"J’ai vu Bilal Hadfi se radicaliser"

Bilal Hadfi est l’un des auteurs des attentats terroristes de Paris. L’homme de 20 ans est l’un des kamikazes qui s’est fait exploser près du Stade de France. Il y a un an et demi, il était encore simple élève d’une école néerlandophone de Molenbeek. Aujourd’hui, son institutrice témoigne : "je l’ai vu se radicaliser".

"Il était très intéressé par la politique, plus que d’autres élèves. C’était en fait intéressant et chouette d’avoir quelqu’un comme ça dans la classe. Ça donnait du pep aux discussions", raconte Sara Stacino (photo). "Mais ses sympathies se sont de plus en plus dirigées vers des idées extrêmes", confirme-t-elle.

Au fil du temps, Bilal Hadfi a cessé d’écouter de la musique. Pour lui, les femmes devaient se couvrir si elles ne voulaient pas se faire violer. Début 2015, sa radicalisation semblait plus que jamais ancrée."En 5e secondaire, c'était encore un garçon ouvert. Mais l'année scolaire d'après, il est devenu très sérieux. Il le disait d'ailleurs lui-même", témoigne l'institutrice sur les ondes de Radio 1 (VRT).

Un tournant après Charlie Hebdo

"Après les attentats contre Charlie Hebdo, nous avons eu un cours particulièrement tumultueux lors duquel il a été quasi le seul à parler. Il défendait l’acte en question, disant qu’il était justifié, que la liberté d’expression s’arrêtait là où il y avait insulte contre la religion", explique l’institutrice d’école. "J’ai été vraiment très surprise, et j’ai à nouveau signalé son cas lors du conseil de classe ainsi que par communication écrite à la direction".

L’école avait depuis décidé d’attendre, espérant sans doute que les choses allaient se calmer. Aucune aide directe n'a été appelée. D'après Sara Stacino, la direction voulait éviter la stigmatisation. Le comportement de l'élève pouvait par ailleurs être le fruit d'une crise de puberté. Mais la radicalisation aura finalement mené Bilal Hadfi à un acte terroriste sans précédent.

Après les attentats du 7 janvier 2015, Bilal Hadfi a encore suivi les cours durant une semaine. Par la suite, il signala à certains copains de classe qu'il était en Syrie.

Auteur et victime

"Quelque part, je ressens tout cela comme un échec personnel. Je ne suis pas parvenue à mener Bilal à penser autrement. Le système aussi a échoué", estime l'institutrice. "Nous avons été trop prudents dans nos actes par peur de stigmatiser. En fait, la radicalisation a été extrêmement rapide. Il a commencé à sécher les cours, et en quelques mois, il a pris des décisions radicales".

La maîtresse d'école ne cache pas sa frustration due au fait qu'elle a tout vu venir, qu'elle l'a signalé, et qu'elle n'a rien pu faire pour stopper la violence.

"Je le perçois comme l’auteur de ces faits, car on est finalement responsable des actes qu’on entreprend. Mais je le perçois aussi comme victime, victime d’un véritable endoctrinement, d’une machine qui parvient à manipuler des jeunes hommes simples qui à la base avaient de bonnes intentions, qui cherchaient leur place dans la société, et qui pensent finalement l’avoir trouver là. Ça m’émeut, car c’était un jeune homme de 20 ans. Sa vie aurait pu se passer autrement", conclut Sara Stacino.