Encourager les victimes de viol à porter plainte

"Il faut une aide spécifique pour les victimes qui souhaitent déposer plainte après un viol". La secrétaire d’Etat pour l’Egalité des Chances Elke Sleurs (N-VA) a rédigé un projet de plan pour lutter contre la violence sexuelle qui devrait encourager les victimes à déposer plainte.

Selon des études, 90% des victimes de viol ne déposent pas plainte. Franchir le pas, aller à la police, reste une étape très pénible, c’est ce qui ressort du témoignage d’Ashley Vandekerckhove. Cette jeune femme de 24 ans a publié une vidéo sur Youtube dans laquelle elle témoigne avoir été victime d’un viol et explique pourquoi elle a attendu trois ans pour porter plainte.

Elke Sleurs qui est gynécologue de formation propose une batterie de mesures pour aider les victimes de viol, dont la mise en place d'une équipe adaptée pour le soutien psychologique.

"Un médecin ou un agent de police ne suffit pas. Nous voulons proposer un accompagnement psychologique", declare Elke Sleurs. Ces accompagnateurs bénéficieraient d'une formation approfondie.

"Aujourd’hui, tout le monde fait de son mieux, mais c’est un problème complexe. Et je pense qu’il est nécessaire d’améliorer la formation des policiers, des assistants sociaux, des psychologues et des médecins".

"L’UZ Gent est un exemple"

Elke Sleurs veut simplifier les procédures pour que les victimes puissent être accueillies par une équipe multidisciplinaire dans laquelle il y aurait, à la fois des policiers, mais aussi des médecins, des assistants sociaux et des psychologues.

"A ce titre, le centre d’expertise de l’UZ Gent est un bon exemple, il existe un consultation spécifique pour les victimes de violences sexuelles" explique la secrétaire d’Etat.

"Mais dans la pratique ce n’est bien sûr pas toujours facile. Si un viol a lieu dans un petit village comment faire en sorte que la victime puisse être accueillie dignement dans un tel centre d’expertise ? Ce sont des choses que nous sommes encore en train d’examiner. Il faudrait pouvoir rapprocher l’aide des victimes".

"La question est de savoir comme traiter une plainte pour violence sexuelle" déclare encore la secrétaire d’Etat, qui estime qu’il faudrait aussi améliorer la méthodologie.

"Actuellement lorsqu’un viol est déclaré, il nous faut des éléments matériels mais c'est très pénible pour la victime de se soumettre à un prélèvement".

Campagnes de sensibilisation

Pour changer les mentalités, le plan d’Elke Sleurs propose des campagnes de sensibilisation. "La violence sexuelle est inacceptable dans une société moderne. Nous devons faire prendre conscience aux gens que c’est quelque chose qui ne devrait pas exister. Si cela marche, les victimes auront plus tendance à le déclarer. Car aujourd’hui elles ont souvent peur de la réaction de leur entourage".

Le plan n'est toutefois qu'au stade de projet. Une concertation avec les membres du gouvernement doit avoir lieu à ce sujet dans les prochaines semaines.

"Moi aussi il m'a fallu trois ans pour porter plainte"

Le suicide de l'homme politique flamand Steve Stevaert, renvoyé en correctionnelle pour viol a suscité de nombreuses réactions.

Après sa mort, Willems Elias, un de ses amis, professeur en psychologie de la "Vrije Universiteit Brussel" a publié sur Facebook un message mettant en cause la jeune femme qui l’accusait.

"Tu vas nous manquer, Steve. Tu étais un homme bon et particulièrement intelligent. Les femmes… une faiblesse que nous comprenons. A la dame qui a cette décision sur la conscience, j’aimerais dire ceci : en cas de viol, on se rend directement à la police, ou, si nécessaire le jour suivant. Pas trois ans après".

Ashley Vandekerckhove, une jeune femme de 24 ans, a décidé de répondre aux propos du professeur. Elle l’a fait via une vidéo de 22 minutes postée sur Youtube. Elle y explique pourquoi, elle aussi, a attendu trois ans avant de porter plainte.

"Cher Monsieur Elias, déclare-t-elle face caméra. Vous êtes doyen de psychologie. J’ai toutes les peines du monde à contenir ma colère en entendant quelqu’un qui a ce statut tenir un tel discours sur les victimes de viol. J’ai moi-même été victime de viol. Et tout comme la femme en question, il m’a fallu trois ans pour porter plainte.” Le coupable, explique-t-elle, était son petit ami de l’époque, et si elle n’a pas osé porter plainte, c’était par honte et par crainte de n’être pas comprise.

"Avec votre remarque, vous avez blessé de nombreuses femmes victimes de viol”, poursuit la jeune femme, qui conclut son message en appelant au renvoi de Willem Elias de la VUB et en encourageant les victimes de viol à oser témoigner “pour que les statistiques soient enfin justes et que le gouvernement réalise à quel point le problème est grave”.

La VUB a pris ses distances avec les propos du doyen de la faculté de psychologie et lui a officiellement donné un blâme. Willem Elias a présenté ses excuses et a affirmé qu'il ne cherchait qu’à dire au revoir à son ami. Il s’est dit choqué par les réactions qu’ont suscité ses propos.