"Un nouvel attentat ne peut être totalement évité"

Le coordinateur européen pour l’antiterrorisme, le Belge Gilles de Kerchove (photo), met en garde contre le risque de nouveaux attentats. "Dans la mesure du possible, nous allons tenter d’éviter que des attentats se produisent encore. Mais il ne sera jamais possible de l’éviter totalement". De Kerchove appelle les pays de l’Union européenne à accélérer la mise en œuvre d’actions décidées il y a un an pour prévenir une radicalisation et renforcer la lutte contre la menace que représentent les combattants islamistes.
AP2009

"La menace de nouveaux attentats reste très réelle", estime le Belge Gilles de Kerchove. "L’Etat Islamique veut perpétrer des attentats et l’a fait savoir. Al-Qaïda est nettement affaibli, mais veut rester dans la course. Et puis il y a le Front Al-Nosra, la branche syrienne d’Al-Qaïda, qui cherche des Européens avec de bons passeports qui pourraient facilement prendre l’avion".

Il n’est pas possible d’éviter totalement un nouvel attentat, reconnait le coordinateur européen pour l’antiterrorisme. "Il y a malheureusement des armes qui viennent des Balkans et de Libye et qui sont vendues librement. Et il y a malheureusement des fous. Si un kalachnikov est facile à obtenir et que des personnes se sont radicalisées, alors un attentat est extrêmement difficile à empêcher. Mais nous pouvons essayer de l’éviter autant que possible, sans basculer vers une société totalitaire".

Une solution miracle n’existe pas, estime encore Gilles de Kerchove. Mais un éventail de mesures de prévention, de détection, de répression et de dimension internationale doit être mis en place pour tenter d’éviter de nouveaux attentats. Le coordinateur européen a d’ailleurs appelé lundi les Etats de l'Union européenne à accélérer la mise en œuvre d'une série d'actions décidées il y a un an pour prévenir la radicalisation et renforcer la lutte contre la menace des combattants islamistes.

"La réunion de Paris (entre les ministres de l'Intérieur de douze pays de l'UE et leurs homologues américain et canadien) a donné un sens d'urgence à la mise en œuvre d'un programme d'actions décidé il y a plus d'un an", a-t-il déclaré dans un message vidéo posté sur twitter. Ces mesures portent sur la prévention de la radicalisation dans les prisons et sur l'internet, l'échange de renseignements, l'amélioration des contrôles aux frontières extérieures de l'Union, la détection des mouvements suspects et la coopération avec les pays tiers, notamment ceux traversés par les Européens radicalisés partis pour la Syrie et l'Irak.

Actions coordonnées au niveau européen

Le sommet des dirigeants de l'UE le 12 février à Bruxelles sera consacré à la lutte contre le terrorisme et la radicalisation des Européens. Les ministres des Affaires Etrangères et les ministres de l'Intérieur et de la Justice ont été "mandatés pour faire des propositions", a souligné de Kerchove. Les chefs des diplomaties européennes se réuniront le 19 janvier à Bruxelles et les ministres de l'Intérieur le 29 à Riga en Lettonie.

"Au cours de ces réunions, il faudra voir comment l'UE peut aller plus vite et si elle peut déterminer des mesures additionnelles", a plaidé le Belge, citant "un contrôle systématique des déplacements des citoyens de l'UE aux frontières extérieures, lors des franchissements, à l'aller et au retour". Et de conclure: "Je souhaite que l'élan de Paris se traduise le 12 février par des mesures et une volonté politique d'agir".

"Pas mettre en prison tous ceux qui rentrent de Syrie"

D’après le coordinateur européen, "les prisons sont un incubateur de radicalisation massive". Il rappelle le cas de Mohamed Merah, qui a commis en 2012 les attentats de Toulouse, mais aussi le cas de Mehdi Nemmouche, qui a perpétré l’attentat au Musée juif de Bruxelles en mai 2014, ou encore le cas d’Amédy Coulibaly, qui se serait radicalisé en prison avant de commettre l’attentat de vendredi à Paris.

Gilles de Kerchove plaide en faveur d’une harmonisation accrue du droit pénal. "Mais n’envoyons pas en prison tous ceux qui rentrent de Syrie, car cela ne les radicaliserait que davantage et serait source d’inspiration pour d’autres. Ceux qui ont simplement fait la vaisselle en Syrie et n’ont pas combattu au front vont aussi se présenter comme de grands héros".

Selon les informations en sa possession, près de 3.000 Européens se sont enrôlés dans les groupes djihadistes en Syrie ou en Irak. Quelque 30% d’entre eux sont ensuite revenus dans les pays de l'Union européenne. "Nous devons rester très, très prudents", conclut de Kerchove.