Le commerce de médicaments falsifiés est très lucratif

L’an dernier, le nombre de médicaments non-conformes interceptés en Belgique a presque doublé par rapport à 2013, indique le rapport annuel de la Cellule multidisciplinaire hormones. Ce sont avant tout des pilules favorisant l’érection, des antidouleurs et antibiotiques falsifiés qui sont vendus via l’internet, mais aussi un nombre croissant de verres de contact et de tests de grossesse. Des médicaments volés sont aussi remis ainsi dans le circuit légal.

"Le commerce des médicaments falsifiés, en ce compris les anabolisants, est très lucratif et si les fraudeurs se font attraper, ils ne doivent pas craindre de lourdes peines". Telle est l'une des conclusions tirées par la Cellule multidisciplinaire hormones dans son dernier rapport annuel.

L'Agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS) a signalé il y a quelque temps déjà une forte augmentation de la présence de médicaments non-conformes. En 2014, 3.781 colis de médicaments non-conformes ont ainsi été interceptés, alors qu’il y en avait eu 1.989 en 2013.

La plupart de ces produits sont commandés par internet et interceptés par la douane, précise la Cellule hormones. "Cinquante pourcents des prises concernent des produits contre les troubles érectiles. Mais, plus difficile à comprendre, de nombreux antidouleurs et antibiotiques -pourtant disponibles légalement avec ou sans ordonnance- sont également saisis".

Le rapport annuel fait mention d'exemples où la marge bénéficiaire de ce commerce est spectaculaire. "Via 1 kg de matières premières à 65 euros, il est possible de générer 80.000 euros de gains. 1 kg de sildénafil (la substance active du Viagra) ne coûte que 65 euros. Une quantité permettant de faire 40.000 pilules (dosage 25 mg/pilule) qui sont revendues sur le marché parallèle au prix moyen de 2 euros par pilule (…) Si le revendeur investit pour copier visuellement parfaitement le Viagra original, il peut vendre ses pilules 10 euros pièce (le prix payé en pharmacie en Belgique). Le gain pour le fraudeur peut alors grimper jusqu'à 400.000 euros."

Médicaments volés

Les différentes initiatives nationales et internationales prises contre ce commerce n'ont pas encore livré de résultats satisfaisants et le blocage de sites internet est encore trop facilement contournable, indique la Cellule hormones.

Par ailleurs, le rapport note aussi que des organisations criminelles parviennent, au moyen de faux documents, à réintroduire des médicaments volés dans les rayons des pharmacies. Ce qui n'est pas sans risque quant aux effets de ces produits conservés dans des conditions inadéquates ou dont la composition n'est pas la bonne. Il n'y a pas encore de tels constats en Belgique, mais il y a déjà des Belges impliqués dans ce genre d'affaires à l'étranger.

Enfin, le rapport met également en garde contre les tentatives d'introduire dans la chaîne alimentaire des chevaux reconnus inaptes à la consommation. "En Belgique, trois dossiers font mention de vétérinaires ayant administré à grande échelle du phénylbutazone (un anti-inflammatoire, ndlr) à des chevaux de compétition. Des actes que ces vétérinaires auraient dû inscrire, comme l'exige l'Europe, sur le passeport de l'animal afin que celui-ci soit écarté de la chaîne alimentaire. Mais en pratique, cela n'a pas été fait", accuse la Cellule multidisciplinaire hormones.