Un Bosch exposé à Gand n’en serait pas un

La toile "Portement de croix" (photo) exposée au Musée des Beaux-Arts de Gand, comme l’une de ses pièces phares, et dont on pensait qu’elle était l’œuvre du peintre néerlandais Jérôme Bosch, n’est pas de la main de l’artiste. C’est ce qu’a révélé une enquête du Bosch Research and Conservation Project (BRCP), qui a d’ailleurs détecté qu’une autre œuvre attribuée à Bosch n’avait en réalité pas été réalisée par lui.

L'œuvre "Portement de croix" est considérée par le musée gantois des Beaux-Arts comme l'une de ses pièces phares. Paul van den Broeck, spécialiste de Bosch, y décrit la peinture comme "l'une des créations les plus hallucinantes de l'histoire de l'art occidental", sur le site du musée.

"Il s'agit probablement d'une œuvre tardive de Jérôme (ou Jheronymus, ou encore Hiëronymus) Bosch. La composition consiste en un ensemble de têtes, sans le moindre espace. Jusque peu après 1500, époque dont date cette œuvre, ce fait est quasiment unique dans la peinture européenne", écrit-il.

Le musée de Gand a pleinement collaboré à l'enquête, mais n’est guère heureux de la nouvelle. "Le Musée des Beaux-Arts regrette que ce message soit déjà diffusé sans tenir compte de tous les résultats de l'analyse et de leur examen approfondi. Ce n'était probablement pas non plus l'intention des chercheurs de déjà rendre publiques leurs conclusions", réagit la direction dans un communiqué

Le musée constate que la paternité de l’œuvre est sujette à débats depuis des décennies. "La question cruciale reste ouverte: qui a donc peint ce tableau? ", se demande encore le Musée des Beaux-Arts de Gand, soulignant que l'enquête en cours n'apporte pas de réponse définitive à cette question. Quelle qu'en soit la réponse, personne ne doute de la qualité du "Portement de croix", oeuvre majeure et joyau de la collection gantoise.

Six ans d’analyse de l’œuvre de Bosch

Une équipe de spécialistes internationaux a étudié de près pendant 6 ans toute l’œuvre de Jérôme Bosch. Après de nombreuses comparaisons, les experts sont arrivés à la conclusion que deux toiles attribuées au maître néerlandais n’étaient probablement pas de sa main.

Elles ont probablement été peintes par des contemporains de Bosch, et dans son atelier, estime Matthijs Ilsink, qui a coordonné le projet Bosch Research and Conservation. La première d’entre elle est  "Les Sept Péchés capitaux" (photo), qui pend au musée du Prado à Madrid. La seconde est celle que possède le musée gantois. Les deux toiles ont toujours été considérées comme déterminantes dans l’œuvre du maître du 16e siècle.

Un Flamand possèderait un vrai Bosch

En même temps, l’équipe de spécialistes aurait fait « une trouvaille incroyable ». Un dessin, qui avait été attribué à un élève anonyme de Bosch, aurait quand même été réalisé par le maître en personne. "Paysage d’enfer" (photo) dépeint des monstres et des nus.

L’œuvre appartient actuellement à un collectionneur flamand, qui l’a acquise en 2003 sur conseil d’un spécialiste, comme investissement. Il a déboursé 274.000 euros pour l’acquisition. Mais sa valeur aurait maintenant nettement augmenté après la découverte qu’il s’agit d’un dessin de Bosch lui-même.

Le propriétaire flamand, qui souhaite rester anonyme, ne verrait pas d’inconvénient à vendre le dessin, qu’il ne trouverait d’ailleurs pas très beau, écrit le quotidien Het Laatste Nieuws. L’œuvre pourra être découverte au début de l’an prochain, dans le cadre d’une grande exposition Jérôme Bosch au Musée du Brabant du Nord à Den Bosch, à l’occasion du 500e anniversaire du décès du peintre.