Doel 3 et Tihange 2 peuvent redémarrer

L'Agence fédérale de contrôle nucléaire (AFCN) a autorisé mardi Electrabel à procéder au redémarrage des réacteurs de Doel 3 et Tihange 2. Les deux réacteurs étaient à l'arrêt en raison d'incertitudes quant à leur sûreté étant donné la présence de microfissures dans les cuves en acier.

"Electrabel a pu démontrer de manière convaincante que les microbulles d'hydrogène présentes dans les parois des cuves n'avaient pas d'impact inacceptable sur la sûreté des réacteurs", explique l'AFCN. Electrabel peut dès lors exploiter ces deux réacteurs jusqu'à leur arrêt définitif, fixé par la loi au 1er octobre 2022 pour Doel 3 et au 1er février 2023 pour Tihange 2.

On ignore encore à quel moment précis ce redémarrage aura lieu. Le fournisseur d'électricité confie que quatre semaines devraient être nécessaires pour procéder à cette opération.

Des fissures avaient été découvertes sur les cuves des deux réacteurs à l'été 2012, lors d'un arrêt planifié pour leur maintenance. Une enquête approfondie avait alors permis de déterminer qu'il s'agissait d'un "problème de cloquage dû à l'hydrogène survenu lors du forgeage de l'acier des anneaux composant la cuve". Elle sont donc présentes depuis la construction de la centrale, glisse-t-on du côté d'Electrabel.

"De petites bulles se sont formées dans l'acier et ont été aplaties, laissant apparaître des microbulles, d'une longueur de 12 à 16 mm et d'une épaisseur de l'ordre de celle du papier à cigarette, qui présentent une orientation laminaire, ce qui signifie qu'elles sont parallèles à la courbure de la paroi de la cuve et qu'elles ne la 'traversent' pas", détaille Jan Bens, le directeur général de l'Agence.

Après un premier redémarrage en mai 2013, les réacteurs de Doel 3 et Tihange 2 avaient à nouveau été mis à l'arrêt par sécurité le 25 mars 2014 en raison de résultats inattendus à un des tests complémentaires imposés à Electrabel dans le cadre du premier redémarrage, à savoir un test de fragilisation après irradiation mené sur des échantillons de matériau contenant des microbulles d'hydrogène.

L'AFCN a alors, et comme lors du premier arrêt, soumis les dossiers de justification d'Electrabel (qui lui ont été remis le 17 juillet 2015) pour chaque réacteur à de nombreux experts nationaux et internationaux, dont le laboratoire américain Oak Ridge National Laboratory. Elle a ensuite centralisé et analysé les rapports et avis des diverses équipes d'experts pour consolider ses propres conclusions, "qui s'appuient sur de nombreuses inspections, des dizaines de milliers d'heures de travail et plus de 1.500 tests sur matériaux", selon Electrabel.

Pour l'Agence, les résultats inattendus des tests de mars 2014 s'expliquent "probablement" par les propriétés spécifiques du matériau de l'échantillon utilisé, qui provenait d'un générateur de vapeur français destiné à une centrale nucléaire mais qui avait été refusé en raison de la présence de telles microbulles. "Les tests réalisés sur les échantillons de matériau présentant des microbulles d'hydrogène et sur le matériau des cuves-mêmes ont révélé qu'une irradiation prolongée n'avait pas d'impact anormal sur les propriétés mécaniques des cuves de Doel 3 et Tihange 2."

L'organe tient à souligner que tant les dossiers de justification d'Electrabel que sa propre décision finale reposent sur les résultats d'études scientifiques approfondies. "Grâce à ces études, nous savons désormais avec certitude que toutes les microbulles d'hydrogène présentes dans les cuves de Doel 3 et Tihange 2 ont été correctement détectées et dimensionnées et que leur présence n'a pas d'impact négatif sur la sûreté des deux réacteurs", affirme l'AFCN, qui suivra de près le redémarrage et l'exploitation future des deux réacteurs. "L'intégrité structurelle de la cuve est garantie en toutes circonstances, en fonctionnement normal ou en cas d'accident", renchérit Electrabel.

A la suite de cette décision, Electrabel annonce qu'elle lancera "directement" les opérations de redémarrage des deux unités, qui prendront environ quatre semaines. Le fournisseur précise en outre que les deux cuves "seront soumises lors du prochain arrêt pour rechargement à une nouvelle inspection par ultrason selon la méthode d'inspection qualifiée".