Léonard doit dédommager la victime d’un prêtre pédophile

La 20e Chambre civile de la Cour d’appel de Liège a condamné jeudi Monseigneur André-Joseph Léonard, primat de Belgique, à verser 10.000 euros à Joël Devillet qui a été victime d’un abbé pédophile pendant son adolescence. Le plaignant, qui estimait que l’archevêque a couvert les faits dont il l’avait mis au courant en 1991, alors qu’il était encore évêque de Namur-Luxembourg, a donc obtenu gain de cause en appel.
Nicolas Maeterlinck

Les faits se sont produits entre 1987 et 1991. Joël Devillet a été violé par l'abbé Hubermont à Aubange (province du Luxembourg), entre l’âge de 14 et de 18 ans, lorsqu’il était enfant de chœur. Pendant des années, il s’est tu sur cet abus parce qu’il souhaitait lui-même devenir prêtre.

Mais en 1991, le jeune homme racontait les faits à André Léonard, alors que ce dernier était encore évêque de Namur-Luxembourg (1991-2010). "J’avais confiance dans l’évêque. Il m’a dit que nous allions arranger l’affaire entre nous. Qu’il allait prendre en charge les frais de mon psychologue. Je l’ai cru. Un évêque ne ment pas", explique Joël Devillet (photo).

Mais André Léonard n’a rien fait. Ce n’est qu’en 2001, lorsque la victime se tournait vers la justice en reprochant à l’évêque sa passivité dans le traitement de l’affaire, que le prêtre pédophile a été muté.

A l'issue d'une procédure pénale au tribunal correctionnel d'Arlon contre l'abbé Hubermont, la prescription des faits avait été constatée. Joël Devillet avait alors saisi le tribunal civil d'Arlon contre l'abbé et avait obtenu réparation de son dommage. En parallèle, une procédure contre Monseigneur Léonard avait été lancée au tribunal civil de Namur. Joël Devillet reprochait encore toujours à l'Eglise d'avoir étouffé les faits.

En novembre 2013, ce tribunal avait débouté Joël Devillet. Sa demande à l'encontre de Monseigneur Léonard avait été déclarée non fondée. Mais devant la Cour d’appel de Liège, Me Marc Kauten avait réclamé qu'André Léonard soit déclaré responsable du dommage causé à Joël Devillet.

La cour l'a partiellement suivi en condamnant l’actuel archevêque de Malines-Bruxelles à verser un dédommagement de 10.000 euros à Joël Devillet. Les magistrats ont estimé que le primat de Belgique n'avait pas réservé le suivi nécessaire à la plainte du jeune homme et avait sous-estimé la gravité des faits.