"Les albums Tintin n’appartiennent pas à Moulinsart"

La société Moulinsart fondée par les héritiers d’Hergé a perdu son procès en appel contre l’Association Hergé Genootschap, un club de quelque 680 tintinophiles néerlandais, qui a publié des vignettes du dessinateur bruxellois (1907-1983) dans une revue interne qui parait trois fois par an. Se basant sur un contrat d’édition de 1942, la Cour de La Haye a estimé que Moulinsart ne peut réclamer des droits au club néerlandais.
©Rue des Archives/RDA

L'Association Hergé Genootschap, créée en 1999 aux Pays-Bas, publie une revue interne baptisée "Duizend Bommen", trois fois par an, avec des articles illustrés de vignettes des aventures de Tintin. La société Moulinsart, fondée par les héritiers du dessinateur bruxellois Hergé, avait dès lors attaqué cette association néerlandaise en justice pour avoir publié ces cases sans autorisation préalable et sans payer de droits d'utilisation.

Des dommages et intérêts étaient réclamés par Moulinsart devant le tribunal de La Haye. Mais la défense de l’association Hergé Genootschap a créé la surprise en produisant devant la Cour un contrat d'édition de 1942, par lequel Hergé cédait explicitement les droits sur les textes et les vignettes de tous ses albums à l’éditeur Casterman.

Document explosif

"Monsieur Georges Rémi concède aux Etablissements Casterman le droit exclusif de publication de la série des albums Les Aventures de Tintin, Quick et Flupke, gamins de Bruxelles et autres parus ou à paraître, dont il est l’auteur sous le pseudonyme de Hergé. Le droit de publication concédé s’étend pour toutes éditions en langue française et étrangères", stipule ce contrat présenté à la Cour de La Haye.

Depuis la mort de l'auteur (photo) en 1983, son épouse Fanny Rodwell - légataire universelle d'Hergé - n'a jamais remis ce contrat en cause. La Cour de La Haye a dès lors estimé que Moulinsart n'avait pas le droit de réclamer quoi que ce soit aux responsables de l'association Hergé Genootschap.

Ce jugement risque de coûter cher à la société Moulinsart. En effet, tous ceux qui ont dû payer pour l'utilisation de vignettes des albums de Tintin par le passé pourraient être en mesure de réclamer un remboursement auprès des héritiers d’Hergé. C’est en tous cas ce qu’a affirmé l’avocate de la Hergé Genootschap, Katelijn van Voorst, interrogée par le quotidien néerlandais NRC Handelsblad.