Une Académie belge du renseignement voit le jour

Les ministres de la Justice, Koen Geens (CD&V), et de la Défense, Steven Vandeput (N-VA), ont lancé vendredi la Belgian Intelligence Academy, chargée de dispenser une formation commune aux analystes des deux services de renseignements belges, à savoir la Sûreté de l’Etat et du Service général du renseignement et de la sécurité (SGRS) dépendant de la Défense.

Cette "Belgian Intelligence Academy" (BIA) sera "virtuelle", en ce sens qu'elle n'engendrera aucun coût supplémentaire ni en personnel, ni en bâtiment, a précisé le "patron" du SGRS, le lieutenant-général Eddy Testelmans, à l'issue de la signature d'un protocole d'accord entre les deux ministres de tutelle, Koen Geens et Steven Vandeput.

Les deux services uniront en fait les efforts de leur propre service de formation interne, avec une aide supplémentaire fournie par la Direction générale (DG) Formation de la Défense et d'experts extérieurs, provenant par exemple du monde académique. La BIA pourra aussi faire appel à des formateurs étrangers et remplacera largement les cours actuellement suivis à l'étranger par les "agents secrets" belges.

Cette BIA permettra d'offrir une formation commune et structurée à l'ensemble du personnel des deux services, dont l'un est compétent pour la sécurité du territoire belge et l'autre s'intéresse plutôt à l'étranger - et en particulier aux théâtres d'opération où sont déployées des troupes belges, une leçon tirée de la mort de dix Casques bleus belges au Rwanda en avril 1994.

"Il est important que ces analystes travaillent selon la même méthodologie" et fournissent "des produits directement utilisables", a ajouté le général Testelmans (photo). "Nous étudions souvent les mêmes phénomènes (comme le terrorisme et la grande criminalité), mais avec une finalité différente", a ajouté le chef du SGRS.

Son homologue civil de la Sureté, Jaak Raes, a pour sa part précisé que les cours communs pourraient débuter après le recrutement de nouveaux analystes pour les deux services, qui est toutefois compliqué par les économies budgétaires imposées à tous les départements fédéraux et qui limite l'engagement de nouveaux agents. "Des exceptions sont toutefois possibles" en présentant un dossier au Conseil des ministres », ont souligné les ministres Geens et Vandeput.

L'idée de créer une formation commune pour les agents de la Sûreté et du SGRS émane du président du comité permanent sur les services de renseignement, Guy Rapaille, qui avait fait dès 2008 le constat d'une "méconnaissance mutuelle". Et contrairement à d'autres pays, la Belgique ne disposait toujours pas d'une institution spécifique pour former des analystes de services de renseignement.

Selon le général Testelmans, la mise sur pied de cette académie pourrait aussi favoriser la création d'un "esprit de corps" au sein de la communauté du renseignement belge. A terme, cette formation pourrait aussi s'élargir à d'autres services, comme par exemple la police judiciaire, dépendant de la police fédérale - et donc du ministère de l'Intérieur -, voire à des partenaires étrangers.

BELGA/VANLATHEM

"Un tiers des ex-combattants en Syrie est dangereux"

Dans une interview accordée ce samedi au quotidien De Standaard, le patron de la Sureté de l'Etat, Jaak Raes (photo), plaide en faveur d'un "islam belge". Il estime que la formation d'imams en Belgique et des mosquées qui fonctionnent sans intervention étrangère permettraient d'endiguer la radicalisation.

"Nous devons comme tout le monde faire des économies, mais je doute que ce soit responsable dans le contexte actuel", déclare Raes dans sa première interview depuis son entrée en fonction. Le personnel de la Sureté preste de nombreuses heures supplémentaires depuis l'action menée à Verviers.

"Nous ne devons pas être naïfs: lorsque nous nous attaquons à un groupe, il faut s'attendre à une vengeance. Il est tout à fait possible que d'autres cellules de la même organisation soient encore actives en Belgique. Ces cellules terroristes dormantes existent bel et bien. Nous devons donc être particulièrement rigoureux."

Les services de sécurité ont identifié 101 combattants revenus en Belgique, précise le patron de la Sureté. "Un tiers sont considérés comme à risque, même si la distinction n'est pas évidente à faire. Les suivre tous en permanence n'est pas possible".