"Nous n’avons pas été autorisés à aider nos collègues"

Des policiers mobilisés jeudi durant la manifestation nationale dans la capitale auraient reçu l’ordre de ne pas intervenir et de ne pas prêter main-forte à leurs collègues en détresse pendant les échauffourées, qui ont fait plus d’une centaine de blessés parmi les forces de l’ordre. L’injonction émanerait du bourgmestre de la Ville de Bruxelles, Yvan Mayeur (PS). Celui-ci dément. Entretemps, la police de Bruxelles-Ixelles a aussi donné des détails sur sa gestion de la manifestation.

L’information est rapportée ce samedi par les quotidiens Het Laatste Nieuws et La Dernière Heure, sur base de plusieurs témoignages émanant de la police. Des agents qui se trouvaient près de la gare du Midi en fin de manifestation, lorsque la situation a dégénéré, ont témoigné de leur détresse. "Pendant des heures nous avons été attaqués. C’était un véritable champs de bataille".

"Et l’unique ordre que nous avons reçu était de reculer. A un certain moment nous avons finalement utilisé du gaz lacrymogène, malgré l’interdiction explicite du commando. Pour éviter que la situation ne s’empire".

Le bourgmestre Mayeur critiqué

D’après diverses sources, le bourgmestre de la Ville de Bruxelles Yvan Mayeur (PS) aurait donné l’ordre au chef de la police et responsable des opérations pendant plus de 40 minutes de ne pas porter secours aux agents de police qui étaient dans la détresse à la Porte de Hal, parce qu’il voulait plutôt privilégier la "discussion" avec les fauteurs de trouble.

"De l’aide ! De l’aide ! De l’aide !, criaient les collègues à travers les appels radio. Mais nous n’avions pas le droit de leur en donner. Conséquence : 124 agents blessés, certains grièvement. C’est de la négligence grave !", témoignaient de façon anonyme un inspecteur de Bruxelles-capitale et un membre de l’équipe d’intervention de la police fédérale, responsables pour la sécurité pendant la manifestation.

"Adepte d’une méthode défensive"

Le bourgmestre Yvan Mayeur (photo) a démenti ce samedi après-midi avoir interdit de porter secours aux policiers en difficulté. "Je n'aurais pas pu interdire ce que l'on ne m'a pas demandé. Pour moi, il va de soi que des policiers puissent intervenir en de tels cas. Mais, l'opérationnalité du maintien de l'ordre relève du chef de zone, non de l'autorité administrative. Ce n'est pas moi qui décide des moments où les policiers doivent charger ou reculer. (...) J'ai répondu oui immédiatement à toutes les demandes que le chef opérationnel m'a formulées."

Vendredi, Yvan Mayeur avait expliqué qu’il est partisan d’une "méthode défensive". "Pour éviter un véritable champs de bataille, sur lequel les manifestants auraient aussi reçu des coups, nous avons effectivement demandé à la police de se faire la plus discrète possible".

Et de conclure: "La prochaine fois, lors de la manifestation nationale du 15 décembre, nous ferons la même chose. Avec une seule différence : je ne laisserai plus arriver en gare de Bruxelles le train rempli de manifestants saouls venant d’Anvers".

La police de Bruxelles-Ixelles clarifie

En réaction aux articles parus dans la presse et aux déclarations anonymes d'agents de police, le chef de corps de la police de Bruxelles-Ixelles, Guido Van Weymersch, a clarifié samedi par communiqué le déroulement de la manifestation nationale de jeudi.

Sur proposition de la police, le bourgmestre de la Ville de Bruxelles Yvan Mayeur a donné comme directives, pour que la manifestation se déroule paisiblement, d'opter pour un dispositif discret et une intervention policière en cas d'incidents graves ou au cas où les manifestants quitteraient l'itinéraire convenu.

Lors des premiers incidents à hauteur de l'avenue Fonsny, il a été décidé de ne pas intervenir immédiatement, étant donné que des dizaines de milliers de personnes défilaient calmement sur le parcours prévu, boulevard du Midi. Pour les services de police, la priorité était d'éviter que les fauteurs de troubles ne se mélangent aux manifestants paisibles.

Au moment où une unité de police isolée se trouvait en difficulté, les renforts nécessaires ont été déployés sur le champ. Il a également été décidé de retirer temporairement les unités de police pour éviter de devoir refouler les fauteurs de troubles dans la masse des manifestants, ce qui aurait risqué de blesser des personnes pacifiques.

La consigne d'utiliser le gaz lacrymogène et les autopompes a été donnée pour créer une distance entre les services de police et les perturbateurs. Dès la fin du cortège, il y a eu ordre de disperser les fauteurs de troubles et de procéder à des arrestations. Entretemps, les différents services de police concernés, en étroite collaboration avec le parquet de Bruxelles, ont commencé à identifier des auteurs pour pouvoir les poursuivre, précise le chef de corps.