Rassembler les détenus radicaux, une fausse bonne idée?

Le ministre de la Justice Koen Geens (CD&V) a présenté hier son plan contre la radicalisation en prison. Désormais, les détenus susceptibles d’attirer d’autres détenus sur le chemin du djihadisme seront incarcérés dans deux sections spéciales des prisons de Bruges et d’Ittre. Certains spécialistes craignent toutefois qu’une telle concentration de prisonniers extrémistes ne renforce au contraire l’intégrisme des co-détenus.

D’après le ministre de la Justice, la Belgique compte actuellement entre 40 et 60 détenus liés au terrorisme islamiste. Il estime toutefois que de nombreux autres détenus pourraient basculer dans l’intégrisme, sachant qu’il y a actuellement quelque 4.000 détenus musulmans dans les prisons du pays.

Le nouveau plan contre la radicalisation en prison prévoit la mise à disposition de 42 places destinées à accueillir des détenus radicalisés dans les deux établissements pénitentiaires concernés.

L’objectif annoncé par Koen Geens (photo) est d’éviter la "contagion" des autres détenus. Aux Pays-Bas, où une telle mesure est déjà appliquée depuis plusieurs années, il s’est toutefois avéré que ce système n’a pas toujours l’effet escompté.

"Aux Pays-Bas, les jeunes faisant partie du Hofstadgroep (un groupe de jeunes islamistes radicaux) qui ont été emprisonnés sont pour certains partis en Syrie dès leur libération. Cette mesure n’est en fait qu’un moyen de reporter le problème", estime le spécialiste de la radicalisation islamiste et du djihad international Montasser AlDe’meh.

Au lieu de porter ses fruits, le regroupement des détenus les plus radicalisés pourrait-il effectivement avoir l’effet contraire ? Pour Koen Geens, il n’y a pas mille solutions pour éviter une propagation de l’extrémisme islamiste. Il avoue toutefois avoir dû choisir entre la peste et le choléra. 

"La question est de savoir quelle est l’alternative? Je suis d’accord avec les critiques selon lesquelles cela doit être la solution ultime. Nous essayons avant tout de disperser les intégristes parmi les détenus normaux et de les intégrer autant que possible", indique le ministre. "Mais si ça ne marche pas, on ne peut pas permettre une contagion de personnes qui par naïveté, ennui ou inconscience se font radicaliser", avance Koen Geens qui admet qu’il s’agit d’un "remède radical". Pour lui, le regroupement des détenus intégristes vaut mieux que leur isolement.