Europalia Turquie, à la croisée des cultures d’Asie et d’Europe

A l’occasion de son 45e anniversaire, le festival d’art international bisannuel consacrera du 6 octobre 2015 au 31 janvier 2016 sa 25e édition à la Turquie, et plus particulièrement à l’Anatolie, péninsule qui est le berceau de nombreuses civilisations. Europalia accentuera aussi trois nouvelles orientations stratégiques : la co-création, la jeunesse et le déploiement du festival dans l’Europe.

Depuis 1970, l’association Europalia International basée à Bruxelles organise des biennales d’art dédiées à un pays invité. Ses premières éditions ont été consacrées uniquement aux pays européens, pour s’étendre ensuite vers d’autres régions du globe et notamment plus récemment aux pays émergents que sont la Russie (2005), la Chine (2009), le Brésil (2011) et l’Inde (2013).

A l’occasion de son 45e anniversaire, le festival d’art consacrera sa 25e édition (octobre 2015 à janvier 2016) à la Turquie, véritable carrefour des cultures d’Asie et d’Europe. Depuis la préhistoire, l’Anatolie a vu naître, se succéder et cohabiter de nombreuses civilisations et a formé une charnière essentielle entre l’Asie (dont elle représente l’extrémité occidentale) et l’Europe. "L’Anatolie possède 13.000 sites d’art, riches de millions d’objets historiques et artistiques, que nous sommes impatients de faire découvrir au public belge", se réjouissait ce mardi le ministre turc de la Culture, Ömer Celik, qui était venu spécialement à Bruxelles pour la présentation des lignes de force de l’édition 2015 d’Europalia.

"L'Anatolie, berceau de nombreuses civilisations, est vraiment un musée à ciel ouvert", indiquait encore le ministre turc. "Nous voudrions à travers toutes ces civilisations exprimer la tolérance et la cohabitation paisible. Quand vous allez à Istanbul, vous voyez coexister les synagogues, les églises et les mosquées. A Mardin, vous voyez les assyriens, les Syrianis ou les Yézidis, des dizaines de croyances qui vivent ensemble en paix depuis des millénaires. Aujourd'hui pourtant, nous voyons des guerres de religion au Moyen-Orient. L’empire ottoman a ouvert les bras à tous les réfugiés. L’Anatolie a été le refuge pour toutes les croyances." Et Ömer Celik de souligner qu’il faut protéger le multiculturalisme, qui inspire les arts.

Luc Bertrand, CEO du holding Ackermans & van Haaren et commissaire général belge d’Europalia Turquie, s’est dit fasciné par la culture du pays invité l’an prochain, par sa scène artistique très dynamique, jusqu’en Belgique, - où résident environ 200.000 Turcs précisait la ministre fédérale du Développement durable Marie-Christine Marghem -, et par son développement économique. "Ces dernières années, la Turquie a connu une croissance moyenne de 4,1%. Un chiffre dont nous ne pouvons que rêver en Belgique".

Nouvelles orientations stratégiques

A l’occasion de son 45e anniversaire, Europalia International a repensé sa mission. L’association opte ainsi dorénavant pour une gestion artistique plus globale, avec trois nouveaux axes stratégiques. Le premier, objectif principal du festival, est de "créer ensemble". Dans cette perspective, des collaborations entre artistes turcs et européens sont développées. De même, un équilibre entre patrimoine historique et art contemporain sera recherché.

Le second axe met l'accent sur la jeunesse, avec notamment le lancement en 2015 du prix Spread your Wings qui permettra à trois jeunes artistes belges de passer trois semaines à Istanbul, pour présenter une exposition à la fin du festival. Les écoliers et les jeunes de 18 à 25 ans feront aussi l’objet d’une attention particulière, tandis qu’un Centre média sera lancé pendant le festival en collaboration avec des écoles d’art et de journalisme.

Et puis, la dimension internationale d’Europalia sera déployée. Pour cette 25e édition, le festival étendra à Londres, Cologne, Berlin, Luxembourg et Marseille ses partenariats, déjà tissés notamment à Amsterdam, Utrecht, Valenciennes, Lille et Paris. Sa programmation se développera plus particulièrement autour de quatre axes de travail : projets patrimoniaux, projets contemporains, échanges entre les scènes artistiques belge et du pays invité et des créations.

"Anatolie, maison de l’éternité"

Chaque édition d’Europalia présente une grande exposition-phare, qui brosse un portrait du pays hôte. Celle qui ouvrira ses portes le 7 octobre 2015 au Palais des Beaux-Arts de Bruxelles (photo) a reçu le titre de travail "Anatolia. Home of Eternity". Elle présentera notamment pour la première fois à Bruxelles des chefs d’œuvre autour du thème du rituel, mais aussi des trésors archéologiques, statues, textiles, porcelaines et objets d’argent et d’or.

Le cosmos et le monde de la nature, le monde du divin, et les interactions entre dieux, souverains et peuple y seront abordés, évoquant ainsi depuis la préhistoire jusqu’aux empires seldjoukide et ottoman, des religions polythéistes de l’antiquité à l’islam. "Afin de donner une image complète de l’accumulation des civilisations en une seule maison, l’Anatolie", soulignait le ministre turc de la Culture.

Le Palais des Beaux-Arts de Bruxelles accueillera aussi dès octobre 2015 une exposition baptisée pour l’instant "Imagine Istanbul". Elle dressera un portait de la ville légendaire du Bosphore (photo) qui a inspiré tant de photographes, cinéastes, écrivains et musiciens. Une grande partie du matériel qui y sera présenté n’a jamais été exposé à Bruxelles.

Le Museum aan de Stroom (MAS) d’Anvers présentera quant à lui le patrimoine d’Istanbul et dressera des parallèles entre la ville portuaire turque et la métropole portuaire anversoise. Des jeunes artistes y seront accueillis en résidence.

Quant au Musée des Beaux-Arts de Liège (BAL), il abordera le thème de la Sofra, cette grande tablée où l’on se retrouve autour d’une tasse de thé ou café pour partager un repas, en toute convivialité.

D’autres expositions et monographies seront présentées au Musée d’art actuel de Gand (SMAK), au Musée d’art contemporain d’Anvers (M HKA), au centre d’art contemporain bruxellois Wiels notamment. Comme lors de chaque édition d’Europalia, la musique, le théâtre, la littérature, la danse et le cinéma du pays invité seront également explorés dans toutes leurs facettes, depuis le folklore jusqu’à la création contemporaine, très dynamique en Turquie. "La tradition est encore bien vivante en Turquie dans l’art contemporain", précisait d’ailleurs le professeur Hasan Bülent Kahraman, curateur d’Europalia 2015.