Le terroriste du Thalys avait embarqué à Bruxelles-Midi

L’auteur de l’agression armée dans un train Thalys reliant Amsterdam à Paris avait embarqué vendredi soir à la gare de Bruxelles-Midi. L’information donnée par Thalys a été confirmée par le parquet fédéral.

A la suite de l'agression armée dans un train Thalys, vendredi en fin d'après-midi sur le sol français, le parquet fédéral a finalement décidé d'ouvrir une enquête sur base du fait que l'individu armé est monté dans le train à Bruxelles-Midi, indique samedi matin Éric Van Der Sypt, porte-parole du parquet fédéral.

Il précise que les autorités judiciaires belges travaillent en étroite collaboration avec la France. Des enquêteurs belges se sont d'ailleurs rendus à Paris.

Le parquet fédéral belge ne fait en revanche aucun commentaire sur les éventuels antécédents de l'auteur en Belgique et renvoie vers la France pour toute information sur la question.

Le suspect nie être un terroriste

L'homme lourdement armé maîtrisé par des passagers américains vendredi dans un train Amsterdam-Paris conteste le caractère terroriste de son action, mais sans convaincre les enquêteurs.

De nombreuses vérifications sont en cours mais, selon les premiers éléments de l'enquête, cet homme n'a jamais été emprisonné et n'a pas le profil d'un délinquant.

Selon les premiers éléments de l'enquête et ses déclarations aux policiers, le suspect serait marocain et âgé de 26 ans. Il a résidé en Espagne et avait été signalé comme islamiste radical par les autorités espagnoles aux services français. Il faisait ainsi l'objet d'une fiche "S", ce qui ne signifie pas forcément une surveillance.

Entendu dans un premier temps à Arras, une ville du nord de la France où a été dérouté le train pour permettre son arrestation par la police française, il a été transféré samedi matin dans les locaux de l'antiterrorisme en région parisienne.

"Une action héroïque qui a empêché une tragédie"

Un carnage a été évité vendredi soir dans un train Thalys reliant Amsterdam à Paris lorsque des militaires américains ont maîtrisé un homme lourdement armé qui a ouvert le feu, une attaque vraisemblablement terroriste menée huit mois après les attentats de janvier à Paris.

Deux des militaires ont été blessés, l'un par balle, l'autre par arme blanche, mais leurs jours ne sont pas en danger.

Le président américain Barack Obama a salué leur action "héroïque", qui a probablement empêché une "tragédie bien pire".

Il était 15h50 GMT quand au moins un coup de feu a été tiré dans le train à grande vitesse Thalys 9364, à hauteur de Oignies, en Haute Picardie, dans le nord de la France.

La section antiterroriste du parquet de Paris a annoncé qu'elle se saisissait de l'enquête "au vu de l'armement utilisé, du déroulé des faits et du contexte", tandis que le Premier ministre belge Charles Michel a parlé d'une "attaque terroriste".

Le suspect, qui était monté à la gare de Bruxelles-Midi, a été interpellé peu après 16H00 GMT en gare d'Arras (nord), où le Thalys a été arrêté, et placé en garde à vue.

Selon les premiers éléments de l'enquête, il serait âgé de 26 ans, marocain ou d'origine marocaine, et faisait l'objet d'une fiche des services de renseignements.

L'homme a vécu en Espagne et avait été signalé par les services de renseignement espagnols à leurs confrères français.

"Des sources de l'unité antiterroriste espagnole ont indiqué que ce jeune, qui apparaissait dans les registres comme radical, "a résidé" en Espagne pendant un an, jusqu'en 2014, au moment où il a décidé de déménager en France", écrit le quotidien espagnol El Pais.

"Ces mêmes sources ont précisé que l'auteur de l'attaque a ensuite voyagé en Syrie, avant de retourner peu après vers l'Hexagone", ajoute le journal.

L'auteur des tirs, qui était en possession d'un fusil d'assaut kalachnikov, d'un pistolet automatique, de neuf chargeurs et d'un cutter, selon une source policière, a été maîtrisé par deux militaires américains qui l'auraient entendu recharger une arme dans les toilettes.

Un troisième militaire américain, qui lui n'a pas été blessé, a participé à la neutralisation du tireur, selon une source proche de l'enquête.

Le militaire blessé par balle a été héliporté à l'hôpital de Lille. La deuxième victime, blessée par un coup de cutter au niveau du coude, portant une plaie superficielle et souffrant également d'une fracture au doigt, a été hospitalisé à Arras, selon une source proche du dossier.

Le ministre français de l'Intérieur français Bernard Cazeneuve, qui s'est rendu à la gare d'Arras, a salué ces Américains "particulièrement courageux", le Premier ministre français Manuel Valls leur exprimant sa "gratitude".

Le président français François Hollande a annoncé avoir appelé le Premier ministre belge Charles Michel pour convenir avec lui de "coopérer étroitement" dans l'enquête.

"Va le choper": le récit de l'intervention des "héros" américains du train Amsterdam

"Tout est arrivé très vite", a raconté Anthony Sadler, étudiant, qui voyageait avec ses amis Alex Skarlatos, 22 ans, et Spencer Stone, tous deux militaires américains, qu'il avait retrouvé pour des vacances en Europe.

"On a entendu un coup de feu et du verre brisé," a raconté M. Skarlatos, membre de la garde nationale de l'Etat de l'Oregon (ouest), rentré il y a peu d'une mission en Afghanistan. "J'ai vu un homme entrer dans le wagon avec une kalachnikov."

Chris Norman, un consultant britannique âgé de 62 ans, qui voyageait dans le même wagon, a expliqué qu'ils avaient "vu un gars avec une AK47 (kalachnikov). Alex a dit à Spencer, va le choper.

Le gars a sorti un cutter et il a tailladé Spencer à l'arrière du cou, il lui a pratiquement coupé le pouce aussi, Spencer l'a tenu et on l'a finalement maîtrisé, il était inconscient, on a fini par l'attacher".

"Spencer a bien couru dix mètres jusqu'au type. On s'est mis à le taper à la tête jusqu'à ce qu'il s'écroule", a expliqué de son côté M. Skarlatos.

Sur des images filmées au téléphone portable à l'intérieur du train et diffusées sur Youtube, on peut voir le suspect, un jeune homme mince, portant un pantalon blanc et torse nu, plaqué au sol sur le ventre, les mains attachées dans le dos. Une kalachnikov est posée contre un siège et du sang est visible sur une vitre du wagon.

Le suspect, qui selon les premiers éléments de l'enquête est Marocain ou d'origine marocaine et serait âgé de 26 ans, n'a rien dit et "avait l'air dans un état second", selon Anthony Sadler.

Anthony Sadler a indiqué avoir pu parler au téléphone à Spencer Stone, qui a été hospitalisé, et "va bien". "Il n'arrive pas à croire que tout ça s'est passé", a poursuivi Anthony Sadler, se disant "très fier de (son) ami".

"Je suis juste un étudiant, je suis venu voir mes amis pour mon premier voyage en Europe et on a arrêté un terroriste, c'est plutôt dingue".