivent économiser 4% sur leur personnel et 20% sur les frais de fonctionnement dès 2015. Et réaliser des économies supplémentaires de 2% annuellement jusqu’en 2019, d’après l’accord du nouveau gouvernement fédéral. L’intendant de La Monnaie, Peter de Caluwe, craint un "black-out culturel". Il s’en est ouvert à plusieurs médias.

Les économies imposées au secteur culturel par le nouveau gouvernement flamand, mené par le ministre-président Geert Bourgeois (N-VA), ont déjà soulevé beaucoup de protestations au nord de la Belgique ces derniers mois. Au fur et à mesure que le contenu de l’accord du nouveau gouvernement fédéral se précise, des inquiétudes s’élèvent maintenant également à propos de l’avenir des institutions culturelles fédérales.

L'accord de majorité indique en effet que le gouvernement fédéral maintiendra "son investissement dans les institutions culturelles fédérales - le Théâtre Royal de la Monnaie, l'Orchestre national de Belgique (ONB), le Palais des Beaux-Arts (Bozar) -, en étroite concertation avec les communautés". Il précise au paragraphe suivant que "le gouvernement examinera comment des synergies et des gains d'efficacité peuvent être réalisés grâce à une étroite collaboration entre l'ONB et la Monnaie".

Selon Peter de Caluwe, intendant de l’opéra bruxellois, l'économie de 4 % sur les dépenses de personnel et de 20 % sur les frais de fonctionnement, et ensuite les diminutions successives de 2 % par an conduiront à une baisse du subside accordé à La Monnaie de 16,5 % à la fin de la législature. Ce qui représente 6,5 millions d'euros de subsides en moins.

"Quelles sont les motivations idéologiques ?"

"Je suis déçu", déclarait de Caluwe (photo) mercredi sur les ondes de la VRT (Radio 1), comme il l’avait déclaré dans les colonnes des quotidiens De Morgen et Le Soir. Il ne comprend pas que les institutions culturelles fédérales puissent être traitées de la même façon que d’autres administrations fédérales. "Ils n’ont aucune idée comment fonctionnent les institutions culturelles. Avec ces mesures d’économies, ils paralysent tout l’appareil de production. C’est le début d'un véritable black-out culturel", ajoutait l'intendant.

Quant aux synergies avec l'Orchestre national de Belgique, elles ne sont pas exclues pour le patron de La Monnaie mais elles ne sont pas aussi évidentes qu'il y paraît, vu la spécificité de chacune des institutions et de leur métier. Elles doivent être vues le cas échéant à moyen terme et ne peuvent être motivées par la seule nécessité de faire des économies.

Peter de Caluwe met en avant la pression de la N-VA dans ce débat. Le parti nationaliste flamand fait partie des coalitions flamande et fédérale. "Les mesures annoncées ressemblent fort à un effet d'annonces anti-culturelles: on dénonce le bouc-émissaire et on s'empresse de lui tirer dessus d'autant plus aisément qu'il représente une structure fédérale".

Et l’intendant originaire de Termonde (Flandre orientale) de se demander: "Dans quelle mesure cette mesure d'économie n'est-elle pas une guerre d'usure idéologique?"

Le ministre de tutelle des institutions culturelles fédérales, Didier Reynders (MR), n'a pas souhaité réagir aux propos de Peter de Caluwe. Dans l'opposition, Philippe Moureaux (PS) a déjà déclaré sur "Twitter": "S'attaquer à La Monnaie, c'est s'attaquer à l'image de la Belgique, logique pour un parti qui souhaite l'effacement de la Belgique", écrivait-il, visant la N-VA.