Grève du SACT : un train sur trois supprimé

Il y a de fortes perturbations, ce jeudi matin, dans les chemins de fer suite à la grève des conducteurs de train affiliés au SACT (Syndicat autonome des conducteurs de train). Selon un porte-parole de la SNCB, environ deux tiers des trains circulent normalement. "Mais aucune région n’est épargnée par cette grève".
Jonas Roosens

Cette grève a débuté à 22 heures mercredi et devrait se prolonger jusqu'à 3 heures du matin vendredi. Il n'y a pas de piquets de grève à ce stade, mais beaucoup de trains restent donc à l'arrêt, au Nord comme au Sud du pays.

"Certains conducteurs ont pris le départ, mais tout dépend d'un dépôt à l'autre". La SNCB recherche des alternatives et tente de faire rouler un maximum de train. La situation varie donc en fonction des régions et évoluera encore au cours de la journée pour certainement s'aggraver dans les prochaines heures.

Le journaliste de la VRT-radio Dennis Van den Buijs se trouvait ce matin à la gare d’Antwerpen-Berchem et a vu plusieurs trains partir. "Le tableau d’affichage est comme d’habitude, le train à destination de Lier-Leuven circule normalement, celui de Mechelen-Bruxelles Midi également. Il y a cependant certains trains en provenance d’autres parties du pays qui ont été supprimés. Un train en direction d’Anvers accuse ainsi 40 minutes de retard. On ne peut donc pas dire que le trafic ferroviaire est complètement à l’arrêt".

En Flandre, ce sont surtout les provinces de Flandre occidentale et du Limbourg qui sont les plus touchées. Ainsi à 7 h ce matin 80% des trains ne circulaient pas à Ostende, selon le SACT. A Bruges, 75%. A Courtrai, on enregistre moins de perturbations. Par contre à Hasselt une grande majorité des conducteurs de train ont arrêté le travail.

En Wallonie c'est celle de Bruxelles-Namur-Luxembourg qui devrait être l'une des plus touchées, dans les deux sens de circulation.

L'impact devrait également être important sur la dorsale wallonne.

Le SACT représente un quart des 3.800 conducteurs de train et est surtout actif dans la partie francophone du pays. Le SACT réclame de meilleurs salaires, avec notamment une révision du système des primes et barèmes après 12 ans d’ancienneté au lieu de 18 ans.


 

L'heure de pointe se prolonge sur les routes

Peu avant 10h, jeudi, les embouteillages d'heure de pointe à Bruxelles étaient encore bien présents. La grève des conducteurs de train initiée par le SACT semble avoir eu pour effet de "gonfler" l'heure de pointe dans la capitale.

Elle a commencé plus tôt qu'habituellement et se prolongera au-delà de 10h, indique Camille Thiry, porte-parole de Bruxelles-Mobilité.

"Il s'agit des embarras habituels (dans les tunnels et la Petite ceinture, ndlr), mais on n'en sort pas encore", indique-t-elle.
Concernant les accès vers Bruxelles, la densité du trafic était déjà problématique très tôt, vers 6h15, selon Camille Thiry.

Peu avant 10h, les principales files s'étaient toutefois largement résorbées, peut-on voir sur le site de Touring-Mobilis.

Sur la E40 dans le sens Liège-Bruxelles, ainsi que de Malines vers Bruxelles (E19), et depuis Louvain (N2), il est en revanche indiqué que les embouteillages s'accentuent à l'approche de la capitale.
Le trafic reste également très dense autour d'Anvers.

"Peut-être que la grève a été moins annoncée ici", relève Camille Thiry. "Souvent, quand l'annonce de la grève a été fort médiatisée, les travailleurs prennent leurs dispositions et les axes routiers n'apparaissent pas plus embouteillés qu'habituellement."

Les organisations syndicales reconnues continuent à privilégier la concertation

Les organisations syndicales reconnues au sein de la SNCB, la CGSP-Cheminots et la CSC-Transcom, ne participent pas à l'appel à la grève lancé pour jeudi par le SACT, un syndicat qui affirme représenter un tiers des conducteurs de train. CGSP et CSC indiquent préférer privilégier la concertation sociale pour dégager des solutions quant à différents points, dont font partie par exemple les primes des conducteurs de train, que le SACT veut voir augmenter.

Selon Jean Pierre Goossens, de l'ACOD, pendant flamand de la CGSP, "de nombreux points sont actuellement discutés dans divers groupes de travail". Il indique par ailleurs espérer "une proposition de protocole d'accord pour la mi-juin".

Michel Abdissi, président national de la CGSP-Cheminots, se montre quant à lui plus prudent concernant les délais. "On ne sait pas encore ce qu'il se trouve dans le plan de modernisation des chemins de fer de Madame Galant, qu'on attend depuis plus d'un mois", tempère-t-il. "Et on ne connait pas encore l'incidence des pertes de dotation qu'on annonce pour les prochaines années". Tout en insistant sur le fait que les revendications des conducteurs de train, mises en exergue par le SACT, sont "un dossier important", le syndicat socialiste espère avant tout "obtenir un plus pour l'ensemble des cheminots" et discuter des conditions de travail de tout le personnel, pas seulement des conducteurs.

A la question de savoir pour quelle priorité il souhaite batailler en premier lieu, Michel Abdissi pointe l'emploi. "Recruter, recruter, recruter. Pour qu'on puisse relever le défi et être compétitif face à une future libéralisation des chemins de fer, par exemple". Vu la diminution progressive mais rapide du nombre total de cheminots, la dégradation des conditions de travail décriée par le SACT est bien une réalité, pour l'ensemble du personnel, indique-t-il. Il comprend toutefois la réaction de la SNCB face aux revendications du SACT, jugées "déraisonnables" dans un contexte d'économies par la société de chemins de fer.

"On se rend compte qu'on est dans un contexte de finances qui déclinent. On ne pourra pas donner quelque chose à un seul groupe de travailleurs et négliger les autres. Mais je le répète, le dossier conducteurs de train, nous ne le négligeons pas du tout".

Les principales revendications du SACT comprennent la révision du système de calcul des primes et la modification de l'échelle barémique après 12 ans de service, au lieu de 18 ans. Dans sa réaction à l'annonce de la grève, la SNCB avait pointé que le suivi de ces exigences "coûterait à l'entreprise 15 millions d'euros chaque année".
Côté chrétien (ACV-CSC), on indique être sur la même longueur d'onde que la CGSP. "Nous ne prenons pas part à la grève car nous voulons arriver à des solutions via la concertation paritaire", précise Luc Piens, de l'ACV. Comme Michel Abdissi, il souhaite "parvenir à un ensemble équilibré pour tous les membres du personnel".
Le son de cloche est similaire du côté du groupe Cheminots du SLFP (Syndicat libre de la fonction publique), également à la table des négociations dans le cadre de la commission paritaire. "Le SLFP privilégie le dialogue social au sein de la SNCB et espère de ce fait obtenir des avancées équilibrées quant aux différentes revendications pour l'ensemble des cheminots. Les revendications des conducteurs de train, affiliés à notre organisation, font partie de notre cahier de revendications, qui a été remis à la SNCB dans le cadre des discussions pour un Protocole d'accord social 2015-2016-2017", réagit le syndicat sur son site internet. L'organisation parle d'une "grande instabilité dans la gestion du groupe et une vive inquiétude parmi le personnel quant à son avenir", mais "plaide pour un dialogue social fort".

Selon le président national de la CGSP-Cheminots, 3.500 départs de cheminots sont attendus en 2015, pour 1.500 recrutements, une diminution de personnel inquiétante pour la qualité des services publics. "Nous déplorons avant tout les diminutions de dotation décidées par le gouvernement. (...) La SNCB et Infrabel ne peuvent pas donner plus que ce qu'on leur donne", conclut Michel Abdissi.