"La lutte contre l'antisémitisme est un échec"

Les autorités du pays ont rendu hommage lundi soir aux victimes de l'Holocauste lors d'une cérémonie de commémoration du 70e anniversaire de la libération des camps de concentration. Lors de son discours, le Premier ministre Charles Michel n’y a pas été par quatre chemins : "la lutte contre l'antisémitisme est un échec", a-t-il déclaré. Faisant référence à la tuerie du musée juif de Bruxelles en mai 2014, il a rappelé la "spirale dramatique de l'antisémitisme en Belgique".
Nicolas Maeterlinck

Sous haute sécurité policière et militaire, les sacs des visiteurs étant fouillés à l'entrée, la communauté juive rejointe par les autorités politiques et religieuses du pays ont rendu hommage aux victimes de l'Holocauste lundi soir à la grande synagogue de Bruxelles.

"Cette manifestation s'adresse aux vivants", a rappelé Philippe Markiewicz, président de la communauté israélite de Bruxelles, en ouverture.

Lors de cette cérémonie, les moments de recueillement, dont la très intense prière pour les morts du "El Molé Ra'hamim", ont été entrecoupés d'allocutions du Premier ministre et des représentants du culte juif en Belgique.

"En Belgique, 40% des juifs envisagent de quitter le pays"

"La lutte contre l'antisémitisme est un échec", a déclaré le Premier ministre Charles Michel, évoquant la "spirale dramatique de l'antisémitisme en Belgique" et citant la tuerie du musée juif de Bruxelles en mai 2014 et le cas d'une élève de l'athénée Emile Bockstael à Laeken contrainte de quitter l'établissement en raison de menaces antisémites.

"Une enquête menée auprès de 5.800 personnes dans l'Union européenne signale que 78% des Européens pensent que l'antisémitisme s'est aggravé ces cinq dernières années. En Belgique, 40% des juifs envisagent même de quitter le pays. Je refuse que vous vous sentiez contraints de faire ce choix.", a déclaré le Premier ministre à l'attention de la communauté juive. "La Belgique sans les juifs ne serait plus la Belgique. L'Europe sans les juifs ne serait plus l'Europe", a-t-il ajouté.

"Dans l'immédiat, nous avons renforcé le niveau d'alerte", a rappelé Charles Michel. "Mais nous devons nous attaquer plus durement à l'antisémitisme, qui devient une cause nationale. Toutes les plaintes doivent être actées et faire l'objet de poursuites", a souligné le Premier ministre. "Quand un acte antisémite est commis en Belgique, c'est la société belge toute entière qui est agressée." "Nous sommes debout et nous nous sentons tous juifs", a conclu Charles Michel.

"La Shoah doit avoir sa juste place dans la conscience historique européenne"

"Plus jamais Auschwitz n'est pas une certitude", a déclaré le Pr Julien Klener, président du consistoire israélite de Belgique, signalant que "la communauté est soumise à un vrai questionnement existentiel".

Pour le grand rabbin de Bruxelles, Albert Guigui, "il est impératif que l'événement de la shoah puisse avoir sa juste place dans la conscience historique européenne. Nous devons transmettre aux générations futures les valeurs transmises par l'Europe: démocratie et respect de la personne humaine. Notre passé deviendra-t-il le futur de nos enfants? Nous devons méditer plus que jamais cette question aujourd'hui", a-t-il conclu.

Le président de l'Exécutif des Musulmans de Belgique (EMB), Noureddine Smaili, était également présent à la cérémonie. "Nous devons calmer les esprits", a-t-il indiqué à l'agence Belga, signalant avoir demandé aux imams de parler de la Mémoire dans leurs prêches de vendredi dernier.

La cérémonie s'est achevée au son de la Brabançonne et de l'hymne européen. Ce mardi, le roi Philippe, la reine Mathilde, le Premier ministre et une délégation de la communauté juive se sont rendus à Auschwitz pour y commémorer les 70 ans de la libération du camp de la mort.