Homans nomme un conseiller néerlandophone bourgmestre de Linkebeek

La ministre des Affaires Intérieures flamandes, Liesbeth Homans (N-VA), a annoncé ce dimanche avoir nommé le même jour le conseiller communal néerlandophone de l’opposition Eric De Bruycker (Prolink) bourgmestre de la commune de périphérie de Linkebeek. Elle espère avoir mis fin ainsi au carrousel entourant la nomination du bourgmestre de cette commune flamande à facilités linguistiques pour les habitants francophones, privée de maïeur depuis 2006.
BELGA/VERGULT

D’après la ministre Homans (photo), le conseiller communal Eric De Bruycker (du parti bilingue d’opposition Prolink) prêtera serment lundi devant le gouverneur du Brabant flamand en tant que bourgmestre de la commune flamande à facilités linguistiques privée de maïeur depuis 2006. Cette petite commune compte 5.000 habitants, majoritairement francophones.

Il y a un peu plus de deux semaines, la ministre des Affaires Intérieures avait nommé l'échevin francophone Yves Ghequière comme bourgmestre de la commune, mais ce membre de la majorité francophone - qui compte 13 élus sur 15 à Linkebeek - avait refusé cette nomination en plein accord avec son groupe et Damien Thiéry (MR), le bourgmestre faisant fonction dont la nomination a été refusée à plusieurs reprises depuis 2012 pour non-respect de la législation linguistique (les convocations électorales ont en effet été envoyées en français, alors que la loi linguistique prévoit que toute communication officielle dans les communes à facilités doit d’abord être faite en néerlandais).

Pour Liesbeth Homans, "cette nomination avait été faite dans le respect de la loi et des rapports de forces au niveau local. Yves Ghequière a déclaré le 22 septembre dernier qu’il n'acceptait pas d'endosser la fonction de bourgmestre. Damien Thiéry (photo) a en outre indiqué qu'aucun membre de sa liste n'était candidat à la fonction de bourgmestre. Ce faisant, la majorité francophone ne s'est pas seulement placée au-dessus de la Loi spéciale, elle a nié à deux reprises la jurisprudence du Conseil d'Etat - le plus haut collège de droit administratif dans le pays", a commenté dimanche la ministre, par voie de communiqué.

Aux yeux de Liesbeth Homans, "notre état de droit ne fonctionne que si tous les niveaux de pouvoir dans le pays exécutent nos règles de droit démocratique et les jugements du plus haut collège du droit administratif. A Linkebeek, la majorité outrepasse les lois et la jurisprudence depuis des années. Il faut y mettre un terme", a-t-elle encore dit, affirmant "appliquer simplement la législation flamande".

La commune de Linkebeek risque-t-elle de devenir ingérable ? La majorité francophone acceptera-t-elle de collaborer avec le bourgmestre flamand ? "J’espère de tout cœur que tout le monde agira dans l’intérêt des habitants de Linkebeek", déclarait Liesbeth Homans ce dimanche.

Réactions francophones outrées

Le bourgmestre faisant fonction de Linkebeek, Damien Thiéry (MR), a commenté à chaud l’annonce de la ministre Homans : "Cette décision ne m'étonne pas. C'est une grande première en Belgique depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. La grande majorité de la population est derrière moi, donc on verra bien comment la situation va évoluer. La Flandre et la N-VA envoient une très mauvaise image du respect accordé en Belgique à la démocratie. C'est du grand n'importe quoi. J'attends le conseil communal de ce lundi soir avec beaucoup de sagesse, mais je ne suis pas déstabilisé, cette situation était prévisible".

Le parti francophone CDH a, lui, condamné dimanche la décision de la ministre N-VA des Affaires intérieures flamandes. Pour le Centre Démocrate Humaniste, "une telle manœuvre relève du coup d'état communautaire et constitue un viol qualifié des choix démocratiquement posés par les électeurs de Linkebeek".

Dans un communiqué, le parti présidé par Benoît Lutgen (photo) a enjoint le parti libéral MR "d'arrêter d'accorder sa confiance aveugle à son partenaire N-VA, au détriment systématique des intérêts et des choix des francophones".

Quant au président du parti francophone FDF, Olivier Maingain, il a estimé que si Charles Michel n’est pas capable de faire respecter la démocratie à Linkebeek, c’est qu’il n’a pas l’autorité d’un Premier ministre. Pour Maingain, "c'est la faiblesse du MR face à la N-VA qui permet à la ministre Homans de procéder à un véritable coup de force contre la démocratie à Linkebeek en nommant comme bourgmestre un élu de l'opposition flamande, qui ne compte que 2 élus sur 15 conseillers communaux".

Ce faisant, a poursuivi Maingain, "la N-VA relance délibérément les conflits communautaires en périphérie bruxelloise et menace la loyauté fédérale".

Le président du parti socialiste francophone, Elio Di Rupo (photo), a lui invité Charles Michel à inscrire le dossier de la nomination du bourgmestre de Linkebeek à l’ordre du jour du prochain comité de concertation. "Je demanderai aux ministres socialistes des gouvernements wallon, bruxellois, de la Fédération Wallonie-Bruxelles et de la Communauté germanophone de soutenir le choix des électeurs linkebeekois", a-t-il commenté.

De Bruycker accepte, mais sous réserve

Ce dimanche, le conseiller communal Eric de Bruycker a laissé entendre qu’il accepte sa nomination en tant que bourgmestre de Linkebeek, mais sous réserve de conditions. Il rendrait ainsi sa fonction si la majorité francophone dans la commune à facilités ne veut pas collaborer avec lui.

Contacté par la rédaction de la VRT, Eric De Bruycker ne souhaitait pas encore réagir ce dimanche.

Son collègue de parti, Rik Otten, a par contre déclaré : "Nous sommes bien conscients que c’est une situation difficile. Nous ne nous réjouissons pas non plus de ce qui arrive. Au terme d’une brève réunion, cet après-midi, nous sommes arrivés à la conclusion qu’Eric De Bruycker acceptera sa nomination, mais à condition qu’une collaboration puisse être entamée avec la majorité francophone. Nous ne voulons absolument pas être responsables d’un blocage de la commune".