L'ancien Premier ministre Leo Tindemans est décédé

L’ancien Premier ministre démocrate-chrétien flamand Leo Tindemans est décédé ce vendredi après-midi, il était âgé de 92 ans. Il avait dirigé deux gouvernements dans les années ’70. Surnommé "Monsieur 1 million de voix" Leo Tindemans avait recueilli 983.000 voix de préférence, en 1979 aux élections européennes, soit le score électoral le plus important en Belgique depuis la Seconde Guerre mondiale.

"Notre pays perd à nouveau un homme d'Etat d'exception, qui a été une figure de la politique pour toute une génération", a indiqué le président du CD&V Wouter Beke.

Leo Tindemans était né le 16 avril 1922 à Zwijndrecht, en Province d'Anvers. Il avait été Premier ministre de 1974 à 1978-1979.

Il était diplômé de trois universités, en sciences commerciales, économiques, politiques et sociales. Il était professeur émérite de la KUL et avait obtenu les titres honorifiques de docteur honoris causa des universités de la City University de Londres, l'Université Heriot-Watt d'Edimbourg et de l'Université de Georgetown.

Il aura été député du CVP, l’ancêtre du CD&V de 1961 à 1989, secrétaire-général de l’Union européenne des démocrates-chrétiens de 1965 à 1973, président du PPE de 1976 à 1985 et du CVP de 1979 à 1981. Il a aussi été bourgmestre de la commune d’Edegem (Anvers).

Une longue carrière politique

Depuis 1968, il a occupé divers postes ministériels : ministre des relations entre les communautés, ministre de l’agriculture et vice-premier ministre et ministre du budget. Il fut ensuite désigné formateur et Premier ministre au sortir des élections de 1974. Ses deux mandats sont marqués par les questions communautaires.

Le 11 octobre 1978, suite aux réactions négatives autour du Pacte d’Egmont, réformant l’Etat belge au profit des Communautés et Régions, il démissionne avec fracas.

"Je considère que la Constitution n'est pas un chiffon de papier. Je quitte cette tribune et me rends chez le Roi pour lui présenter la démission du gouvernement" lança-t-il à la Chambre.

Lors des élections européennes de 1979, Leo Tindemans obtient 983.000 voix, un record historique resté inégalé. Il sera encore par la suite ministre des Affaires étrangères et eurodéputé jusqu'en 1999. Il met alors un terme à sa carrière, estimant qu'il est "un homme politique du XXe siècle, pas du XXIe".

"La Belgique perd un Européen visionnaire" (Charles Michel)

C'est "avec beaucoup d'émotion" que Charles Michel a appris le décès de l'ancien Premier ministre Leo Tindemans à l'âge de 92 ans.

"La Belgique perd un Européen convaincu qui a toujours défendu l'idée d'une Union européenne intégrée. Nous retiendrons son travail visionnaire, lui, qui dès 1975, plaidait pour une monnaie européenne unique", déclare le Premier ministre dans un communiqué.

"Le Premier ministre tient à rendre hommage à l'homme politique qui a aussi marqué l'histoire de notre pays en étant Premier ministre à l'heure où la Belgique se penchait sur des réformes institutionnelles qui influenceront profondément son futur", poursuit le chef du gouvernement fédéral.

"Au nom de l'ensemble du Gouvernement et des citoyens, le Premier ministre exprime ses sincères condoléances à la famille et aux proches de Leo Tindemans."

"Un monument de la politique belge nous a quittés" (Herman De Croo)

"Un monument de la politique belge nous a quittés", a indiqué vendredi soir l'homme politique Herman De Croo (Open VLD) à l'agence Belga.

"Tindemans était mon premier Premier ministre", a précisé le ministre d'Etat. En tant que membre de l'ancien parti PVV, Herman De Croo a reçu en 1974, sous le gouvernement Tindemans I, son premier portefeuille ministériel. "J'ai appris à connaître Leo Tindemans comme un travailleur très assidu, et un homme cultivé et lettré."

Herman De Croo décrit encore l'ancien Premier ministre comme "un tacticien à la colonne vertébrale politique. Il était un grand monsieur et j'avais beaucoup de sympathie pour lui. J'ai toujours entretenu des relations correctes et amicales avec lui."

"Il était également très populaire", ajoute Herman De Croo. "Sa popularité a même poussé le PSC (ancien CDH, ndlr) à rejeter la création d'une circonscription fédérale pour les élections européennes.

Ils avaient peur qu'il obtienne plus de voix de préférence en Wallonie que Charles-Ferdinand Nothomb", l'ancien président des démocrates-chrétiens francophones.

"Un grand promoteur de la pensée européenne" (Herman Van Rompuy)

Leo Tindemans était un grand promoteur de la pensée européenne qui inspirait beaucoup de confiance au sein de la population belge, a réagi vendredi Herman van Rompuy à l'annonce de son décès. Les deux anciens Premiers ministres avaient une relation politique père-fils.
Leo Tindemans avait succédé au père d'Herman Van Rompuy au centre d'études du CVP. L'ancien président du conseil européen a dès lors considéré comme un honneur d'intégrer, dans les années '70, l'équipe de Leo Tindemans. "Il était pour ma génération le symbole d'une politique honnête."
Herman Van Rompuy se souvient également que l'ancien Premier ministre évoquait déjà la monnaie unique européenne dans les années '70.

"Tindemans incarnait les valeurs de la démocratie chrétienne" (Mark Eyskens)

L'annonce du décès de l'ancien Premier ministre Leo Tindemans a été un "choc" pour l'ancien ministre Mark Eyskens, a-t-il réagi vendredi. "Leo Tindemans était très populaire parce qu'il était très crédible", selon Mark Eyskens. "Il incarnait les valeurs de la démocratie chrétienne en paroles et en actes. C'est pour cela qu'il a récolté près d'un million de voix lors des élections européennes en 1979."

"Tindemans m'a poussé à faire de la politique", se souvient le fils de l'ancien Premier ministre Gaston Eyskens. "Il m'a appelé en octobre 1976, lorsque j'étais jeune professeur, pour me demander d'entrer dans son gouvernement. 'Tu dois le faire, c'est une expérience intéressante. En plus, mon mandat se termine dans six mois'. Finalement, j'ai été ministre durant 16 ans."

Selon Mark Eyskens, Leo Tindemans avec un grand profil européen. "A la demande des leaders européens, il a écrit le rapport Tindemans sur les futures étapes de l'intégration européenne."
"Avec la disparition de Tindemans, nous perdons le troisième grand nom, en un peu plus d'un an, de la période glorieuse de la démocratie chrétienne", ajoute-t-il. Wilfried Martens est décédé en octobre de l'année dernière, avant Jean-Luc Dehaene au mois de mai. "Le CVP était à son apogée à l'époque, nos adversaires parlaient d'ailleurs d'Etat CVP."

"Ses efforts pour une Europe intégrée, son véritable héritage politique" (Willy Claes)

"Ses efforts pour une Europe intégrée sont pour moi au centre de l'héritage politique de Leo Tindemans", a réagi vendredi Willy Claes à l'annonce du décès de l'ancien Premier ministre.

Willy Claes a appris à connaître Leo Tindemans au sein des différents gouvernements dans lesquels ils ont collaboré. Il le décrit comme doux, aimable et intellectuel.

"Il traitait chaque problème d'un point de vue intellectuel et essayait de le replacer dans un cadre plus large, historique. Cela ne facilitait pas les prises de décision." Willy Claes prend pour exemple les tensions communautaires. Il estime que l'ancien Premier ministre se comportait de manière hésitante en la matière.

L'ancien Secrétaire général de l'Otan considère en revanche M. Tindemans comme un grand fédéraliste européen.