"Fin tragique à l’histoire d’une comète politique"

Le décès abrupt - très probablement un suicide - du ministre d’Etat et ancien président du SP.A, Steve Stevaert (60 ans), soupçonné dans une affaire de viol pour laquelle il devait être prochainement renvoyé en Cour correctionnelle, fait la Une de la presse flamande et francophone. Pour les éditorialistes du nord du pays, la Flandre perd l’un des hommes politiques les plus populaires du début du 21e siècle. Ils soulignent presque à l'unanimité l'empreinte que le socialiste aura laissée dans la politique de sécurité routière.

"Toutes couleurs politiques confondues, Steve Stevaert a fait partie du quatuor de tête des hommes forts qui ont marqué la politique flamande du début de ce siècle. Ce que Guy Verhofstadt est au bleu, Yves Leterme à l'orange et Bart De Wever au jaune, Steve Stevaert l'était au rouge: le plus populaire, le plus puissant, le plus influant. Bref, le meilleur", commente Jan Segers dans Het Laatste Nieuws.

Pour l'éditorialiste du quotidien De Standaard, Bart Sturtewagen, la carrière de Steve Stevaert fut l'une des plus grandioses de ces dernières décennies et se termine dans la misère la plus noire. "Son acte choquant a mis un terme tragique à l'histoire d'une comète politique", écrit le journaliste, qui constate qu'il ne reste plus grand chose de l'héritage politique laissé par le socialiste. "Ses dernières années furent peu glorieuses", poursuit-il. "La gratuité était devenue une injure et son rôle pionnier en matière de sécurité routière a été oublié. Le héros populaire était devenu la risée de tous".

La rédactrice en chef du quotidien financier De Tijd, Isabel Albers, affirme elle aussi que Steve Stevaert était l'un des hommes politiques les plus marquants de ce début de siècle. Mais selon elle, le plus grand mérite de l'ancien homme fort du SP.A ne réside pas dans sa volonté d'instaurer la gratuité des transports publics, mais dans son action en faveur de la sécurité routière. "Nous nous souviendrons de Steve Stevaert comme d'un phénomène de la Rue de la Loi, un fin stratège, un homme politique qui nous a donné l'illusion éphémère que la gratuité existe vraiment et un ministre qui s'est réellement attaqué à la sécurité routière".

Dans Het Nieuwsblad, Liesbeth Van Impe dresse un portrait similaire. "Stevaert était atypique à bien des égards (...) Mais lors de ses dix années 'bruxelloises', il a réussi à redéfinir l'image de son parti et le rôle joué par les politiques modernes", assure-t-elle. "Si son héritage politique s'est écorné au cours des dernières années, tout n'a pas disparu: il a marqué de son empreinte la politique en matière de sécurité routière. C'est à lui que nous devons les radars routiers", souligne-t-elle.

Dans la Gazet van Antwerpen, Rudy Collier revient sur l'érudition du socialiste. "Qui engageait une conversation avec lui ne pouvait être qu'impressionné par son intelligence charismatique et remarquable, ses analyses simples mais pointues. Il savait également s'emparer de dossiers complexes et savait comment soigner sa popularité", note-t-il. "Il est l'un des rares hommes politiques de sa génération à avoir pu combler le fossé entre les citoyens et la chose publique".

Les éditorialistes de Het Belang van Limburg et De Morgen s'attardent quant à eux sur l'attitude adoptée jeudi par les médias. "Nous, journalistes, avons couru pour être sur place", écrit Indra De Witte dans Het Belang van Limburg. "Tous les journaux, chaînes de télévision et de radio étaient sur les lieux en un rien de temps. Nous voulions tous être au premier rang pour faire état de l'avancement des recherches et montrer les enquêteurs, l'endroit des faits et puis soudain le corps. Poussés par la soif de primeurs et la volonté d'être les premiers sur le coup, nous avons oublié la première règle du journalisme: la déontologie", fait remarquer Indra De Witte.

Yves Desmet rejoint ce point de vue dans De Morgen. "Dans notre quête vers des drames shakespeariens, n'oublions-nous pas qu'il ne s'agit pas d'acteurs, de personnages fictifs, mais bien d'êtres humains faits de chair et d'os?", s'interroge-t-il. D’après lui, le pouvoir judiciaire, les journalistes et les média sociaux ne se sont pas montrés sous le meilleur jour ce jeudi.

"La chute d'Icare"

Le probable suicide de Steve Stevaert fait également la Une des journaux francophones. La plupart des titres rappellent le charisme de l'ancien cafetier, qui avait gravi les échelons du SP.A et propulsé les socialistes flamands près des 25% en 2003, avant de revenir sur sa descente aux enfers. "La chute d'Icare", c'est ainsi que qualifie L'Echo les dernières années du ministre d'Etat.

Pour La Libre Belgique, l'homme aux 600.000 voix en 2003 aurait pu avoir une "carrière politique immense" s'il n'avait pas arrêté sa carrière à 50 ans. "Il n'aura rien fait comme les autres".

Le Soir évoque la fulgurante ascension du socialiste, suivie d'un déclin aussi rapide. Le quotidien et les journaux du groupe Sudpresse reviennent largement sur le "choix" de Steve Stevaert, qui "a préféré se donner la mort" plutôt que de se retrouver sur les bancs du tribunal correctionnel.

"Toute la vie de Steve Stevaert aura été une succession de coups d'éclat qui lui a valu le surnom de Stunt (doublure/cascadeur)", souligne La Dernière Heure dans son éditorial de ce vendredi. Evoquant le suicide du ministre d'Etat, le quotidien explique que le geste du socialiste flamand n'est pas un aveu. "Pas plus qu'un geste de courage. Tout simplement une marque de désespoir".

Les journaux de L'Avenir soulignent également le caractère tragique de la fin du socialiste, le qualifiant de "rock star de la politique".