"Renforcer la coopération européenne contre le terrorisme"

En ouverture des Journées diplomatiques au Palais d’Egmont de Bruxelles - qui rassemblent chaque année les chefs des postes diplomatiques belges -, le ministre des Affaires Etrangères Didier Reynders (MR, photo) a plaidé en faveur d’un renforcement de la coopération européenne et internationale dans la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme. Il a annoncé une conférence ministérielle sur le sujet à Bruxelles.

"Des progrès indéniables ont été réalisés, mais nous pouvons faire mieux. Echanger davantage d'informations, utiliser plus efficacement les instruments existants, comme Europol, Eurojust et le 'visa information system' de la zone Schengen, et enfin mieux contrôler nos frontières extérieures", a affirmé le ministre des Affaires Etrangères devant les chefs des postes diplomatiques belges.

"A court terme, il faut à mes yeux absolument adopter la directive PNR" (pour l'abréviation anglaise de "Passenger Name Record"), sur les données des passagers aériens "qui est toujours bloquée au Parlement européen. A plus long terme, il faut envisager un meilleur échange de listes nationales de candidats au djihad entre partenaires, afin qu'ils puissent être identifiés et localisés indépendamment de leur déplacement", a ajouté Didier Reynders devant un parterre d'ambassadeurs et de militaires, venus en nombre cette année.

C'est un corollaire aux mesures de libre circulation dans l'espace Schengen (qui garantit la liberté de circulation sur un territoire formé de 26 pays), a ajouté le chef de la diplomatie belge.

Il a annoncé que la Belgique, qui assure durant six mois la présidence du conseil des ministres du Conseil de l'Europe, organisera une conférence ministérielle sur le sujet, qui doit adopter le 19 mai "un plan d'action pour la lutte contre le terrorisme et l'extrémisme".

Déchéance de nationalité : aller vers les 2e et 3e générations ?

Invité dimanche sur le plateau de l’émission "Mise au point" à la RTBF, le ministre des Affaires Etrangères (photo d'archives) a affirmé qu’il y avait effectivement au sein du gouvernement fédéral la volonté de retirer la nationalité belge à des personnes qui ont la double nationalité et qui seraient en Belgique depuis deux ou trois générations, dans le cas où elles se seraient rendues coupables d’actes de terrorisme.

Didier Reynders a souligné que l'accord de gouvernement prévoit cette déchéance. "La possibilité pour le juge de retirer la nationalité belge en cas de condamnation en raison d'infractions terroristes ou d'infractions graves visées par la loi du 1er août 1979 (sur les combattants belges à l'étranger) lorsque l'auteur de celles-ci bénéficie de la double nationalité sera étendue", dit le texte.


La mesure se trouve dans une panoplie d'instruments de lutte contre le terrorisme et le radicalisme et est de nature "symbolique", a précisé Reynders, également interrogé dans le quotidien Le Soir. Elle vise à exclure de l'Etat une personne en fonction de la gravité de ses actes et ne mène pas à la stigmatisation d'une communauté puisqu'elle vise une personne.

Au sein du gouvernement, le ministre de la Justice, Koen Geens (CD&V), a exprimé ses réserves sur la mesure. En 2009, la Cour constitutionnelle a jugé que la nationalité belge obtenue par naturalisation pouvait être retirée parce qu’il s'agit d'une marque de confiance de l'Etat. En visant des personnes nées en Belgique, mais qui ont la double nationalité en raison de la nationalité de leurs parents, voire de leurs grands-parents, la nouvelle mesure risque de créer une discrimination injustifiée.

"En même temps, c'est une question politique : est-ce qu'on ne stigmatise pas de la sorte ceux qui mènent une vie très paisible et qui se sont parfaitement intégrés? C'est ce que plusieurs parlementaires d'origine allochtone font remarquer au sein de mon parti", a encore souligné Didier Reynders dans le quotidien La Libre Belgique.