Bruxelles : jusqu’à 20 ans de prison pour terrorisme

La 49e chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles a prononcé mercredi en fin d’après-midi des peines allant de 10 mois à 20 ans de prison, dont certaines avec sursis, à l’encontre de 30 personnes prévenues d’avoir participé aux activités d’un groupe terroriste. Cette affaire, dite de la "filière syrienne", concernait le recrutement en Belgique de candidats au djihad armé en Syrie, entre 2011 et 2014.
BELGA/VERGULT

Le tribunal a condamné trois prévenus à une peine de 20 ans d'emprisonnement. L'un d'eux est un suspect, dont le nom a été cité dans le cadre des attentats déjoués de Verviers en janvier dernier (photo). L'homme a toutefois été condamné par défaut et pour des faits commis avant ces attentats. Il avait kidnappé son petit frère, en août 2014, et avait rejoint avec lui les djihadistes en Syrie. Il est actuellement toujours recherché.

Les deux autres prévenus à écoper de la peine maximale en tant que dirigeants d'un groupe terroriste - soit une peine de dix ans de prison, doublée étant donné la récidive légale - sont des frères. Le premier fait défaut et serait mort en Syrie, d’après sa mère.

Le juge a également condamné le principal prévenu à une peine de douze ans de prison. Le jugement a mentionné que cet homme "est l'archétype du mentor séditieux, cynique et qui a corrompu la mentalité de la jeunesse de tout un quartier". Le tribunal a insisté sur le fait que ce Molenbeekois de 41 ans s'était entouré de jeunes disciples crédules, qu'il avait suscité leur révolte mais aussi qu'il les avait instrumentalisés pour qu'ils commettent des vols servant à financer leurs départs vers la Syrie.

Le principal prévenu s'était lui-même rendu coupable de délits de droit commun. Lors d'une perquisition au domicile d'un proche chez qui il logeait, la police avait ainsi mis la main sur des dizaines d'appareils photo, de tablettes, de caméscopes, d'ordinateurs et de téléphones portables. Tous ces objets provenaient de vols à la tire divers, surtout de bagages, et de vols à l'étalage.

Une mère condamnée

Le tribunal a également condamné deux autres prévenus considérés comme dirigeants de la filière - une femme et son fils - à huit ans d'emprisonnement l'un et l'autre. La femme est également la mère des frères condamnés à vingt ans d'emprisonnement. Cette mère "a contaminé tout son entourage et entraîné toute sa famille dans son idéologie islamiste extrémiste". Comme le principal prévenu, "elle a agi comme mentor et elle a aussi favorisé les délits de droit commun pour financer les départs vers la Syrie", a précisé le jugement.

Le tribunal a encore prononcé des peines de dix ans de prison à l'encontre de quatre personnes, qui font défaut, et une peine de sept ans de prison à l'encontre d’un autre prévenu.
Le tribunal a en outre prononcé des peines de cinq ans de prison à l'encontre de sept prévenus reconnus coupables et dont la plupart font défaut. Il a également prononcé quatre peines de cinq de prison avec sursis partiel, parfois assorti de conditions, ainsi qu'une peine de deux ans de prison avec sursis et une peine de dix mois de prison avec sursis.

Enfin, le juge a acquitté deux des 32 prévenus - deux sœurs -, estimant qu'il n'est pas établi au-delà de tout doute raisonnable qu'elles ont tenté de rejoindre la Syrie pour participer aux activités d'un groupe terroriste. Les jeunes femmes avaient été arrêtées à la frontière Turco-syrienne en décembre 2013.

Les recruteurs plus sévèrement punis

"Le tribunal a comparé les recruteurs à des gourous ou des chefs de sectes, qui encouragent des jeunes trop confiants à aller se battre en Syrie", expliquait le journaliste Philip Heymans (VRT) mercredi soir. C’est la raison pour laquelle les recruteurs ont reçu des peines plus importantes que les combattants - entre 12 et 20 ans de prison.

"Le tribunal a aussi tendu la main aux suspects, et ces derniers ont en général reçu des peines plus légères que ce qu’avait demandé le parquet", reconnait l’avocat Sébastien Courtois.