Près de 500 combattants belges en Syrie et Irak

Le groupe de travail des Nations Unies, qui est venu cette semaine en Belgique pour y étudier le phénomène des combattants étrangers, évalue à environ 500 le nombre total de combattants belges à l’étranger. Quelque 128 combattants sont rentrés et 77 ont été tués en Syrie ou en Irak, tandis que 62 ont été empêchés de partir.

Le groupe de travail de l’ONU a présenté ce vendredi ses premières recommandations au terme de sa visite en Belgique. Les représentants onusiens soulignent notamment le manque de programmes de réintégration et de réhabilitation structurés pour les rapatriés en Belgique. Il a également dressé un profil-type des personnes parties combattre en Syrie et en Irak.

Les experts de l'ONU ont d'abord félicité les différents acteurs belges pour avoir pris des initiatives pour faire face à la problématique des combattants étrangers. "Il s'agit d'une première réponse, dont nous devrons encore étudier l'impact. Mais il est déjà très positif que ces initiatives soient prises. Il faut admettre le problème et tenter de le solutionner", explique l'experte Elzbieta Karska.

Le nombre total de combattants belges à l'étranger tourne donc autour de 500. Parmi eux, 128 personnes sont rentrées, 77 sont mortes et 62 ont été empêchées de partir. Quelque 30.000 combattants étrangers sont dénombrés en Irak et en Syrie, dont 200 à 300 Belges.

Le groupe onusien a émis plusieurs recommandations à la Belgique, dans le cadre des 12 mesures prises par le gouvernement en janvier dernier. Il demande ainsi que les droits de l'Homme soient davantage respectés, en particulier en ce qui concerne les droits au respect de la vie privée, à la liberté d'expression et de mouvement et les droits à une nationalité. "Toute mesure punitive devrait être suivie par un magistrat afin de garantir le droit à un procès équitable", expliquent-ils, à titre d'exemple.

Ensuite, les experts ont dénoncé le manque de programmes de réintégration et de réhabilitation structurés pour les rapatriés. "Nous recommandons l'application de pratiques de mentorat, comme le modèle Aarhus au Danemark, dans les communes comme celle de Vilvorde et la communauté francophone", ont-ils souligné.

THE ASSOCIATED PRESS2014

Trois vagues de départs

En Belgique, les départs sont caractérisés par trois vagues, selon les experts: la première était lancée par Sharia4Belgium en 2010, puis par le recrutement de pairs en 2012. Depuis 2014, la principale méthode de recrutement passerait par les réseaux informels d'amis et de famille et par les réseaux sociaux.

Les profils des combattants étrangers sont divers, mais le groupe a toutefois tenté de dresser un portrait approximatif: "on peut affirmer que leur âge moyen se situe aux alentours de 23 ans et moins. Les femmes sont également de plus en plus nombreuses à partir. Par rapport à l'année dernière, les jeunes hommes sont aussi moins nombreux à partir." En effet, le groupe onusien a affirmé que si les hommes étaient en moyenne 10 à partir chaque mois combattre à l'étranger en 2014, le chiffre a reculé à quatre ou cinq en moyenne par mois, cette année.

Les motivations à l’origine des départs sont également diverses, selon les experts. Ils dénombrent la conviction religieuse, la raison humanitaire, le besoin d'appartenance et d'acceptation, la volonté d'échapper à un dossier criminel et l'envie de partir à l'aventure.

"Il est extrêmement difficile d'expliquer le phénomène des combattants étrangers. En Belgique, on aurait tendance à l'expliquer par le contexte social, le chômage chez les jeunes, les problématiques identitaires. Mais lorsque l'on rencontre les personnes concernées, on se rend compte qu'elles ne traversent pas particulièrement une crise identitaire, elles peuvent également être issues de familles aisées. Nous cherchons toujours à établir un profil plus précis", selon Karska.

Les experts ont justifié le choix de leur visite en Belgique, principalement, à cause du nombre important de personnes parties combattre, par rapport à la densité de sa population. Ils ont rencontré des fonctionnaires du gouvernement, des universitaires, des membres d'associations et des familles. "Nous tentons d'apporter des alternatives, des recommandations aux Etats en vue d'améliorer les initiatives prises dans le cadre des départs vers la Syrie et l'Irak. Mais nous n'avons pas de solutions toutes faites", a insisté Mme Karska.

Cette visite s'inscrit dans le cadre d'une vaste étude comparative sur le phénomène des combattants étrangers et ses conséquences pour les droits de l'homme. Elles ont été effectuées en Tunisie en juillet dernier et en Belgique en ce mois d'octobre. La prochaine visite se déroulera en Ukraine en mars prochain.

Le groupe de travail, composé de cinq spécialistes indépendants originaires de différentes régions du monde (Yémen, Chili, Pologne, Etats-Unis et Afrique du Sud), fournira un premier rapport de ses travaux en novembre à l'Assemblée générale des Nations Unies. Un rapport définitif de la mission en Belgique sera présenté en 2016 au conseil des droits de l'Homme de l'ONU.