Grand rassemblement des syndicats à Bruxelles

Au cours d’un rassemblement mené en front commun ce mercredi matin sur la place de La Monnaie à Bruxelles, les syndicats socialiste, libéral et chrétien ont notamment rappelé leur opposition au saut unique d’index décrété par le gouvernement fédéral et annoncé des actions de protestation, en réaction aux modifications apportées par l’équipe de Charles Michel au compromis du Groupe des 10 sur la disponibilité des chômeurs âgés et prépensionnés. FGTB et CGSLB rejettent les modifications, tandis que le syndicat chrétien réclame des clarifications du gouvernement.

Vers 11h ce mercredi matin, la place de La Monnaie était rouge, verte et bleue d’environ 8.000 militants venus manifester leur opposition, à l’appel du front commun syndical, aux modifications apportées par le gouvernement fédéral à l’accord du Groupe des 10 (partenaires sociaux) sur un assouplissement de la réforme des prépensions et de la disponibilité des chômeurs âgés. L’objectif de cette concentration de personnes était de faire pression sur l’équipe Michel, afin de l'amener à revoir ses positions sur la fiscalité, les mesures en matière de chômage et de disponibilité, la réforme des pensions, le pouvoir d'achat, le saut d'index et les services publics.

"Le saut d'index, c'est 2% de perte de salaire", a indiqué Rudy De Leeuw, du syndicat socialiste ABVV, dans son discours. "Et avec les prépensionnés, ce gouvernement recommence! Qu'il fasse bien attention à ce mouvement. Nous sommes forts et les actions continueront", a-t-il ajouté, annonçant un nouveau calendrier d'actions établi pour la fin du mois de mars.

"Le 19 mars, nous appelons au soutien à l'action que mèneront les services publics", ont indiqué Rudy De Leeuw de l'ABVV, Marie-Hélène Ska, secrétaire générale de la CSC et Marc Goblet, secrétaire général de la FGTB, dans leurs discours. Le 29 mars, le front commun syndical appelle à participer à l'action du collectif "Hart boven hard - tout autre chose". Enfin, le front commun syndical appelle à "des manifestations de masses" dans les provinces du 30 mars au 4 avril, selon les termes utilisés par Marc Goblet, sans préciser à ce stade la manière dont ces manifestations se dérouleront.

"On ne gouverne pas à coups de slogan et de mépris", a pour sa part indiqué Marie-Hélène Ska. "Dire que l'on veut lutter contre la fraude fiscale et, dans le même temps, réduire les moyens de l'administration et de la Justice, ce n'est pas du bon sens. Désinvestir dans la SNCB, ce n'est pas du bon sens", a-t-elle déclaré. "Il y a moins de 15 jours, nous avons conclu un accord. Nous ne sommes pas d'accord qu'il soit détricoté, juste pour une question de testostérone entre le gouvernement et les partenaires sociaux."

Mathieu Verjans, de l'ACV, a abondé dans le sens de sa collègue. "Notre travail, c'est de conclure des accords, et nous le faisons. Mais le gouvernement reste sourd. Le saut d'index, c'est une taxe de 2% inacceptable sur l'ensemble des travailleurs et des allocataires sociaux. Le gouvernement veut-il vraiment respecter la concertation sociale et effectuer un glissement fiscal?", s'est-il également interrogé. Le secrétaire général de la FGTB, Marc Goblet, a rappelé que "les syndicats représentent 4 millions de travailleurs", signalant que les pays sans syndicats sont des "régimes totalitaires". "Le 15 décembre, nous menions une grève générale. Quelque jours plus tard, grâce à cette mobilisation, nous avions conclu un premier accord", a rappelé M. Goblet. "Mais ils ne respectent rien", a-t-il ajouté à l'attention du gouvernement.

Marc Goblet a enfin rappelé ses trois principales revendications: une politique d'investissement en faveur de l'emploi, des services publics de qualité et une fiscalité qualifiée de plus juste. "Les travailleurs doivent payer 30 à 50% d'impôts, alors que les revenus mobiliers ne sont taxés qu'entre 0 et 25%, c'est injuste", a-t-il conclu.

"Quand patrons et syndicats s'entendent, ce n'est pas pour faire joli", a de son côté indiqué Olivier Valentin, secrétaire national de la CGSLB. Son collègue néerlandophone Jan Vercamst a pour sa part qualifié le gouvernement Michel d'"enquiquineur." Les militants ont quitté la place de la Monnaie peu après 12h00.

Action à la Tour des Finances

Quelques 400 militants syndicaux se sont ensuite rendus en front commun devant la Tour des Finances, boulevard du Jardin Botanique à Bruxelles. Ils y ont brûlé un vaste mur en carton baptisé "mur de la honte", sous le slogan "pas de paix sociale sans justice fiscale". Ils entendaient ainsi plaider en faveur d'un glissement de fiscalité du travail vers le capital.

Vingt minutes plus tard, une équipe de pompiers s'est rendue sur place afin d'éteindre les dernières cendres brûlantes qui jonchaient le sol.

Pas de nouvelle négociation annoncée

Le Groupe des 10 - comprenant des représentants des organisations syndicales et patronales - s’est également réuni ce mercredi matin, pour discuter une nouvelle fois des modifications apportées par le gouvernement à son accord sur les prépensions et la disponibilité des chômeurs âgés. Ils ont décidé de ne pas renégocier un nouvel accord, mais d’envoyer tout au plus une lettre au gouvernement Michel, en y demandant des précisions aux modifications annoncées.

Tous les syndicats et les employeurs soutiennent les deux précisions que réclame le syndicat chrétien du gouvernement fédéral. Leur accord tien toujours, mais pour combien de temps encore ? Alors que le patronat ne veut pas vraiment d’assouplissement, le syndicat socialiste brandit la menace d’actions de protestation.