Traverser Bruxelles en camion plus cher dès 2016

Conformément à l’engagement pris avec les Régions flamande et wallonne, le gouvernement bruxellois a adopté jeudi un avant-projet d’ordonnance prévoyant l’instauration d’une taxe kilométrique pour les poids-lourds de plus de 3,5 tonnes, dès janvier prochain. Les organisations de transporteurs protestent alors que la taxe devrait rendre la traversée de Bruxelles en camion de 2 à 3 fois plus chère.

Les camions de plus de 3,5 tonnes qui traverseraient Bruxelles plutôt que de contourner la capitale devraient à l'avenir payer deux à trois fois plus au kilomètre. C'est du moins l'option qu'a prise jeudi le gouvernement bruxellois en adoptant un avant-projet d'ordonnance qui prévoit l'instauration d'une taxe au kilomètre, pour les poids lourds à partir de janvier 2016, conformément à l'engagement pris avec les deux autres Régions du pays.

D’après le ministre bruxellois du Transport, Pascal Smet (SP.A), la future ordonnance qui devrait être adoptée d'ici les prochaines vacances parlementaires, intégrera les principes de l'accord de coopération conclu sur ce dossier entre les trois Régions. A Bruxelles, le dossier est co-piloté par le ministre du Transport et par son collègue des Finances, Guy Vanhengel (Open VLD).

La taxe prévoit un tarif dissuasif pour la traversée de la capitale : il en coûtera en effet trois fois plus pour la traversée de camions sur les voiries communales et deux fois plus sur les voiries régionales. Le dispositif prévoit l'embauche de 27 personnes supplémentaires au sein des administrations des Finances (12) et de de la Mobilité (15). Selon le ministre Smet, les recettes liées à la taxe au kilomètre couvriront les coûts de ces nouveaux postes.

Réduire la pollution et désengorger

Plus largement, le gouvernement bruxellois considère que le dispositif doit décourager la circulation des poids lourds en ville, réduire la pollution dans la Région et faire "contribuer de manière juste les poids lourds aux coûts de l'infrastructure routière".

Les Régions flamande, wallonne et bruxelloise ont convenu de remplacer début 2016 l'eurovignette par le prélèvement kilométrique pour les poids lourds. Dorénavant, le poids lourd de plus de 3,5 tonnes devra payer une contribution pour chaque kilomètre parcouru. Plus le poids lourd sera polluant, plus le tarif kilométrique sera élevé. Les tarifs seront plus élevés pour les camions de plus de 32 tonnes.

D'après les premières estimations, la taxe pourrait mener à court terme à une diminution du nombre de kilomètres de poids lourds sur les voiries de la Région bruxelloise (-4 %) et sur les voiries communales (-14%), ont souligné les ministres Pascal Smet et le ministre-président bruxellois, Rudi Vervoort.
 

Les transporteurs protestent contre "de telles conditions"

Les organisations professionnelles du secteur du transport FEBETRA, TLV et UPTR estiment que l'instauration d'un régime de taxation au kilomètre pour les poids lourds est "inacceptable sous de telles conditions". Les fédérations réclament une concertation approfondie.

"L'UPTR, la FEBETRA et TLV représentent les transporteurs professionnels qui ont dû faire face, ces dernières années, à une situation économique très difficile, donnant lieu à un nombre record de faillites et de pertes d'emplois. Le coût salarial fort élevé paralyse de plus en plus le transporteur belge dans sa lutte contre la concurrence étrangère. Si l'on y ajoute la taxe kilométrique selon les tarifs annoncés, le transport routier devient encore de 5% à 10% plus cher. Les transporteurs craignent de ne pas pouvoir répercuter ces coûts à la hausse", indiquent les trois fédérations dans un communiqué.

Elles estiment aussi que cette taxe, indépendamment des implications financières, n'aura aucun effet sur la mobilité "aussi longtemps qu'elle se limite aux seuls poids lourds".

Les organisations ont élaboré un "paquet" de propositions, condition à un accord sur la taxe. Les revendications du secteur portent notamment sur une exonération de l'Office national de sécurité sociale sur les heures non-productives des chauffeurs, une garantie légale que les clients des transporteurs devront payer la taxe, un système de congé-éducation payé revu, un tarif identique dans les trois Régions, des tarifs inférieurs à ceux qui ont été annoncés ou encore la limitation de la taxe au réseau "Eurovignette".

Le secteur demande aussi que les revenus tirés de cette taxe soient affectés à la réfection des routes et à la réalisation de "chaînons manquants" sur le réseau.