Manifestation nationale contre les mesures d’austérité

Les syndicats socialiste, chrétien et libéral ont lancé ce jeudi midi en front commun leur plan d’action contre les mesures d’économies prévues par le gouvernement fédéral. La première étape était la manifestation nationale qui a débuté vers midi au centre de Bruxelles. Les syndicats y attendaient plus de 100.000 personnes et affirment avoir largement atteint cet objectif. La SNCB affirmait ce matin avoir vendu plus de 80.000 billets pour l’événement. La police a recensé 100.000 personnes. En fin de parcours, une confrontation a eu lieu entre manifestants et la police. Des grèves tournantes sont également prévues par province, en préparation à la grande grève générale du 15 décembre. Les mesures que la coalition fédérale (N-VA, CD&V, Open VLD et MR) estime essentielles pour redresser l’économie belge sont jugées contre-productives par les syndicats.

Dès 9h ce jeudi matin, le boulevard Simon Bolivar, faisant face au perron de la gare de Bruxelles-Nord, s'était remplit de manifestants. Les affiliés aux syndicats FGTB, CSC et CGSLB, ainsi que des militants du PS (y compris l’ancien Premier ministre Elio Di Rupo et l'ancienne ministre Laurette Onkelinx) et des partis de gauche radicale ont répondu présents.

Peu avant 10 heures, les cars et les trains transportant les manifestants en provenance de Wallonie et de Flandre avaient commencé à arriver, la foule se faisant plus compacte sur le boulevard. Le départ de la manifestation nationale en front commun a été donné vers midi.

Les organisateurs y attendaient plus de 100.000 personnes, et ont affirmé en début d'après-midi que l'objectif avait été largement atteint. Ce jeudi matin, la SNCB annonçait avoir vendu plus de 80.000 billets spéciaux pour l’événement. La police a recensé 100.000 personnes.

D’après le quotidien La Libre Belgique, qui a pu consulter le relevé du nombre de billets vendus par gare, il ressortait de cette vente que les manifestants wallons devaient être à peu près deux fois plus nombreux que les flamands. Ces derniers devaient être au nombre de 23.000 environ, pour 38.000 manifestants du sud du pays. Le plus gros contingent proviendrait du Hainaut, puis de Liège et d’Anvers. Ces chiffres étaient évidemment à prendre avec précaution, puisqu’ils n’incluent notamment pas les manifestants bruxellois.

"Michel 1er nuit gravement à votre santé et à celle de votre entourage", stipulait un paquet de cigarettes géant porté par des affiliés CSC Metal. "Ici, dumping social" , annonçait une vaste banderole installée devant l'entrée de la tour GDF Suez. Habillé en clown, un membre du syndicat chrétien indiquait sur sa pancarte: "Je suis un clown triste, un plat de misère pour nous. La crise enrichit … les riches", renvoyant vers le site internet du même nom unplatdemisere.be.

A la fin de la manifestation, une confrontation (photo) a eu lieu entre des manifestants et la police, à la gare du Midi, vers 13h30. La police a fait usage de gaz lacrymogène et de canons à eau anti-émeute.

"Un bain de sang social"

La manifestation visait en premier lieu les plans d’austérité du gouvernement fédéral de Charles Michel. Ce dernier a prévu de geler les salaires pendant 2 ans et de laisser tomber une indexation des salaires et allocations de 2%. Les personnes au chômage devront faire des sacrifices supplémentaires, affirment les syndicats. Les travailleurs qui ont un emploi auront droit à la pension plus tard et ne pourront plus prendre autant de pauses pendant leur carrière.

Quant aux services publics, ils devront fonctionner avec moins de personnel et faire de grosses économies. D’après Marc Leemans du syndicat chrétien, "C’est un véritable bain de sang social. Le poids des économies repose unilatéralement et uniquement sur les épaules des familles, alors que les gros salaires ne devront pas faire de sacrifices, pas plus que les fortunes".

Mais les manifestants s’opposent aussi aux plans d’économies du gouvernement flamand de Geert Bourgeois. Ce dernier prévoit moins d’allocations familiales, des crèches plus onéreuses, une augmentation aussi du prix des transports en commun, de l’énergie et de l’enseignement. Les syndicats estiment que le gouvernement flamand plume lui aussi l’homme de la rue.

"1,6 million de travailleurs flamands au travail"

D’après le Réseau flamand des entreprises (Voka), tout le personnel est venu travailler ce jeudi dans près de 90% des entreprises en Flandre, malgré la manifestation nationale. Le problème principal serait les arrivées en retard, en raison des perturbations dans les transports en commun et la livraison tardive de marchandises.

"Nous constatons que très peu des travailleurs du secteur privé se sont rendus à Bruxelles pour manifester. La grande mobilisation dont parlent les syndicats est donc constituée surtout de membres des syndicats et de délégations du secteur public et du secteur non-marchand", indiquait Jo Libeer, administrateur-délégué du Voka.

Les transports en commun perturbés

En raison de la participation à la manifestation, la circulation des transports en commun sera perturbée toute la journée. Seuls les trains de la SNCB circulent normalement. La police conseille d’autre part aux navetteurs de ne pas venir en voiture à Bruxelles.

Mais les embarras de circulation ne sont pas limités à la capitale. A Gand et Anvers, de nombreuses crèches publiques sont fermées ce jeudi et il y a des problèmes avec l’enlèvement des immondices. Certaines entreprises seraient aussi affectées par l’absence de travailleurs, comme le port anversois et celui de Zeebrugge, l’usine Volvo Cars de Gand et la prison de Hasselt.

En Flandre, le réseau des bus et trams de la société De Lijn est nettement ralenti. Les zones d'Anvers, Gand, Courtrai et Dilbeek sont particulièrement touchées par la mobilisation.
Dans la ville et la province d'Anvers, un bus sur deux circule. La situation est légèrement meilleure dans la région de Malines, puisque 70% des bus assurent leur liaison.

A Courtrai, seul un bus sur quatre roule, tandis qu'à Bruges la moitié des chauffeurs a pris son service jeudi matin. La circulation des trams côtiers est donc bien assurée, à l'exception des trams express. A Gand le trafic est fortement perturbé, mais c'est dans la région de Dilbeek que la situation est la plus chaotique puisque seul un bus sur cinq assure son service et l'axe Alost-Ninove-Bruxelles est dès lors très peu desservi.

En Wallonie, le réseau TEC était "extrêmement perturbé" jeudi matin. Les bus de la zone Liège-Verviers n'ont pas quitté leur dépôt en matinée. Au TEC Hainaut, un bus sur cinq a pris la route.

A Charleroi, seuls 15% du trafic ont été assurés depuis le début de la journée, bus et métros confondus. Les chauffeurs de bus ont été, dans la mesure du possible, affectés aux lignes de métro, qui n'ont que partiellement fonctionné vers Gilly et Gosselies. Au total, 42 départs ont pu être assurés sur les 272 prévus.

A Namur, près d'un bus sur deux roule. Les zones d'Ohet et Florenne ainsi que les zones Luxembourg ont été moins touchées puisqu'environ 65% des trajets sont assurés. Dans le Brabant wallon, 40% des voyages sont également garantis.

La société bruxelloise de transports en commun STIB (photo) est moins touchée par les actions de protestation. Toutes les lignes du métro étaient desservies à raison d'une rame sur trois à Bruxelles jeudi matin.

Les trams 3, 4, 7, 39, 51, 55, 82 et 92 roulaient à une fréquence de deux véhicules sur trois, tout comme les bus 12, 13, 14, 48, 53, 63 et 95.

© Reporters / Michel Gouverneur