Le niveau d’alerte relevé à 3 pour l’ensemble de la Belgique

Au terme d’une réunion de crise en soirée faisant suite à une opération policière anti-terroriste à Verviers, Bruxelles et dans l’arrondissement de Hal-Vilvorde jeudi - au cours de laquelle 2 suspects ont été tués -, le Premier ministre Charles Michel (MR) et les ministres de l’Intérieur Jan Jambon (N-VA) et la Justice Koen Geens (CD&V) ont décidé de relever le niveau d’alerte à 3 (sur 4), non seulement pour les bâtiments et services de police, mais aussi pour l’ensemble du pays. Ceci signifie qu’un attentat est "possible" ou "probable" pour notre pays.

Le Premier ministre Charles Michel (photo) a tenu une réunion de crise jeudi soir, en compagnie des ministres de l'Intérieur Jan Jambon et de la Justice Koen Geens. Ils ont suivi l'évolution du dossier de près durant toute la soirée avec les services de sécurité.

"Après de longs préparatifs et une enquête de plusieurs mois par les services de renseignement et de sécurité, des opérations ont été lancées jeudi dans le cadre de la lutte contre le terrorisme", ont confirmé les ministres dans une déclaration commune à l'issue de cette réunion. Ces opérations, dont "le gouvernement était totalement au courant depuis le début" ont été "minutieusement préparées".

Le niveau d'alerte a été relevé par l'Organe de coordination pour l’analyse de la menace (Ocam) à 3 sur 4 pour l'ensemble du pays, après avoir déjà été relevé à 3 en début de soirée pour les services et bâtiments de police. Des mesures ont immédiatement été prises par les chefs de corps sur le terrain. "Nous n'avons pas connaissance de menaces concrètes ou spécifiques à venir", ont confié les ministres. "Un ensemble de mesures particulières a toutefois été mis en place. C’est avant tout une décision de sécurité".

Vigilance accrue pour la police

A Bruxelles, la plupart des commissariats ont été fermés et la surveillance des alentours a été accrue, comme à Charleroi où des agents montent la garde, mitraillettes au poing. Les commissariats n'ont pas été évacués, mais les portes d'accès ont été bouclées. Les effectifs qui patrouillent sont désormais invités à se déplacer par doublons de combis.

A Anvers, les agents de police ont maintenant reçu la permission d’emmener leur arme de service à domicile. Cette possibilité avait été rejetée par le ministre de l’Intérieur en début de semaine, après les attentats en France. Depuis 2005, et à la suite d’incidents survenus avec des armes de service de policiers, les agents n’ont en effet plus le droit d’emporter leur arme à domicile.

En plusieurs villes de Flandre, dont notamment Hasselt et Gand, les agents de police patrouillent par deux et avec un gilet pare-balles. Les communes de Maaseik (Limbourg) et Vilvorde (Brabant flamand), dont plusieurs citoyens sont partis combattre en Syrie, se concertent encore sur l’adoption de mesures de sécurité supplémentaires.

A Anvers et en Flandre occidentale, notamment, plusieurs zones de police ont enlevé les photos de leur personnel de leurs sites internet. Par mesure de sécurité.

De leur côté, les plus importantes écoles juives de Bruxelles et d'Anvers ont annulé tous leurs cours prévus ce vendredi par mesure de sécurité à la suite de la hausse de la menace terroriste.

Aucun lien n'a cependant été établi ni avec les événements survenus en France, ni avec le Carolorégien arrêté pour ses rapports avec Amédy Coulibaly, responsable de l'attentat dans un magasin Hyper Casher à Paris. L'enquête avait en effet été ouverte bien avant l'attaque contre la rédaction du magazine satirique français Charlie Hebdo, le 7 janvier.

Une dizaine de perquisitions menées jeudi

Dans le cadre d'un dossier du parquet fédéral, un juge anti-terrorisme de Bruxelles a fait exécuter une dizaine de perquisitions dans les arrondissements judiciaires de Bruxelles, Verviers et Hal-Vilvorde, a expliqué le parquet fédéral. L'enquête portait sur une cellule opérationnelle composée notamment de personnes qui revenaient de Syrie et planifiaient des attentats terroristes d'envergure contre des services de police, de manière imminente. L'attaque ne visait pas nécessairement Bruxelles.

Lors de la perquisition (photo) d'une habitation à la Rue de la Colline à Verviers (province de Liège), les suspects ont ouvert le feu sur les policiers avec des armes de poing et de guerre. Deux terroristes (des djihadistes présumés) ont été tués, un troisième a été interpellé. Aucun civil ou agent n'a été blessé.

Peu après 21h, une nouvelle intervention a eu lieu dans une habitation de la Rue du Palais, située à proximité de la Rue de la Colline. Les opérations à Verviers ont pris fin vers 22h. Les descentes sur le terrain se poursuivaient néanmoins. Les enquêteurs des polices judiciaire et scientifique se trouvent toujours ce vendredi sur les lieux de l'assaut donné par la police fédérale.

D'autres perquisitions ont eu lieu, à Bruxelles notamment. Dans la commune d’Anderlecht, la perquisition n’a mené à aucun résultat concret, a indiqué le bourgmestre. Il y a eu cinq perquisitions à Molenbeek-Saint-Jean, a fait savoir sa bourgmestre Françoise Schepmans. Une personne a été appréhendée. Aucune perquisition ou incident armé n'a eu lieu sur le territoire de la commune de Vilvorde dans le cadre de ces opérations anti-terroristes, a indiqué le bourgmestre Hans Bonte (photo).

On signalait aussi jeudi après-midi, à Bruxelles, un homme armé d'origine africaine qui criait des phrases religieuses en arabe et en français dans la station de métro Ribaucourt, à Molenbeek-Saint-Jean. Il a été interpellé en soirée. Sa présence dans la station avait été signalée plus tôt dans la journée par des témoins. Une enquête judiciaire va être ouverte.