DaarDaar, passerelle linguistique entre deux communautés

Offrir aux francophones, dans leur langue maternelle, un aperçu de ce qui se passe en Flandre, des sujets qui y font débat ou qui sont perçus différemment qu’au sud de la Belgique, mais aussi témoigner de la qualité de la presse néerlandophone. Tel est l’objectif que s’est fixé le nouveau site internet DaarDaar.be, qui a aussi déjà noué une collaboration avec flandreinfo.be. Il faut dire que notre collègue Joyce Azar est l’un des trois co-fondateurs de cette nouvelle passerelle entre communautés linguistiques, jetée dans le paysage médiatique touffu. Selon elle, "DaarDaar.be et flandreinfo.be se complètent parfaitement".

Le projet ambitieux est né du constat qu’il n’existait pas en Belgique de canal d’information permettant d’avoir accès, en français - pour ceux qui ne maîtrisent pas le néerlandais -, à ce qui fait débat dans les médias en Flandre, à ce qui y est perçu différemment qu’en Wallonie. Le lecteur, l’internaute, l’auditeur ou téléspectateur francophone ne peut ainsi que difficilement savourer la diversité et la qualité de la presse flamande.

Un constat fait d’abord par le politologue français Vincent Laborderie, chercheur à l’Université Catholique de Louvain er passionné par la Belgique, qui éprouvait lui-même des difficultés à lire la presse flamande dans le texte original. Il a trouvé sur son chemin le jeune diplômé et blogueur David Charlier, passionné de politique, et la journaliste Joyce Azar (photo), véritable spécialiste de la Flandre puisqu’elle travaille depuis 11 ans pour la radiotélévision publique flamande VRT.

Ensemble ils ont conçu un média qui se veut unique en Belgique, en proposant quotidiennement des traductions en français d’articles ou d’éditoriaux de la presse flamande, qui permettent aux lecteurs de percevoir ce qui fait débat, se lit et se dit de l’autre côté de la frontière linguistique dans notre petit pays - "daar", là-bas. On comprend ainsi le jeu de mot qui a donné le nom du nouveau site : DaarDaar.

Un travail qui est réalisé sous la conduite de la responsable éditoriale Joyce Azar, avec l’aide d’une équipe grandissante de traducteurs. Et avec le soutien d’un conseil d’accompagnement, comprenant notamment d’anciens journalistes, des universitaires et entrepreneurs.

Un "slow media"

En raison, notamment, de ses moyens encore limités dans cette première phase de test - DaarDaar.be est sur la toile depuis 6 semaines environ -, mais surtout par souci de faire comprendre l’autre communauté linguistique en profondeur, le nouveau site propose plutôt des articles de fond, des éditoriaux, des analyses publiés dans la presse flamande. En y ajoutant, si nécessaire, une rapide explication ou remise en contexte. "Plutôt que de donner de l’actualité brute, nous proposons la traduction d’articles qui sont le fruit d’une réflexion, d’une synthèse. Nous voulons être un ’slow media’ qui permet de mieux comprendre ce qui se passe en Flandre", explique Joyce Azar.

"Le but n’est pas de créer la polémique, mais de faciliter la compréhension mutuelle entre Flamands et francophones". Les articles sélectionnés dans la presse néerlandophone parlent de politique, d’économie, mais aussi de faits de société, de culture, de spécificités flamandes, "de ce qui est tendance ou ce qui concerne les éditorialistes flamands, mais aussi de sujets plus légers". Joyce Azar a d’ailleurs créé récemment une rubrique baptisée "Petites actus d’outre-Ring", qui reprend des brèves publiées dans la presse flamande.

A qui s’adresse DaarDaar ? "Aux Belges francophones, aux expats qui vivent en Belgique, à tous ceux qui s’intéressent à la Flandre". La journaliste espère que le nouveau média pourra devenir, à terme, une revue de presse de Flandre en français, voire un outil de travail pour des enseignants, des universitaires, des institutions ou des décideurs. Elle souligne donc la volonté d’indépendance rédactionnelle de l’équipe fondatrice, l’absence totale de couleur politique.

Plusieurs collaborations déjà

Avant de bénéficier d’un soutien financier plus conséquent, DaarDaar.be a obtenu la collaboration de nombreux médias flamands qui l’autorisent à publier gracieusement la traduction de leurs articles, du moins pendant la phase test. Cela permet au site de proposer quotidiennement au moins un article nouveau, "mais l’objectif est à terme de proposer entre 5 et 8 articles neufs par jour", précise Joyce Azar.

Naturellement, notre collègue s’est aussi tournée vers flandreinfo.be pour une collaboration régulière, entamée au début du mois de juin. "DaarDaar et Flandreinfo se complètent parfaitement", estime la journaliste. "Sur le site en français de la VRT, nous donnons l’actualité plus pressante, alors que DaarDaar nous permet de creuser l’information plus en profondeur, de donner des sujets plus intemporels".

Des articles traduits en français vers lesquels flandreinfo.be donnera des liens, alors que pour DaarDaar la collaboration avec le site de la VRT permet aussi de proposer des séquences vidéo à ses lecteurs, sur base des images du journal télévisé. Histoire de diversifier l’offre du nouveau média. Les deux médias partagent cependant aussi une volonté de rechercher dans l’actualité des sujets "typiquement flamands", sorte de perles rares qui donnent aux francophones un éclairage moins connu de l’autre culture.

Lancé le 13 mai dernier, DaarDaar.be comptabilisait déjà 50.000 visiteurs uniques au bout d’un mois d’existence. Sur Facebook, il avait environ 1.500 amis et sur Twitter quelque 500 abonnés. Pour un avenir futur, qui nécessitera un soutien encore accru du public mais aussi d’instances officielles et culturelles - pour rendre le projet financièrement viable -, Joyce Azar rêve déjà d’un plus large éventail de collaborations, et pourquoi pas d’interviews et de reportages propres.

Consultez le site DaarDaar.be