Commémorations : Waterloo sera tout sauf une morne plaine

Quelque 200.000 personnes au total, dont plusieurs dizaines de milliers venues de l’étranger, sont attendues entre ce jeudi et dimanche en Brabant wallon à l’occasion des divers événements commémorant le bicentenaire de l’historique Bataille de Waterloo, disputée le 18 juin 1815. Même Victor Hugo n’y reconnaîtra plus la "morne plaine" qu’il décrivit en 1851 dans son célèbre poème "L’Expiation". Cette bataille opposa l’armée française, emmenée par l’empereur Napoléon, à l’armée des alliés - commandée par le duc de Wellington et composée de Britanniques, d’Allemands et de Néerlandais -, rejointe par l’armée prussienne commandée par le maréchal Blücher.

Avant les deux reconstitutions de la Bataille, très attendues et prévues en fin de semaine, ces commémorations débutent ce jeudi matin par une cérémonie protocolaire au pied de la Butte du Lion (photo principale). Elle commence à 11h précises, soit 200 ans jour pour jour, heure pour heure, après le début des hostilités entre les troupes de Napoléon et les forces alliées placées sous le commandement du duc de Wellington.

Cette commémoration officielle rassemble, autour du roi Philippe et de la reine Mathilde (photo), le couple royal des Pays-Bas, les Grands-Ducs du Luxembourg, le prince Edward, cousin de la reine d'Angleterre, ainsi que les descendants des chefs d'armées de l'époque - l'actuel duc de Wellington, le prince Jean-Christophe Napoléon et le prince Blücher von Statthalter. Sous les auspices du prince Charles d'Angleterre, ces derniers ont déjà échangé mercredi à la ferme d'Hougoumont une poignée de main de réconciliation. Un geste qu'ils réitèreront ce jeudi à Waterloo.

Plusieurs représentants des institutions européennes sont également attendus à la cérémonie de ce jeudi..

La France, défaite à Waterloo en 1815, n'y est représentée par aucun ministre ou président d'assemblée, mais simplement par son ambassadeur en poste à Bruxelles, Bernard Valero. Héritière de l'ancienne Prusse, qui joua un rôle décisif dans la défaite de Napoléon à Waterloo, l'Allemagne n'envoit pas non plus de haut représentant à cette cérémonie officielle, mais juste son ambassadeur en Belgique, Eckart Cuntz.

Pour cette partie protocolaire, les autorités belges ont voulu une cérémonie sobre, placée sous le signe de la réconciliation. Au programme: discours du Premier ministre Charles Michel et du vice-président de la Commission européenne, Frans Timmermans. Puis dépôt de fleurs, minute de silence et sonnerie au mort en mémoire des quelque 15.000 hommes qui ont perdu la vie à Waterloo le 18 juin 1815. Quinze coups de canons retentiront ensuite dans le ciel brabançon.

Reconstitutions historiques

Les commémorations prendront dès jeudi soir un caractère plus festif avec le spectacle sons et lumières "Inferno", suivi de deux reconstitutions de la bataille: l'attaque française vendredi soir, et la riposte alliée samedi soir.

Quelque 120.000 spectateurs au total sont attendus sur deux jours, ce qui ne sera pas simple à gérer dans ce coin du Brabant wallon au réseau routier déjà bien saturé en temps normal. Les deux reconstitutions seront organisées dans un champ voisin de la Butte, où d'immenses gradins ont été érigés pour l'occasion.

Plus de 5.000 "figurants" en costumes d'époque rejoueront l'illustre bataille, ce qui en fera la plus grande reconstitution historique du Premier Empire. Plus de 300 chevaux et une centaine de canons seront également mis à contribution pour l'occasion. Jusqu'à dimanche, ces 5.000 personnes seront logées dans quatre bivouacs, comme à l'époque.

AP1995

Au total, 10 millions d'euros ont été consacrés à l'organisation de ces spectacles d'envergure qui doivent contribuer à relancer l'intérêt touristique du célèbre champ de bataille, aussi bien en Belgique qu'à l'étranger. D'importants investissements ont par ailleurs été consentis ces dernières années pour rénover et développer le site historique. Celui-ci ambitionne ainsi de doubler le nombre de ses visiteurs pour atteindre 500.000 par an.

La bataille de Waterloo est l'une des plus importantes de l'histoire moderne européenne. La victoire alliée dans les champs brabançons entraîna la chute définitive de Napoléon Bonaparte, ponctuant ainsi plus de vingt ans de guerre en Europe.

Elle constitue aussi un moment clé de l'histoire de Belgique, qui sera alors incorporée au royaume des Pays-Bas, avant de conquérir son indépendance quinze ans plus tard à peine. Ces commémorations s'achèveront dimanche par une messe en l'église Saint-Etienne de Braine-l'Alleud, qui servit d'hôpital improvisé au lendemain de la bataille.

Waterloo en chiffres

Avec environ 188.000 hommes engagés sur quelques dizaines de kilomètres carrés, Waterloo fut l'une des batailles les plus importantes et les plus meurtrières de l'époque napoléonienne.

Une coalition d'une demi-douzaine de nations, composée du Royaume-Uni, d'Allemands, de Belges et de Néerlandais, sous les ordres du duc de Wellington, et de Prussiens commandés par Blücher, y affronte l'armée de Napoléon.

Après trois jours d'affrontements au sud de cette localité proche de Bruxelles, la bataille elle-même se déroule en moins de 12 heures le 18 juin 1815, du début de l'offensive française, vers 11h30, à la nuit tombée.

L'armée napoléonienne et les troupes de Wellington ont des effectifs comparables. Certains historiens attribuent cependant une légère supériorité numérique à Wellington. L'armée impériale aligne ainsi plus de 86.000 hommes. Aux 74.000 fantassins s'ajoutent 12.600 cavaliers. Par ailleurs l'armée est équipée d'environ 250 canons. Considéré comme le fer de lance de cette "Armée du nord", la Garde impériale rassemble 20.000 hommes.

L'alliance conduite par Wellington compte quelque 106.000 fantassins - Britanniques, Allemands et Néerlandais - et 12.000 cavaliers. Les artilleurs sont dotés d'environ 150 à 200 canons. Les Prussiens de Blücher sont environ 33.000.

La bataille aurait fait plus de 10.000 morts et plus de 35.000 blessés. De 3.000 à 4.000 soldats auraient succombé à leurs blessures dans les jours qui ont suivi la bataille. Les pertes françaises ont été environ deux fois plus élevées que celles de la coalition.

Côté français, on compte environ 7.000 morts, de 18.000 à 22.000 blessés. Du côté de la coalition, le bilan est d'au moins 3.500 morts, 13.000 blessés et 3.000 hommes portés disparus.