Un signal fort au gouvernement, malgré les débordements

Tandis que le gouvernement fédéral a réitéré la nécessité de réaliser des économies pour créer davantage d’emplois et a proposé une "feuille de route" aux partenaires sociaux, les syndicats se félicitent de la participation de 120.000 personnes à la manifestation nationale de ce jeudi à Bruxelles. Tout en regrettant et dénonçant des affrontements avec la police en fin de parcours qui ont fait 21 blessés. Les syndicats annoncent d’autres actions "si le gouvernement ne revoit pas sa copie".

Le Premier ministre Charles Michel (MR) propose de discuter une "feuille de route" offrant des espaces de concertation aux partenaires sociaux, qui étaient invités jeudi après-midi par le gouvernement à l'issue de la manifestation nationale qui a mobilisé environ 120.000 personnes dans les rues de Bruxelles, contre la politique de la coalition fédérale.

A la Chambre, le chef du gouvernement de centre-droit (photo) a répété le souci de placer la concertation sociale au centre de l'action politique de son équipe, visant à créer plus d'emplois et préserver la protection sociale. Charles Michel a affirmé entendre la "colère" de la rue et s'est dit prêt à "expliquer" la nécessité des réformes. Il a également appelé l'ensemble des acteurs socio-économiques à prendre leurs responsabilités.

Plusieurs députés de l’opposition ont invité Charles Michel à renoncer à plusieurs mesures phares d'austérité, dont le saut d'index. Appelant à plus d'équité, ils ont également invité le gouvernement à financer la baisse des charges sur le travail par des prélèvements sur le capital plutôt que sur les travailleurs.

"Le gouvernement revoit sa copie ou il verra d’autres actions"

Les représentants des syndicats socialiste, chrétien et libéral se sont eux félicités du nombre estimé de 120.000 participants présents, dans leurs discours prononcés à l'issue de la manifestation nationale menée en front commun.

"Le gouvernement et les patrons ne pourront rester sourds à cette mobilisation", a lancé Marc Goblet, secrétaire général de la FGTB, signalant la présence de travailleurs tant du secteur public que du privé ou encore du monde culturel. Le secrétaire général du syndicat socialiste a posé quatre conditions à la reprise d'un dialogue social: supprimer le saut d'index et respecter la liberté de négociation, garantir la sécurité sociale, établir un plan de relance et proposer une fiscalité juste.

"Si nous ne sommes pas entendus, nous relancerons un nouveau plan d'actions dès le 5 janvier", a-t-il prévenu.

Le syndicat chrétien s'est dit prêt à discuter et réévaluera la situation le 15 décembre prochain, à l'issue du jour de grève nationale prévu en front commun.

Affrontements avec la police à la Porte de Hal

Des incidents se sont déclarés à l’issue de la manifestation, entre la Porte de Hal et la gare de Bruxelles-Midi. Un noyau de plusieurs centaines de manifestants y a affronté les forces de l'ordre, qui ont utilisé du gaz lacrymogène et des arroseuses pour disperser la foule.

Des manifestants s'en sont pris à des véhicules en stationnement, en les incendiant et en les déplaçant sur la chaussée pour ériger des barricades. D’autres se sont armés de bâtons, de pierres, de bouteilles et de barrières Nadar. D'autres brasiers ont été constatés à proximité de la gare de Bruxelles-Midi. Les manifestants ont par ailleurs endommagé des panneaux publicitaires.

Vers 16h30 et alors que la situation se dégradait, la police (une centaine d’agents) a chargé la foule afin de disperser plusieurs centaines de manifestants et mettre fin à la manifestation. Selon la Croix-Rouge, 33 interventions médicalisées ont été nécessaires et 21 personnes - manifestants et policiers - ont été blessées et emmenées à l’hôpital.

D’après la police, les échauffourées auraient été causées par un groupe restreint de manifestants qui n’ont pu garder leur calme. Le bourgmestre de Bruxelles, Yvan Mayeur (PS), a affirmé sur Twitter qu’il s’agissait de 200 travailleurs du port d’Anvers.

Les syndicats condamnent ces dérapages et affirment qu’ils ont été causés par des casseurs "professionnels" et des anarchistes qui se sont infiltrés dans la manifestation.

Dans les transports en commun à Bruxelles et le reste du pays, les perturbations étaient encore nombreuses ce jeudi soir, à l’heure de pointe.