Le grand-père de Laurette Onkelinx était-il un collaborateur ?

Maurice Onkelinx, le grand-père de l'ancienne vice-Première ministre Laurette Onkelinx (PS), a été privé de ses droits civiques après la Deuxième guerre mondiale pour avoir occupé le poste de bourgmestre faisant fonction de la commune de Jeuk dans le Limbourg, c’est le magasine satirique Ubu Pan qui a lancé la rumeur, l’émission "Terzake" de la VRT a diffusé un reportage à ce sujet ce mardi.

La famille de la socialiste francophone, Laurette Onkelinx est originaire du Limbourg. Son grand-père paternel Maurice Onkelinx est né dans le village de Jeuk (Goyer en français) en 1905, une section rattachée aujourd’hui à la commune de Gingelom.

Le journaliste de la VRT, Stef Meerbergen a rencontré plusieurs habitants du village qui ont très bien connu Maurice et a consulté les comptes rendus communaux aux archives de l’Etat à Hasselt.

Maurice Onkelinx s’est présenté pour la première fois aux élections en 1932. En 1938, il avait obtenu le plus grand nombre de voix sur une liste neutre. Alors qu'il est dans l'opposition, il devient toutefois échevin au début de la guerre. Et  le 17 avril 1943, il appose pour la première fois sa signature sur un acte officiel en tant que bourgmestre faisant fonction de la commune. Il avait été nommé par l’occupant allemand. Il occupera cette fonction pendant un an et quatre mois jusqu’au 24 août 1944.

Cela dit, et le reportage de "Terzake" le montre, il n’apparaît nulle part dans les archives que durant cette période il a soutenu activement l’occupant. A la Libération, Maurice Onkelinx est arrêté.

Les archives de la prison d'Hasselt font état de cette arrestation pour le motif de "relations avec l'ennemi". Il est incarcéré 4 jours à Hasselt avant d'être transféré dans un camp d'internement à Zwartberg, pour une durée inconnue.

La députation permanente du Limbourg le sanctionne en 1945 : Maurice Onkelinx perd ses droits civiques et politiques en raison de son appartenance au VNV, le Vlaams Nationaal Verbond, le parti nationaliste flamand.  Cela dit, en 1950, il récupère ses droits civiques et politiques.

Pas de preuves tangibles

Interrogé lors de l’émission, le Professeur d’histoire contemporaine de l’université de Gand, Bruno De Wever, spécialiste du nationalisme flamand estime que le fait d’avoir occupé la fonction de bourgmestre ne signifie pas qu’il y a eu automatiquement collaboration politique.

L’historien est aussi très prudent quant à une éventuelle appartenance au VNV de Maurice Onkelinx.

"S’il a été rétabli dans ses droits civils et politiques en 1950, c’est que les charges qui pesaient contre lui n’étaient pas très lourdes sinon cela aurait pris beaucoup plus longtemps" a-t-il déclaré.

Interrogé par la VRT, le père de Laurette Onkelinx, Gaston (photo) a affirmé tout ignoré du passé de son père. Quant à Laurette Onkelinx, contactée par la RTB, elle a préféré ne pas réagir devant les caméras. L'actuelle cheffe de groupe PS à la Chambre a réagi par le biais d’un communiqué diffusé par la RTBF.

"Les histoires de famille contiennent toutes leur lot de secrets. Une vie éteinte depuis des dizaines d’années révèle parfois de bonnes ou de mauvaises surprises. Je ne sais pas si ce qu’on raconte sur mon grand-père paternel est vrai ou pas. Sur le fait de savoir s’il avait collaboré avec l’occupant pendant la guerre ? "En tout cas, mon père le dément avec fougue. Ce que je sais, quelle que soit la vérité, c’est que cela ne change en rien mes convictions et mes valeurs. La collaboration avec l’ennemi est inexcusable et j’ai une admiration sans borne pour celles et ceux qui ont résisté. Et il y en a aussi dans ma famille qui ont eu ce courage." 

Et pour ceux qui voudraient récupérer politiquement ces révélations, Laurette Onkelinx a le message suivant : "A toutes celles et ceux qui trouvent des excuses à la collaboration pour justifier les choix de leurs ascendants, je leur dis ceci : 'Nous sommes bien sur les héritiers d’une histoire mais nous sommes surtout ce que nous décidons d’être. Nos valeurs, nos combats, sont ceux que nous choisissons. C’est ça aussi la liberté : choisir son camp en toute indépendance'."