Reynders appelle l’ensemble des acteurs à la retenue au Burundi

Le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders (MR), a appelé mercredi "l'ensemble des acteurs" de la crise burundaise à la retenue après qu'un général eut annoncé la destitution du président Pierre Nkurunziza en pleine tourmente pré-électorale, assurant que son département suivait la situation de près, notamment en raison de la présence au Burundi de quelque 770 ressortissants belges.

"C'est un appel (que je lance) à la retenue à l'ensemble des acteurs sur le terrain" pour "éviter que l'on se retrouve avec une situation encore plus dramatique", a-t-il affirmé à quelques journalistes belges en marge d'une réunion de l'Otan à Antalaya (sud-ouest de la Turquie).

Didier Reynders a dit souhaiter un "retour à une application correcte" des accords de paix d'Arusha (Tanzanie) signés en 2000 et qui ont mis fin à une longue guerre civile, tout en interdisant à tout chef de l'Etat d'effectuer plus de deux mandats.

Situation chaotique sur place

Ce petit pays d'Afrique centrale est secoué depuis le 26 avril par un mouvement de contestation à la candidature de Pierre Nkurunziza à la présidentielle du 26 juin. Les manifestations contre un troisième mandat du chef de l'Etat, au pouvoir depuis 2005, ont été marquées par de nombreuses violences, qui ont fait une vingtaine de morts.

Mercredi, l'ancien chef du service de renseignements burundais, le général Godefroid Niyombare, a annoncé la destitution du président Nkurunziza, en déplacement à Dar es Salaam, en Tanzanie pour un sommet régional précisément consacré à la crise dans son pays.
Le porte-parole des putschistes, Vénon Ndabaneze, a assuré que son camp contrôlait "pratiquement toute la ville".

Toutefois, la présidence burundaise et le chef d'état-major de l'armée ont affirmé que le coup d'Etat avait échoué

Il restait impossible de dire en fin de matinée jeudi qui avait les rênes du pouvoir à Bujumbura.

Les dernières nouvelles fournies par l'AFP font état d'une accalmie sur place. Selon des sources concordantes, Pierre Nkurunziza serait lui toujours en Tanzanie jeudi matin.

Assurer la sécurité des 770 Belges au Burundi

Didier Reynders a assuré que des mesures avaient été prises pour assurer la sécurité des quelque 770 Belges vivant dans le pays. "On leur conseille de suivre les indications de l'ambassade" à Bujumbura, a-t-il expliqué.

Les Affaires étrangères ont ainsi ouvert une ligne téléphonique spéciale pour fournir des informations aux familles de Belges séjournant au Burundi (02/501.40.01) alors que les équipes de protection de l'ambassade de Belgique à Bujumbura ont été renforcées avec l'aide du ministère de la Défense - mais pas dans les proportions évoquées mercredi par le journal 'Het Belang van Limburg', qui faisait état de l'envoi de "dizaines de (membres des) forces spéciales".

"On examine avec les autres départements (ministériels) quelles sont les mesures éventuelles d'urgence à prendre", a ajouté le chef de la diplomatie belge, confirmant que le vol de la compagnie Brussels Airlines qui assurait mercredi la liaison entre Bruxelles et Bujumbura avait été dérouté vers Nairobi en raison de la fermeture de l'aéroport international situé au nord de la capitale burundaise.

"Pour les vols suivants - le prochain est prévu vendredi - ce sera une décision qui sera prise au fur et à mesure en concertation par Brussels Airlines", a-t-il souligné.

Didier Reynders a par ailleurs rappelé que la Belgique avait, avec d'autres acteurs internationaux, comme l'Union européenne et les Etats-Unis, tenté de dissuader Pierre Nkurunziza de briguer un troisième mandat.

"Puis on a dû prendre des mesures", comme la suspension de l'appui au processus électoral burundais et de la coopération policière décidée lundi par le ministre de la Coopération au développement, Alexander De Croo (Open VLD).

Didier Reynders s'est aussi déclaré favorable à un report des échéances électorales - des législatives et des communales sont prévues le 26 mai prochain, alors que la présidentielle est fixée au 26 juin - alors que le climat au Burundi est tout sauf apaisé.