Johan Van Overtveldt craint pour l’épargne des Belges

La Banque centrale européenne va racheter 60 milliards d'euros par mois de dette publique et privée jusque fin septembre 2016, annonçait ce jeudi après-midi son président Mario Draghi. Craignant cette décision de la BCE, le ministre belge des Finances, Johan Van Overtveldt (N-VA), s’était dit inquiet des conséquences que l’injection d’argent frais pour relancer l’économie européenne pourrait avoir sur l’épargne des Belges.

Le conseil des gouverneurs "a décidé de lancer un programme élargi de rachats d’actifs", a annoncé ce jeudi après-midi le président de la Banque centrale européenne, Mario Draghi (photo), lors d’une conférence de presse à Francfort. La BCE va ainsi racheter jusqu’à 60 milliards d’euros de dette publique et privée par mois, entre mars 2015 et septembre 2016.

Les rachats seront mis en œuvre par les banques centrales nationales des 19 pays de la zone euro, et seuls 20% des titres achetés seront soumis à un partage des risques, c'est-à-dire que les pertes éventuelles qui en découleront seront assumées in fine par tous les contribuables de la zone euro. Pour les 80% restants, chaque banque centrale nationale achètera des titres de son pays et en supportera les risques.

Juste après avoir annoncé le programme tant attendu d'achats massifs de dette par la BCE, qui devrait la voir injecter plus de 1.000 milliards d'euros dans l'économie en 18 mois, Mario Draghi a enjoint les gouvernements de la zone euro et la Commission européenne à agir pour soutenir l'économie et à ne pas se reposer sur la politique monétaire. "La politique monétaire peut créer les bases pour la croissance, mais pour que la croissance s'affermisse il faut de l'investissement", et c'est aux politiques d'en favoriser les conditions, a déclaré Mario Draghi.

A l’occasion d’une interview accordée notamment aux quotidiens De Standaard et le Soir, et parue jeudi matin, le ministre des Finances Johan Van Overtveldt (N-VA) s’était dit inquiet des conséquences sur l'épargne des Belges du lancement par la Banque centrale européenne d'un programme d'assouplissement quantitatif - de rachat de titres souverains - afin d'injecter de l'argent frais pour relancer l'économie européenne.

Un tel programme d'assouplissement vise à peser sur les taux d'intérêt, pour stimuler le crédit, et injecter de l'argent dans le circuit économique.

"Je dois être attentif aux réalités de notre pays - et, en particulier, au niveau élevé de l'épargne des Belges. De ce point de vue, je pense que les décideurs, à la BCE, doivent tenir compte du fait qu'une politique d'assouplissement quantitatif risque de déformer artificiellement la structure des taux d'intérêt et ainsi d'influencer la valeur de l'épargne. Or, pour moi, on ne peut pas mettre en danger le volume de l'épargne", affirmait Johan Van Overtveldt.

Le ministre belge se demandait si les mesures prises par la BCE, qu’il qualifiait de "politique monétaire peu orthodoxe", sont bien les bonnes. Il estime qu’elles n’auront, au mieux, qu’un impact indirect. Selon Johan Van Overtveldt, le problème actuel est bien davantage un manque de confiance général, "de la part des consommateurs, des producteurs et des investisseurs".

Le ministre des Finances proposait plutôt des contrôles budgétaires rigoureux et de nouvelles mesures d’austérité, qui devraient rétablir la confiance et faire sortir l’économie du marasme.

Luc Coene défend la décision de la BCE

Le gouverneur de la Banque nationale de Belgique (BNB) a indiqué ce jeudi, après la décision de la BCE de lancer son offensive monétaire, comprendre les préoccupations du ministre des Finances Johan Van Overtveldt au sujet de l'épargne des Belges.

Mais il souligne qu'il faut peser le pour et le contre. "Si l'on ne faisait rien aujourd'hui, quelles auraient été les implications? Si l'inflation poursuivait sa baisse, il y aurait alors d'autres conséquences négatives". Luc Coene (photo) est l'un des 19 gouverneurs de Banque centrale qui étaient présents ce jeudi à Francfort pour la décision monétaire de la BCE.

Luc Coene estime aussi que la baisse du taux belge restera limitée. Il souligne que, grâce à l'inflation négative, il est question d'un rendement positif de 0,45%.

La BNB sera également impliquée dans le rachat d'obligations d'Etat. Les rachats seront en effet mis en oeuvre par les banques centrales nationales des 19 pays de la zone euro, et seuls 20% des titres achetés seront soumis à un partage des risques.

Pour la Belgique, il s'agit d'un montant d'1,6 milliard d'euros par mois, estime Luc Coene. "Nous achetons pour ce montant des obligations belges de banques et autres institutions. L'objectif est que cet argent puisse être injecté dans l'économie, pour accorder des prêts, par exemple".